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Père François Angot, prêtre de la Mission de France

Le père François ANGOT, prêtre de la Mission de France, est décédé à Brienon-sur-Armançon le 5 janvier 2017, dans sa 94ème année.

Ses obsèques seront célébrées le mercredi 11 janvier 2017 à 14H30 en l’église de Brienon-sur-Armançon, avant l’inhumation au cimetière de Pontigny.

Il a été curé de Pontigny de 1990 à 1998.

Le père François Angot, par l'équipe épiscopale de la Mission de France

« Plus je vis, plus j'aime la vie et plus je suis heureux de vivre chaque jour le jour qu'il m'est donné de vivre. Oui, chaque matin, je me sens de plus en plus aimé par Celui qui m'a aimé le premier et qui a mis, et met, en moi sa confiance et sa foi. Car c'est Lui qui croit en moi, bien avant que je donne ma foi en réponse à la sienne. »

Né à Nantes, François est l'un des heureux garçons d'une fratrie de 11 enfants. Etre prêtre et missionnaire a très tôt habité ses pensées. Après un essai chez les Capucins à Angers, il fait sa philosophie scholastique à l'abbaye de la Meilleraie, où le séminaire s'est réfugié à cause des bombardements de 44, mais se sent spirituellement à l'étroit. A la suite d'une visite du père Augros, supérieur du séminaire de la Mission de France, François demande à rentrer à Lisieux, comme l'y avaient déjà précédé de nombreux jeunes de la région nantaise.

« Sainte-Thérèse, c'est la première sainte que j'ai tutoyée. Je garde le souvenir de messe avec le père Daniel Perrot dans l'ancienne chambre de Thérèse. J'ai rencontré ses sœurs Pauline, la prieure de l'époque, et Céline. Celle qui est maintenant docteur de l'Eglise m'a ouvert les yeux sur le véritable sens de la mission ».

De fait, François a toujours eu le tutoiement facile et des capacités de conversations qui le mettaient à l'aise à toutes les tables, celles des châtelains et des grandes familles bourgeoises, comme celles des quartiers populaires de Ville-Cozet à Montluçon ou des paysans creusois. A distance des grands débats de la Mission de France, François ne tenait pas à s'embarrasser de considérations idéologiques et affichait un sourire avenant et sa disponibilité à qui passait.

C'est à l'équipe de La Souterraine qu'il est envoyé comme diacre, puis ordonné prêtre le 30 mars 1950. Avec le père Gibouin, François Laporte, Joseph Boischut, Hervé de la Porte, il quitte vraiment les terres de la chrétienté nantaise et se frotte aux rigueurs de la Creuse rugueuse. Comme il porte la soutane, on l'appelle « madame ». Sans jamais se démonter, il visite les fermes, offre ses services, passe par l'arrière-cour si on ne lui ouvre pas la porte. Il découvre tout un monde caché aux yeux du monde, retranché dans des fonds de village : infirmes et vieillards marqués par les séquelles de la guerre, un accident de tracteur ou de travail, un handicap lourd, l'alcoolisme. Il est là, gratuitement, il parle, il écoute ceux qu'on n'écoute jamais, dépanne et rend service.

 

En 1957, Jean Vinatier, vicaire général, vient le chercher pour l'envoyer à Fort-de-France, en Martinique et faire équipe avec Georges Zaïre et Gonzague Dambricourt. Aumônier du port, il trouva du travail dans une imprimerie. Prenant conscience de l'échec scolaire de bien des jeunes, Georges et François furent les pionniers du COPES, Centre d'Orientation de Promotion Educative et Sociale. Aucune structure n'existait pour proposer une formation professionnelle et prendre en charge ceux qui n'avaient pu obtenir leur certificat d'étude ni accéder au collège. Pour ces jeunes, c'était l'exclusion et les aléas de la rue. Devant l'afflux des demandes, le père Menoret, curé de Sainte-Thérèse, met une salle paroissiale à disposition qui abritera le Centre Saint-Justin. En mars 2000, pour les 50 ans de sacerdoce de François, le quotidien « France-Antilles » publiera une série de témoignages en hommage à l'action éducative des prêtres de la Mission de France. « Pour eux, il ne s'agissait pas de nourrir un jour mais toute la vie. Aimer l'autre ne se résume pas dans l'assistanat, mais dans le combat pour l'en sortir en se mettant au travail. Nous remercions Dieu d'avoir placé sur notre route ces prêtres dynamiques, toujours disponibles alors qu'ils n'en tiraient aucun profit. »

 

Trente-cinq ans après, une puéricultrice, directrice d'un relais d'assistantes maternelles, dit qu'elle a encore l'impression de rêver : « François m'a sorti de ma misère avec le BEPC. Nous nous sommes rendu compte que nous avions un potentiel intellectuel, mais sans possibilité de le mettre en valeur. Il a rompu pour beaucoup de jeunes martiniquais cette chaine du silence et de l'ignorance. Il nous a rendus libre par l'instruction, le travail. Pour entrer au Centre Saint-Justin, il fallait surtout être courageux et vouloir travailler. »

En 1967, il rentre en métropole, passe quelques mois à Vitry, fait un stage chez Michelin à Clermont-Ferrand et se retrouve en 1968 à Montluçon avec André Mas de Feix, Edouard Pivotsky, Marcel Resnais, Francis Vico, René Frappa, Robert Dubet. Aumônier de lycée professionnel, pompiste, veilleur de nuit dans un institut médico éducatif, le Rocher Fleuri, vicaire puis curé de Saint-Paul, François garde la préoccupation de la dignité de ceux qu'on considère en dehors des « clous ». Il noue toutes sortes de relations avec les associations, multiplie les actions de solidarité avec l'équipe, très engagée syndicalement et politiquement dans cette cité ouvrière du bourbonnais. L'équipe se renouvelle avec Yves Brière, Antoine Tewe et Paul Mouraud, Michel Lepape.

En 1990, la Mission l'appelle à Pontigny pour succéder à Pierre Delahaye comme curé. Il fait équipe avec Pierre Bachelier, Marcel Naudin, Jean-Max Gailledrat, Denis Ponsot et Jean Volot basé à la Pierre qui Vire. La charge paroissiale est modeste mais l'abbatiale cistercienne offre de vastes possibilités de célébration et d'animation que le Service Jeunes exploite avec créativité. François met sa joie à accueillir les milliers de visiteurs, à la formation des jeunes guides, à participer aux activités des Amis de Pontigny. Il est aussi proche de LADAPT, association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées, qui occupe le domaine. Son père, qui avait connu le sanatorium, lui avait transmis cette pensée de Suzanne Fouché, fondatrice de LADAPT : « Je ne me repentirai jamais d'avoir souffert parce que d'avoir souffert m'aide à comprendre ceux qui souffrent. » Son expérience de veilleur de nuit nourrit sa spiritualité de la veille envers ceux qui souffrent, avec les compagnons d'Emmaüs tout proche, avec ceux qui passent avec ou sans raison.

Arrivé à l'âge de la retraite, il a rejoint d'autres frères prêtres âgés à la maison des frères Hunot à Brienon-sur-Armançon, située à une quinzaine de kilomètres de Pontigny. Denis Ponsot et Jean-Marie Varin le rejoindront dans cette étape où les forces déclinent et l'esprit prend quelques libertés.

Homme de lien, il a plutôt joué le consensuel que le conflictuel, l'intégration plutôt que le prophétique dans les différents diocèses où il a été envoyé. Dans sa contribution aux professions de foi de 1997, il dit combien sa réponse de foi, à Dieu et à tous ceux dont il a croisé l'existence, a été une grâce de joie : « C'est lui le Fils qui vit en moi, qui aime par moi, qui parle par moi, qui regarde avec moi, qui écoute comme moi. Et cela fait ma joie de tous les jours. Oui, je suis sûr que le Seigneur fait des merveilles et c'est cela qui me rend heureux. Je rends grâce d'être là où je suis, grâce de la Mission de France, grâce de l'Eglise, ma mère, dont je suis au cœur ».

L'équipe épiscopale 

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