Chemins de sainteté

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Édytorial de la revue diocésaine de février 2018, par Mgr Hervé Giraud

Après la commémoration du cinquantième anniversaire de la mort de Marie Noël, l’an dernier, voilà que le 1 600e anniversaire de l’élection de saint Germain au trône épiscopal d’Auxerre a été retenu, en 2018, parmi les 100 commémorations nationales proposées par le Ministère de la Culture. Belle occasion pour faire un peu plus travailler notre mémoire à propos de ce Germain qu’on ne craignit pas de considérer chez nous comme “l’égal des Apôtres”. Saint Germain, avocat et évêque modèle, compte en effet parmi les grandes figures d’évangélisateurs de la Gaule, à commencer par l’Auxerrois où il est né vers 378. Et c’est à Ravenne, à la cour impériale, qu’il meurt en 448. Il se situe donc à une époque de transition : entre la prise de Rome par Alaric en 410 et l’invasion de la Gaule par Attila en 451, saint Germain a vécu le déclin de l’Empire romain et la croissance de l’influence de l’Église, rempart face aux invasions barbares. Il nous rappelle que chaque époque vit à la fois des continuités, des nouveautés, des disruptions, des perturbations, des instabilités ou des ruptures créatrices ! Mais saint Germain est aussi connu pour avoir béni celle qui est devenue sainte Geneviève et pour avoir répandu une saine doctrine jusque dans les îles britanniques, influençant notamment ainsi la formation du saint évangélisateur de l’Irlande, Patrick.

Ces quelques touches historiques doivent nous inviter à oser “faire mémoire” de notre passé, pour mieux l’actualiser ici et maintenant. La récente promulgation, par le pape François, des décrets de béatification des 19 martyrs d’Algérie, dont Mgr Pierre Claverie et des moines de Tibhirine, et la reconnaissance des vertus héroïques de Madeleine Delbrêl, nous montrent que des saints et des saintes continuent de fleurir dans l’histoire de l’Église. Or, les saints ont partagé notre humanité dans une telle diversité qu’il nous est possible de les imiter dans l’ordinaire ou l’extraordinaire de nos vies. C’est justement Madeleine Delbrêl qui écrivait : “il y a des gens que Dieu prend et met à part. Il y en a d’autres qu’il laisse dans la masse, qu’il ne retire pas du monde. Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ordinaire ou sont des célibataires ordinaires… Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté”. De même, Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, soulignait dans son testament que sa vie “n’a pas plus de prix qu’une autre” mais qu’elle “n’en a pas moins non plus” !

Ayons donc conscience, en ces jours où nous entamons notre cheminement de 40 jours vers Pâques, que nous sommes tous appelés à faire chaque jour mémoire, à rendre témoignage d’un Dieu qui a rejoint notre humanité pour mieux l’élever à la hauteur de sa sainteté. 

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