Une mise en demeure d’être évangélique !

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Édytorial de la revue diocésaine Église dans l'Yonne de mars 2018, par le père Joël Rignault, vicaire général.

Comme beaucoup le savent, je suis originaire de Ravières, un village proche de la Côte-d’Or. Avant d’être prêtre et même séminariste, j’étais investi dans la vie associative du village. Par ailleurs, la paroisse organisait une kermesse où j’investissais du temps. Autrement dit, comme beaucoup d’entre nous dans le diocèse qui sommes originaires de ce que l’on appelle “le rural”, j’ai vite compris que si on souhaitait qu’il y ait une vie sociale et chrétienne dans le village, il était nécessaire de s’engager, de donner du temps, et d’accepter de monter des projets avec des personnes qui appréhendent le réel de façon différente de nous.

Joie du partage ou tristesse de la solitude ?

Dans un village, les ressources humaines sont nécessairement limitées et nous sommes rapidement mis en demeure soit d’accepter de vivre ensemble et donc d’accepter les caractères et les opinions différentes, soit de ne rien faire et d’être cruellement isolés.

Il est beau de voir les initiatives enthousiastes des comités des fêtes de villages. Souvent la dimension religieuse n’est pas oubliée à ces occasions et j’aime à voir des chrétiens être actifs dans ces moments clés de la vie du village. Il est des fêtes des voisins qui modifient durablement et positivement l’ambiance d’un village.

Effectivement, pour cela, il faut accepter avec réalisme une certaine Fraternité. Une communauté de destin nous est donnée à vivre, alors que parfois les services publics ne sont plus à proximité et que l’éloignement rend la vie plus compliquée. Il faudra parfois faire appel pour affronter une difficulté. Souvent, nous nous limitons au réseau de ceux qui pensent comme nous, qui ont les mêmes goûts. Et il est même parfois difficile d’avoir l’humilité de faire appel en cas de besoin. Dans la ruralité, ces deux illusions ne sont absolument pas tenables. Pour les chrétiens, vivre avec des frères que l’on n’a pas choisis et se rendre mutuellement service sont deux dimensions qui ont de la valeur.

Trop souvent, nous faisons une description très sombre de la ruralité, y compris en se désolant des communautés chrétiennes trop petites au sein des villages. Mais on oublie qu’au fil des années on y acquiert un savoir-faire pour vivre une Fraternité et pour imaginer des initiatives de fraternité que le monde citadin n’est pas en capacité de produire. La ruralité dans notre diocèse détient là un potentiel évangélique qui fait souvent mon admiration.

Le dossier de notre numéro d’ÉDY a souhaité illustrer par quelques exemples ce potentiel et ce savoir-faire. Comment des personnes aussi différentes peuvent donner le jour à tant de projets, que ce soit sur le plan de la vie professionnelle, associative, communale ou ecclésiale ? Bravo à tous les acteurs qui mettent tout leur cœur et leur énergie pour qu’il y ait de la vitalité là où l’isolement géographique pourrait tout paralyser.

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