Église de Fleury-la-Vallée

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En ce début de XVIIe siècle, Fleury, loin des axes de communication importants, ne bénéficiant ni d'un sol fertile, ni d'un protecteur fortuné, ne pourra construire autre chose qu'une simple église rurale.

Isolées et souvent mal défendues, les petites communes rurales ont eu, bien souvent, à souffrir des multiples conflits locaux, guerres ou invasions étrangères qui s’égrainent tout le long de notre histoire. Fleury n’a pas échappé à ces péripéties et son église (Saint-Loup) en a été profondément marquée...

L’église Saint-Loup de Fleury la Vallée

Les guerres de religions, opposant à la fin du XVIe siècle Catholiques et Protestants, constituent un de ces épisodes douloureux. Dés 1531, le calvinisme s’est répandu dans la région de l’Yonne. Louis de Blosset, seigneur de Villiers-sur-Tholon et de Fleury en est un de ses grands promoteurs. Il fonde un prêche à Fleury, au grand dam des autres seigneurs de la -vallée d’Aillant restés catholiques. Un pasteur protestant, ancien cordelier défroqué nommé Baron, évangélise les habitants de la seigneurie et des villages avoisinants. Lorsqu’en 1551 débute l’ère des persécutions et des massacres, Fleury et Villiers confèrent au parti protestant une influence considérable sur toute la vallée du Tholon. Vaillant et fougueux capitaine, Louis de Blosset remporte victoires sur victoires jusqu’à prendre Auxerre, avec l’aide probable des paysans protestants de Fleury, en 1567. Il disparaît en suisse ou en Allemagne peu après les massacres de la saint Barthélémy. Fleury perd ainsi son seul protecteur. La châtellenie est confisquée. Inutile de préciser ce que fut le sort de l’église de Fleury...

L’heure de la Contre-Réforme a sonné à Fleury : il s’agit de restaurer le culte catholique. Cette reprise en main prend sans doute la forme de mesures d’abjuration draconiennes et sanglantes puisque dès le début du XVIIe siècle il n’y a plus que des Catholiques dans la paroisse de Fleury. La Contre-Réforme prend également un aspect spirituel à travers la reconstruction de l’église : on la souhaite volontairement en opposition aux préceptes protestants ; c’est-à-dire belle, grandiose, digne de Dieu... Il faut marquer l’esprit des habitants. C’est ainsi que l’on peut interpréter la démesure de la bâtisse pour un si petit village : l’église est à trois nefs, voûtées en berceau dans la grande et en ogive dans les petites. L’ensemble fait, avec le chœur et l’abside, près de 45 m de long (la plus grande église du canton !).

On remarque également de nombreux efforts d’embellissement :

  • Sur le bas-côté sud de l’église, la sacristie, fermée par une élégante grille de fer forgé, illumine, grâce à son immense baie, tout le chœur de l’église. La luminosité accentue encore l’impression d’espace et constitue une grande originalité pour une église rurale.
  • A gauche, en entrant, on aperçoit également un reste de colonnette d’angle ornée à sa base d’une figure. Ici ou là, d’autres colonnettes amputées sont visibles aux abords du chœur. Il ne s’agit pas d’éléments sauvés de la ruine mais c’est la preuve que les nouveaux seigneurs catholiques de Fleury projetaient de voûter en croisée d’ogive le nouvel édifice.

L’église n’est voûtée qu’en planchettes de bois selon une méthode que l’on retrouve à Poilly, Chassy, Les Ormes ou la Ferté, et que l’on nomme "douin" dans la vallée d’Aillant. De plus, toujours par souci d’économie, les restaurateurs n’ont pas hésité à réemployer le très joli porche central (construit et sculpté au XVe siècle) dans la nouvelle façade ; la petite porte étant du XVIIe siècle. Malgré cela, si les éléments de ce côté occidental sont hétéroclites et fort simples quand on les considère isolément, leur ensemble reste parfaitement harmonieux. Il n’empêche, tous ces détails laissent deviner une ambition démesurée hors de portée d’un village si modeste ! En ce début de XVIIe siècle, Fleury, loin des axes de communication importants, ne bénéficiant ni d’un sol fertile, ni d’un protecteur fortuné, ne pourra construire autre chose qu’une simple église rurale.

L’ensemble demeure très "rustique". Et c’est déjà beaucoup, semble-t-il ! En effet, les archives nous révèlent que tout au long du XIXe siècle, période pourtant plus prospère, les difficultés pour réparer l’immense bâtisse qui menace ruine ne cessent de croître. La période 1886-1910, par exemple, n’est qu’une succession de conflits entre commune, conseil de fabrique et préfecture (la mairie, déjà endettée, refusant de participer au financement des réparations pourtant urgentes).

C’est tout le drame des habitants de Fleury encore aujourd’hui, qui ne parviennent pas, malgré leur attachement, à entretenir un édifice décidément beaucoup trop grand...

Des secrets bien gardés


Sans doute noircis par le temps et l’humidité, le plafond de planches et tout le reste de la bâtisse ont été blanchis en 1855. C’est le temps où on ne concevait une église que blanche, à l’instar des abbatiales cisterciennes que l’on redécouvrait. Çà et là, cependant, les murs laissent deviner quelques-uns de leurs secrets...

  • Dans le bas-côté nord, une fresque de grandes dimensions du XVIIe siècle évoque saint Christophe. Elle est malheureusement en voie d’effacement.
  • Sur les piliers de la nef, une série de médaillons du XVIIe siècle également représente les apôtres (?).
  • Enfin, dans certains recoins de l’église, des dessins à l’ocre, bien mystérieux, apparaissent sous le badigeon.

Saint Loup a encore, semble-t-il, beaucoup de secrets à nous confier...

Les "Trésors" de l’église


Comme chaque église, Saint Loup possède un petit trésor rassemblé au fil des siècles grâce aux dons de ses bienfaiteurs :

  • Trois chapes de soie verte brochée d’or et d’argent, aux motifs de vignes et de fleurs entremêlés, attestent de la volonté généreuse des seigneurs de Fleury (XVIIe siècle).
  • Un encensoir et une navette en cuivre doré du XVIIe siècle.
  • Un bénitier de bronze du XVIe siècle découvert dans le monument funéraire d’un sieur Bardot, incinéré en 1531.
  • Enfin, dans la nef, quelques statues de bois polychrome, pour certaines fort endommagées, rappellent les confréries érigées dans la paroisse au XVIIe siècle (notamment, un très beau Saint Loup).

Les cloches


Cinq cloches vinrent habiter le clocher : le 30 avril 1636 “la Grosse Lucie " , le 10 août 1726 "Marie Thérèse ", et "Louise Thérèse " ; le 30 juillet 1775 "Marie Louise” ; le 17 septembre 1779, la dernière dont le nom ne nous a pas été conservé. Livrées à la Monnaie en Ventôse de l’An II pour fabriquer des canons, la municipalité aura pourtant l’habileté d’en reprendre une avant l’embarquement pour Paris : “La Grosse Lucie”

Saint Loup ( + 723 ) Archevêque de Sens

Saint Loup est le plus célèbre des anciens archevêques de Sens et son culte est resté longtemps vivant : beaucoup de paroisses ou de monastères furent placés sous son patronage. Saint Loup a trouvé un biographe, mais longtemps après sa mort (un siècle ou deux) qui s’est inspiré de solides traditions.

Les parents de Loup étaient nobles et habitaient dans la région d’Orléans. Il mit une telle application à ses études que ses deux oncles, l’un était évêque d’Orléans, l’autre évêque d’Auxerre, le jugèrent digne de devenir clerc, puis prêtre. Sa conduite le fit remarquer au point qu’à la mort de leur archevêque, les Sénonais demandèrent au roi de le choisir comme prélat. Chaque nuit, il allait prier dans les différentes églises de la ville, mais il eut des rapports difficiles avec l’autorité au point que Clotaire l’exila dans le Vimeu. Rappelé à Sens, il multiplia les miracles.

Il mourut à Brienon (l’Archevêque) et fut enterré à Sainte Colombe de Sens qu’il avait fondée. On y a gardé les châsses des Saints avec des reliques enveloppées dans un précieux tissu oriental.

On invoquait Saint Loup pour guérir l’épilepsie et les maladies du premier âge.

Sources :

 

  • NOIROT, A-J et P. La vallée d’Aillant, vol. 1 et 2. Auxerre : édition originale, 1973.
  • THUILLIER, M. De Floriacus à Fleury-la-Vallée, 2 articles. L’Yonne Républicaine, fin 1978.
  • PETIT, V. Guide pittoresque dans le département de l’Yonne, voyage onzième. In Annuaire Historique du Département de l’Yonne. Auxerre édit. Perriquet et Rouillé, 1857. p.194-195.
  • PIGNARD-PEGUET, M. Histoire générale illustrée des départements, histoire de l’Yonne. Paris. ?, 1913. p. 721-722

Si vous souhaitez visiter cette église, vous pouvez vous adresser à M. et Mme Roger Filipi 80 bis grande rue 03 86 73 72 54 ou M. et Mme Alain Torcheboeuf 28 grande rue 03 86 73 76 08