Église de Guerchy

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L’église Saint Germain est le témoin d’un passé de huit siècles autour duquel les gens de Guerchy ont vécu.

Guerchy et la famille de Regnier

Au Ve siècle, les terres de Guerchy avaient été léguées à l’abbaye d’Auxerre par saint Germain qui les tenait de ses parents.

En 1440, Jehan Régnier, bailli d’Auxerre, acquiert les terres. Puis il reçoit de Charles le Téméraire la seigneurie de Guerchy, qui restera dans la famille de Régnier jusqu’à son dernier descendant, mort célibataire en 1852. Adrien de Régnier avait fait construire, au début du XVIIe siècle, un château dont on sait qu’il fut somptueux. Sa petite fille Claude, " La Belle de Guerchy ", dame de Bazarnes et fille d’honneur d’Anne d’Autriche, y reçut le Grand Condé, exilé après la Fronde. Il participa aux embellissements de l’église.

Au cours des siècles, les de Régnier furent militaires ou diplomates. Ils purent conserver leurs biens pendant la Révolution. Au début du XIXe siècle, Louis Ferdinand décide la démolition d’une partie du château, puis vend l’ensemble du domaine en 1820. L’autre partie du château, trop dégradée, fut détruite plus tard et la cheminée monumentale présentant entre ses colonnes de marbre un portrait en pied du Grand Condé fut vendue aux Etats-Unis. Du château Renaissance, il subsiste les tours d’entrée, quelques bâtiments et le souvenir de la cheminée du Grand Condé qui a disparu.

L’église Saint-Germain

L’entrée de l’église par la façade ouest fut jadis précédée par un porche de bois (jusqu’en 1850 ?). Il abritait le portail surmonté d’un tympan ogival encadré de colonnettes avec chapiteaux à décor végétal. Sur le bas-côté gauche, une porte Renaissance, obturée, porte l’écu à six besants des de Régnier. Ces deux portes donnaient sur le cimetière qui jouxtait l’église jusqu’au milieu du XIXe siècle. Le calvaire de 1618 est toujours là.

En entrant dans la nef (XIII-XVe s.), sur la droite, une troisième porte, obturée également, permettait d’entrer directement dans l’église sans passer par le cimetière.

Au-dessus du portail intérieur : un Christ en bois polychrome ancien. Au milieu du mur sud, un ensemble sculpté " Notre Dame de Pitié " était l’objet d’une grande dévotion. Cette Pietà du XVIIe siècle est composée de quatre personnages de grandeur naturelle : la Vierge, entourée de saintes femmes, soutient le Christ. Juste après la chaire, la pierre tumulaire en marbre blanc de messire Jacques Marsauche mort en 1642, curé de Guerchy, qui légua ses biens à l’Eglise. Sur le mur gauche, des vestiges de peintures murales : un orateur et son saint patron.

Le chœur et le chevet de l’église


Le chœur et le chevet de l’église ont été reconstruits par Georges de Régnier vers 1610 dans le style de la Renaissance. Le chevet à trois pans est éclairé par trois baies à lancettes ; le vitrail central, attribué à J. Cousin, représente la Crucifixion. Au tympan, le collier des chevaliers de Jérusalem. Dans la baie de gauche, des fragments de vitraux portent des armoiries. Dans une niche au-dessus du maître-autel, une statue de saint Germain. Sur les murs sud, quelques traces de la litre funéraire (bande noire) peinte à la mort de Louis de Régnier (1748). La sacristie est dotée d’une belle porte.

De la voûte d’ogive à nervures multiples, descend un lustre en cuivre ; il date du XVIe siècle et étend ses lumières autour d’une Vierge à la longue chevelure finement ciselée. L’artiste, inconnu, serait français. A gauche du chœur, une chapelle seigneuriale est créée, ouvrant sur la façade nord par une porte réservée au seigneur. Deux baies, aux vitres claires, présentent en leur partie supérieure, l’une, des armoiries de Régnier, l’autre des blasons à fleurs de lys. Au mur se devine une litre funéraire. On distingue mieux une peinture représentant saint François. Sur le mur ouest, le tableau d’un orant inconnu.

Trois pierres tombales, supportées par des consoles armoriées sont fixées sur les murs :

  • Edme de Régnier, enseigne de la Compagnie du duc d’Enghien (mort en 1544) et de son épouse, Françoise d’Estampes.
  • Louis de Régnier, lieutenant général (mort en 1748) et Claude Louis-François, son fils, ambassadeur en Angleterre (mort en 1767).
  • Dame Gabrielle Lydie de Harcourt, épouse de Claude Louis de Régnier (morte en 1801).

Le bas-côté nord date également de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Il communique avec la nef par trois arcades. La plus grande des baies, à arcature Renaissance, éclaire un autel et la statue d’une belle Vierge bourguignonne.

Dès le XIIIe siècle, cette église a été placée sous le vocable de saint Germain. Elle partage son saint patron avec l’église de Poilly, celle de la Ferté-Loupière et quinze autres églises du diocèse d’Auxerre.

Si vous souhaitez visiter cette église, vous pouvez vous adresser à Mme Marie-Madeleine Belthier, 3 rue de la Tuilerie (tél. 03 86 73 76 77) ou M. Hubert Gros, 4 rue Jean Régnier (tél. 03 86 73 72 85)

Qui est saint Germain ?

Saint Germain naît vers 378/380 à Auxerre ou Appoigny-Régenne. Ses parents, Rusticus et Germanilia, riches gallo-romains possèdent un vaste domaine foncier dont les terres de Guerchy et Poilly font partie.

Il fréquente l’école d’Autun, puis les cours de droit à Rome. Il devient un brillant avocat et épouse une patricienne romaine, Eustachia. L’empereur Honorius le nomme gouverneur de la Province Armoricaine : toute la côte atlantique, de Saintes à Boulogne, avec les régions intérieures correspondantes : Poitou, Orléanais, Auxerrois.

Germain établit sa résidence à Auxerre. L’évêque du lieu, Amator (Saint Amâtre), près de la mort, pense à Germain pour lui succéder. Il lui fait accepter la tonsure. Quelques semaines après la mort d’Amator, par acclamations du clergé et du peuple, Germain devient en 418 le sixième évêque d’Auxerre. Il est ordonné par des évêques de la région. "Il abandonne le service de ce monde, écrit son biographe, se charge de celui du ciel, choisit l’humilité pour genre de vie, d’épouse, sa femme devient une sœur, il distribue sa fortune aux pauvres, recherche la pauvreté…"

Il fonde le monastère de saint Côme et de Saint Damien sur la rive droite de l’Yonne. Pour la formation du clergé, il crée deux écoles, l’une séculière, l’autre monastique à Saint Côme qui formera le breton saint Patrick, évangélisateur de l’Irlande. Il intervient par deux fois en Grande Bretagne pour combattre l’hérésie pélagienne. En 429, accompagné de celui qui deviendra saint Loup de Troyes, il fait halte à Nanterre, y rencontre Geneviève, la future patronne de Paris et la consacre à Dieu. Il obtient du Préfet du Prétoire à Arles une décharge des impôts qui accablent Auxerre.

Enfin il part à Ravenne (résidence impériale) implorer la clémence de l’empereur Valentinien III pour les Armoricains révoltés contre les envahisseurs. Germain est accueilli avec faveur par l’Empereur et sa mère, mais il meurt le 31 juillet 448. Selon son vœu, son corps sera ramené à Auxerre le 22 septembre, accompagné par cinq jeunes filles romaines : Magnance, Pallaye, Camille, Porcaire et Maxime.

Il est inhumé dans le petit oratoire de Saint Maurice qu’il avait intentionnellement fait construire et qui sera remplacé par une première basilique au VIe siècle.

Deux cents ans plus tard, un monastère est créé près de son tombeau : l’abbaye Saint-Germain devient au IXe siècle un important centre intellectuel.