Pâques

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Pâques, c’est l’annonce d’une espérance pour tout l’Univers soumis aux lois du plus fort et de la Mort.

« Pâques », le Passage… Un mot programme, un mot puissant si souvent réduit à des histoires de chocolat qu’on en oublie la force révolutionnaire.

À Noël, nous avons fêté la venue de Dieu dans la chair d’un homme, Jésus. Ce Jésus né à Bethleem il y a deux mille ans est Dieu fait homme ; ce simple énoncé est le début de la révolution. Si le Créateur est venu dans la créature, rien n’est déjà plus à sa place… Tout est bouleversé… À moins que ce ne soit l’inverse et que tout se prépare en fait à retrouver sa vraie place. Dieu n’ayant pas fait semblant d’être un homme, il a grandi patiemment dans son humanité, il a appris nos mots, nos coutumes, nos manières de devenir homme. Il s’est soumis aux lois du monde pour le vivre de l’intérieur, pour en habiter les profondeurs les plus belles comme les plus inquiétantes.

Devenu adulte, il a commencé à laisser entrevoir le mystère qui l’habitait et qui allait encore plus loin que le mystère de ses frères. Les amis du Christ comme les hommes de tous les temps savaient bien qu’un grand abîme indicible était au cœur de leur être, en dessous des gestes, des sentiments et des consciences, mais l’abîme lumineux qui transparaissait dans les yeux du Christ semblait donner sens à tous les leurs. On commença à le regarder, à l’écouter, puis à le suivre. Ce qu’il disait était vrai, le cœur des hommes le savait ; Il ouvrait l’univers entier à la vie et le monde le comprenait au delà de ce qui peut être dit. Comme il ne faisait pas semblant d’être un homme, il s’est affronté à l’incompréhension, au refus de l’Amour qu’il portait, il a combattu la haine dans sa propre chair et il s’est offert à ses assauts pour lui appartenir et être dévoré par la Mort. Le Jeudi saint, nous faisons mémoire de ce don, de cette offrande de Jésus qui en se livrant aux noires obscurités de la violence, de la trahison et de la peur, s’offrit entièrement par Amour.

Le Vendredi saint, nous plongeons avec Lui dans l’absurdité de la Mort infamante de la Croix, et le Samedi Saint, nous faisons silence, écoutant battre à nos oreilles les terribles pulsations d’un temps qui semble avoir dévoré la vie et qui bat encore vainement la cadence d’une histoire devenue folle.

À Pâques, la Révolution éclate dans la lumière de sa Révélation. Tout était accompli quand le Christ avait consenti à la violence, à la souffrance, à la Mort, mais nous ne l’avions pas compris. Nous avions cru que la Vie était irrémédiablement soumise à la Mort alors qu’en la voyant descendre dans les obscurités triomphantes au Vendredi saint, nous aurions dû nous attendre à ce que nous voyons maintenant clairement : l’implosion de la Mort, incapable de digérer Celui qu’elle croyait tenir en son pouvoir et qu’il avait vaincue en se laissant prendre…

Au matin de Pâques, tout ce qui a été, est ou sera soumis un jour à la mort, jubile devant la Victoire du premier né d’entre les morts.