Echos de la conférence sur les pas de Marie Noël

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Le beau week-end de rentrée paroissiale des 23 et 24 septembre nous a donné entre autres l'occasion de mieux connaître Marie Noël, grand poète français originaire d'Auxerre, dont l'oeuvre est marquée par sa grande spiritualité.
Texte et photos : Paul Charmoy

Lors de ce beau week-end de rentrée paroissiale, la soirée de samedi était consacrée à  la conférence du père Arnaud Montoux sur Marie Noël.

  

 

 

Nous étions donc réunis dans  la salle des fêtes de Pont sur Yonne, gentiment prêtée par la municipalité. Après quelques mots d’accueil très chaleureux du père Samson Kantoussan, curé de la paroisse St Louis, la parole était donnée à Marie Noël ou plutôt au père Arnaud Montoux, installé dans un décor très XIX°.

  

Marie Rouget naquit  à Auxerre le 16 février 1883, dans une famille peu religieuse. Son père Louis Rouget est professeur agrégé de philosophie au collège d’Auxerre (futur lycée Amyot), un homme très cultivé, et sa mère plutôt pieuse et femme d’intérieur, est une fille Barat, parente de sœur Sophie Barat fondatrice des sœurs du Sacré Cœur.

Auxerre est, en cette fin du XIX° siècle, une ville de la province profonde, loin de Paris, et Marie Noël est tiraillée entre  « la croûte provinciale » avec ce qu’elle a de rustique, la culture donnée par son père et une spiritualité très influencée par le jansénisme qui règne dans la population auxerroise. Son tempérament est celui d’une fillette inquiète, ne se sentant jamais à la hauteur de ce qu’elle fait et en particulier vis-à-vis des sacrements. Sa foi sera sans cesse tiraillée entre l'idée d'un Dieu noir, et d'un Dieu lumière. 

Marie Noël reste cependant dotée d’un caractère joyeux, même malicieux ( comme en témoigne dans les Notes Intimes l'histoire de la casserole qui sert aussi bien à chauffer l’eau pour la toilette des fesses de bébé Robert,  qu’à chauffer l’eau de la tisane !). Cette gaîté est continuellement rejointe  par le mystère du mal d’où son combat intérieur mais aussi sa totale confiance en Dieu.

Elle commence à écrire des poèmes dès l’âge de 8 ans. Plus tard, son père la forme quotidiennement aux humanités, il lui lit Aristophane dans le texte grec et le lui traduit par exemple. Elle exprime ses premières inquiétudes  spirituelles au moment de sa première communion qu’elle vit comme un évènement angoissant, mais finalement libérée par sa grande foi, elle franchit l'obstacle et ne quittera plus Celui qu'elle a choisi.

En 1904, premier grand choc : elle retrouve son petit frère Eugène mort dans son lit le lendemain de Noël (d’où son futur nom Marie Noël). Sa vie est brisée (voir le poème « pour l’Enfant Mort »). Elle ne s’en remettra jamais. Deuxième choc plus mystérieux, elle se serait séparée de son amour de jeunesse  et toute sa vie elle l'attendra. L’attente de cet homme rejoint finalement son attente du Christ. Cette rupture la blesse profondément. Elle participe à la souffrance de l’humanité. Femme tourmentée,  et passionnée, profondément chrétienne, elle est aussi un  immense écrivain. Jean Cocteau ne disait-il pas « Marie Noël  est le plus grand poète français vivant », et Montherlant « Marie Noël  est un grand poète de chez nous, le seul à m’avoir bouleversé ». Elle est cependant beaucoup plus que son œuvre, elle est une grande chrétienne, mystique à ses heures, en union profonde avec Dieu.

De la grippe maligne, contractée en 1908, elle gardera une santé fragile toute sa vie.

Elle écrit sa première œuvre en 1903 et en 1909, à Vézelay, «Les Chansons et les Heures ». Son parrain, poète lui aussi, trouve ses vers très beaux. Il la prend en mains, lui apprend les règles de la prosodie et fait avec elle de longues promenades dans la nature, ce qui va nourrir son inspiration (Petit Jour, 1964). En 1910 elle est publiée dans la Revue des deux Mondes.

En 1913, elle fait un épisode dépressif important « je souffre, et c’est beaucoup ma façon de croire. » On voit encore ici l’influence du jansénisme. Marie Noël donne beaucoup, se dévouant pour les isolés, les malades, les mourants. Restée célibataire, elle gère le domicile familial, et s’occupera de sa vieille maman jusqu’à sa mort. L’abbé Mugnier  sera son conseiller et son confesseur et fera son possible pour atténuer sa culpabilité et l’orienter vers plus de sérénité. En 1941 elle perd son frère Pierre, nouveau choc !

Sa rencontre avec le général de Gaulle en 1960 sera un moment privilégié. Le grand homme lui dit toute son admiration pour sa poésie et la fait Officier de la Légion d’Honneur. Elle reçoit bien d’autres distinctions, prix littéraires : 1962 : prix de poésie de l’Académie Française,  prix de la Société des Gens de Lettres en 1967  etc…

Elle est de  plus en plus confrontée à la maladie et le 23 Décembre 1967, un prêtre, toujours en vie, assiste à sa mort. Elle demande à se confesser et reçoit l’Onction des malades, puis demande la communion et meurt avec l’hostie dans la bouche.

Marie Noël a vécu le doute, la douleur, l'incompréhension face au mystère du mal, tout en demeurant habitée par la lumière de Dieu.

Elle laisse le souvenir de cette silhouette fragile, au petit chapeau noir et à la grande écharpe blanche, sortant de la cathédrale d’Auxerre, où elle assistait à la messe chaque matin.

Son procès en béatification est en marche en cette année 2017.

 

Quelques unes de ses Œuvres :

1918, Cantiques de Pâques
1922, les Chansons et les Heures
1928, Noël de l’Avent
1930, Chants de la Merci
1947, Chants et Psaumes d’Automne
1959,  Notes Intimes
1961,  Chants d’Arrière Saison 1967, le Cru d’Auxerre

  

Texte et photos : Paul Charmoy