Voyage en Russie du p. Ivan

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Du 26 mai au 2 juin 2017, je suis parti en Russie, en pèlerinage au pays de mes ancêtres maternels. Je n’y étais pas retourné depuis 1989, et les choses ont évidemment beaucoup changé, surtout à Moscou : les magasins sont bien achalandés, la circulation automobile est intense, et « l’occidental » passe maintenant inaperçu dans la rue. Et surtout, toutes les églises, quand elles ne sont pas en restauration, sont ouvertes et fréquentées à toute heure  et hommes et femmes de tous âges y viennent pour allumer un cierge ou prier quelques instants, ces dernières non sans avoir couvert leur tête d’un foulard. J’ai suivi, dans de petites églises de quartier, de très beaux offices, priants et bien chantés par un petit chœur paroissial. J’ai bien sûr visité le Kremlin et ses magnifiques cathédrales couvertes de fresques, ainsi que plusieurs monastères un peu partout dans Moscou, où le métro permet de se déplacer très facilement.

Le dimanche 28 mai, j’ai rejoint la communauté catholique francophone, à Saint Louis des Français, pour la messe au cours de laquelle une dizaine d’enfants faisaient leur première communion. L’église était pleine, avec une assemblée plutôt jeune et une bonne animation musicale assurée par un groupe de lycéennes. Le père Céleste, assomptionniste italien, présidait et m’a demandé de me présenter à la fin de la messe. C’est ainsi que j’ai été invité à déjeuner dans une famille d’expatriés aux attaches bourguignonnes, amis de paroissiens de Montréal !

Mais le but principal de mon voyage était d’aller au monastère d’Optino Poustynia, à 250 km environ au sud-ouest de Moscou. Au XIXème siècle et au début du XXème siècle, de grandes foules y venaient pour y rencontrer les starets qui y résidaient. C’étaient des moines renommés pour leur sagesse et leur charisme de direction spirituelle et de confession, un peu à l’image, chez nous, du Curé d’Ars. L’un d’entre eux a inspiré Dostoievsky pour le personnage du starets Zosime dans « les Frères Karamazov ».

Mais pour moi, j’y allais sur les traces de mon grand-oncle, Vincent Nicolsky, qui y était moine avant la Révolution Russe ; il a ensuite été victime des persécutions anti-religieuses du pouvoir soviétique, a vécu très pauvrement dans la petite ville voisine de Kozelsk après la fermeture du monastère, puis a été arrêté, et envoyé dans un camp de concentration du Grand Nord, où il est mort le 11 décembre 1937. Avec d’autres moines du monastère, l’église orthodoxe russe l’a reconnu comme martyr et l’a canonisé. Une chapelle du monastère est aujourd’hui dédiée à leur mémoire, et une fresque y représente en médaillon le père Vincent. C’est aussi la chapelle des confessions, qui semblent assez nombreuses.

Fermé pendant 70 ans, transformé en prison, le monastère revit aujourd’hui avec une communauté d’environ 200 moines, et il accueille de nombreux pèlerins. J’y ai été reçu chaleureusement par le père Platon, qui travaille sur l’histoire du monastère avant et pendant la persécution, avec lequel j’avais été en contact par e-mail. Il m’a confortablement logé et fait nourrir dans une isba près de l’entrée du monastère, qui forme un vaste enclos entouré d’un haut mur, à l’intérieur duquel il y a plusieurs églises et les bâtiments d’habitation et de travail des moines. Nous avons eu plusieurs entretiens, malheureusement un peu limités par ma connaissance insuffisante du russe, car ici personne ne semble parler une autre langue ! Le père Platon a notamment évoqué la rupture de la tradition religieuse pendant la période communiste et le retour d’une foi très vivante, mais qui n’est pas toujours suffisamment éclairée faute d’une formation doctrinale suffisante. C’est notamment pour cela qu’il y a une grande méfiance vis à vis des catholiques, et il m’a été demandé de rester très discret sur ma religion ; l’higoumène n’a d’ailleurs autorisé ma visite qu’en raison de mon histoire familiale, et je n’ai eu aucun contact avec d’autres moines.

J’ai toutefois pu assister aux offices, vêpres du soir et messe du matin, mais ils m’ont un peu déçu car, en ces jours de temps ordinaire, il y a peu de chants et beaucoup de psalmodie recto-tono, monotone quand on ne la comprend pas. Conformément aux usages orthodoxes, tous les moines n’y assistent pas, ils ne se réunissent que les dimanches et jours de fête, chacun ayant sa règle de vie édictée par son père spirituel.

Après 48 heures sur place, au cœur de la Russie profonde, j’ai repris le car pour Moscou, à 5 heures de route, et complété mes visites de la ville avant de rentrer en France heureux de cette belle expérience. J’ai souvent pensé que le père Vincent n’était pas étranger par sa prière à ma vocation de prêtre et, là où il a vécu, je lui ai confié mon ministère !