La Sainte Famille

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homélie du père Gilbert Chauvin, le dimanche 31 décembre 2017.

La Sainte Famille​

La fête de la Sainte Famille n’a été intégrée au calendrier liturgique qu’en 1921 et n’est rattachée à l’octave de Noël que depuis 1969. Fête récente qui pour nous se situe au lendemain de Noël. C’est donc dans le mystère de Noël que nous la célébrons.

Comme nous le montre l’Évangile, la Sainte Famille a été ballotée par l’histoire. Elle a du fuir la tyrannie du roi Hérode comme d’autres familles aujourd’hui fuient celle des groupes armés semeurs de mort, en Centre-Afrique, Soudan, Mali, Syrie et même au pays où Jésus est né et qu’on appelle « terre sainte ». Terre où l’on élève des murs pour rejeter, exclure, où l’on tue les enfants avec des balles réelles. Peut-on encore dire « terre sainte » ?

La sainte famille a été jetée sur les routes, cherchant refuge en terre étrangère : l’Égypte. Et même après la mort du tyran, ils ne reviendront pas à Bethléem mais gagneront une bourgade perdue en Galilée : Nazareth. Fuite, exil, retour hésitant, recherche d’une terre d’asile, ce nouveau né est-il déjà un réfugié politique ? C’est le réalisme de l’incarnation. En venant dans le monde, Jésus en subit tous les contrecoups. Il ne commande pas les événements, il y est soumis comme tant d’autres. Sa famille est emportée dans le tourbillon des événements. La famille de Jésus a connu les mêmes épreuves, les mêmes angoisses que les nôtres, mais l’Évangile a aussi pour but de nous réconforter. Les pérégrinations de Jésus révèlent une intention de Dieu. Jésus descend en Égypte comme son peuple s’y était réfugié autrefois pour fuir la famine, et il en ressortira comme le peuple libéré par Moïse. Jésus refait l’itinéraire de son peuple. Exode et Pâque seront en Jésus pour toujours. Il bouleverse les préjugés, renverse les barrières sociales, morales, religieuses pour faire renaître les hommes. Il dira d’ailleurs : «  Je suis le chemin ». Avec lui, impossible de se figer, de s’asseoir, il faut toujours avancer, aller plus loin.

Jésus a vécu le destin des persécutés, des exilés de tous les temps, une solidarité totale l’habite. La sainte famille errante, à la peau basanée, au maigre baluchon, nous la rencontrons tous les jours pitoyablement échouée dans un couloir du métro, sur le palier de nos HLM, au fond d’une cour, pour nous à Auxerre dans l’ancien Formule 1 d’Appoigny.

À quoi pensons-nous ? :

Carte de séjour ? Charter ?... Il faut mettre de l’ordre dans tout cela… Ces gens dérangent… Pérégrinons dans la ville d’église en église, nous y verrons la crèche avec un petit Jésus de plâtre, souriant… C’est quand même plus réconfortant, non ?...

Pitié Seigneur, nous ne savons jamais te reconnaître là où tu es !