Urgence de la Fraternité

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Édytorial de la revue diocésaine Église dans l'Yonne de novembre 2017, par le père Joël Rignault, vicaire général.

Nous pouvons être surpris par le soudain succès de la notion de fraternité. Un certain nombre de diocèses éprouvent le besoin d’explorer cette dimension fondamentale de la vie chrétienne. Des congrégations comme les Frères des Écoles chrétiennes organisent des sessions pour approfondir cette notion de fraternité, en l’occurrence selon le charisme éducatif de saint Jean-Baptiste de La Salle. Notre diocèse, sous l’impulsion de Mgr Hervé Giraud, va se sensibiliser à cette thématique. L’Assemblée diocésaine du 2 décembre 2017 va effectivement travailler et conseiller notre archevêque sur la meilleure façon de développer cette vie fraternelle au sein de nos communautés.

Nous n’avons pas oublié à quel point le pape François aime revenir à cette dimension fraternelle de la vie chrétienne. Pourquoi, au même moment, beaucoup de nos contemporains ressentent-ils cette urgence de la fraternité ? Peut-être parce que nous vivons un écartèlement qui fait souffrir beaucoup de personnes. Il y a d’un côté une vision mondiale de l’information, où l’on sait émouvoir toute la planète autour d’un événement, pourvu que la campagne de communication soit bien orchestrée et que les médias aient besoin de cet événement pour faire le buzz. Il y a d’un autre côté un sentiment d’isolement qui peut submerger une personne. Entre les deux apparaît un besoin urgent de ressentir le fait d’être frères en humanité. Et les visages fermés, parfois inquiets et fuyants, que nous pouvons croiser dans le métro parisien comme parfois dans les supermarchés de nos villes, peuvent devenir insupportables.

Pour les disciples du Christ, il y a bien le rendez-vous de l’Eucharistie dominicale où nous pouvons éprouver la joie d’être en communion avec le Christ et entre nous par le mystère de l’Eucharistie. Mais peut-être que, pour percevoir cette réalité mystique, il faut des moments concrets où l’on va s’encourager dans la foi, s’exhorter, se soucier les uns des autres, réaliser que nous sommes concrètement envoyés en mission pour des besoins de la communauté ou pour le bien commun. Bref, pour notre équilibre de vie, et pour une vie chrétienne structurante, il va bien falloir apprendre à vivre comme des frères.
“Chacun pour soi et Dieu pour tous” n’est pas un adage que l’on trouve dans l’Évangile et ne convient pas à une vie heureuse, c’est trop évident. Une vie spirituelle individualiste glisse facilement vers un orgueil qui étouffe. La mystique chrétienne selon l’Évangile à la suite du Christ ne peut pas être de cette nature.

Dans les temps qui nous sont donnés, nous avons la chance de ressentir que cette logique très individualiste, y compris de la vie chrétienne, ne sera plus tenable très longtemps. Pour un équilibre de vie humaine et chrétienne, il va bien falloir entrer dans une nouvelle ère. Le temps de la fraternité est peut-être arrivé et, logiquement, les chrétiens devraient être bien situés pour entrer dans cette ère. Dans notre diocèse, les expériences de vie communautaire paroissiale se développent déjà depuis quelques années. Mgr Gilson portait déjà cette intuition.

Mais mon propos n’est pas seulement de rappeler que le bien-être du chrétien, et de toute personne, suppose de vivre une expérience de fraternité. Éprouver la rencontre avec le Christ vivant, lui qui s’est fait homme, lui l’envoyé du Père, doit normalement provoquer non seulement de la joie, mais également le désir d’aimer les relations fraternelles à l’école et à la suite du Christ. Dans un long dialogue entre le pape François et Dominique Wolton, le Saint-Père nous met en garde sur le danger de vivre, y compris la foi chrétienne, comme une idéologie déshumanisante plutôt que comme une rencontre qui donne naissance à une liberté intérieure, un souffle, un enthousiasme et un ardent désir d’être profondément fraternel.
Voici quelques années, un prêtre aujourd’hui décédé disait au jeune prêtre que j’étais tu rencontreras des personnes qui veulent faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou non… !  J’ai gardé ce message comme un point d’attention à ne pas oublier.

Il me semble que, dans son livre Urgences pastorales, le père Christoph Theobald nous incite davantage à susciter des dialogues qui permettent de nouveaux horizons, qui donnent naissance à des vies nouvelles, des espérances inimaginables. Prendre la décision de se donner concrètement les moyens d’une vie en fraternité, c’est peut-être maintenant une urgence qu’on ne peut plus retarder et qui rend crédible l’Évangile aux yeux de nos contemporains. Le dossier du numéro de novembre d’EDY a l’ambition de nous préparer à cette perspective ; l’Assemblée du 2 décembre sera sans doute également un point de départ. “Comme il est bon de vivre comme des frères” : puissions-nous bientôt l’affirmer par expérience ! 

Père Joël Rignault, vicaire général

 

À noter :
Retrouvez, sur le site internet du diocèse à partir du 5 décembre 2017, un dossier complet sur les fraternités.

 

 

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