Le regard est-il la vitrine du cœur ?

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Édytorial de la revue diocésaine Église dans l'Yonne de mai 2018, par le père Joël Rignault, vicaire général.

Même si j’apprécie cette formule – le regard est la vitrine du cœur – je sais que ce qu’il y a au plus profond du cœur, seul le Seigneur le sait vraiment. Néanmoins, fréquemment nous pouvons entrevoir par le regard la façon dont la personne souhaite nous approcher. Il est des regards qui nous laissent bien pressentir que nous ne sommes pas perçus comme des frères, mais comme des petits qui ne méritent pas de considération. Le regard méprisant, condescendant est facilement perceptible. Inutile de parler du regard fuyant qui peut nous donner à penser que soit nous n’existons pas, soit un différend oblige la personne à dissimuler volontairement ce qu’elle a dans le cœur.

Les Évangiles aiment à nous dire fréquemment que Jésus “posa son regard” sur telle ou telle personne. Les scènes évangéliques nous incitent à méditer sur le regard du Christ, qui ne s’impose pas mais fait exister la personne qui est regardée par le Christ. Que ce soit les enfants, les pécheurs, les malades, les exclus, les souffrants. Le simple regard du Christ est déjà une Bonne Nouvelle. Il me semble que nous avons à apprendre du Christ à oser un regard qui soit d’emblée “Bonne Nouvelle”.

Notre société, friande de s’arrêter aux apparences, peut nous handicaper pour voir l’autre comme un frère ou une sœur. Évidemment, la différence dans l’apparence corporelle isole souvent injustement celui ou celle qui en est marqué. Mais, de toute façon, qui que nous soyons, nous effectuons notre pèlerinage terrestre avec un corps qui évolue au cours du temps.

Ces dernières années, nous sommes davantage attentifs à la cohérence entre les propos et l’attitude corporelle : les incohérences dans ce domaine peuvent décrédibiliser les propos tenus. Nous n’oublions pas que des chemins de croix s’effectuent au travers de corps souffrants.

Bref, le chemin baptismal ne peut pas se dispenser d’être vécu dans un corps. Impossible de se contenter des idées et d’un spiritualisme perdu dans les nuées. Mais ce chemin ne s’effectue pas seul. Porter fraternellement et solidairement les souffrances physiques, les différences, les handicaps, c’est possible !

Dans ce numéro de mai d’ÉDY, nous avons tenu à illustrer qu’il est possible d’être fraternellement solidaires. Dans notre vie quotidienne, il serait bon que cela devienne un réflexe : n’est-il pas temps que cette assemblée puisse s’asseoir ? Le malade, à qui je m’adresse, est-il bien installé, est-ce qu’il a besoin de quelque chose avant un dialogue spirituel ? Est-ce que ceux qui sont malentendants peuvent se sentir accueillis dans cette réunion ? Toutes ces questions peuvent effectivement relever du bon sens, mais surtout relever d’une attitude spirituelle où les autres ont une place dans notre cœur. Un repas fraternel ne passe pas seulement par la qualité des mets, mais par l’attention concrète à ceux qui sont autour de la table. Il en va ainsi de notre apprentissage à vivre ensemble, à vivre en disciples du Christ qui seront un jour les convives dans le Royaume de Dieu.

Retrouvez le témoignage d'une maman dont l'enfant, porteur de handicap, est accueilli dans le groupe de catéchisme de sa paroisse.

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