Coopérateurs de la vérité

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Édytorial de la revue diocésaine d'avril 2018, par Mgr Hervé Giraud

“Servir la vérité”, tel est le thème retenu pour la prochaine Journée mondiale des communications sociales, le 13 mai 2018. Malgré ou plutôt à cause de l’abondance des informations comme de la rapidité des moyens de communication, il devient de plus en plus difficile de trier le vrai du faux. D’autant plus que les informations n’émanent pas seulement des journalistes mais de chaque citoyen. Il n’est pas rare qu’une simple vidéo amateur fasse le buzz... au point parfois de favoriser hélas des “fausses nouvelles”, ces désormais fameuses fake news. Cette désinformation diffusée soit sur internet soit dans les médias traditionnels vise à tromper voire à manipuler celui qui les reçoit, quand ce n’est à répandre la haine. Le risque est grand alors d’augmenter certains préjugés déplorables et déjà diffus dans le tissu social, en exploitant ce que le pape François appelle “les émotions immédiates et faciles à susciter, comme la peur, le mépris, la colère et la frustration”.

Face à ce phénomène, qui prend de l’ampleur, il importe de trouver la juste attitude chrétienne. La Parole de Dieu rappelle l’importance de ne pas mentir. Il n’est pas anodin que le serpent soit mentionné dès le début de la Genèse : il est le signe que toute distorsion, apparemment légère de la vérité, peut avoir des effets désastreux (cf. Gn 3,1-15). Le “père du mensonge” (Jn 8,44) continue aujourd’hui de séduire et de faire son chemin dans le cœur de chacun. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle l’importance de cet interdit du mensonge : “Le huitième commandement interdit de travestir la vérité dans les relations avec autrui” (CEC 2464). Loin d’une prescription infantilisante, il s’agit d’un appel à la maturité puisque les hommes ne sauraient vivre ensemble s’ils n’avaient pas de confiance réciproque : le mensonge sape toute confiance interpersonnelle. Et il n’est de paix sociale sans confiance. Dans la vision chrétienne, la vérité n’est pas seulement une idée vraie. Elle a à voir avec la vie entière et d’abord la vie relationnelle car seule “la vérité nous rendra libres” (Jn 8,32).

Face à cette logique, il nous revient, en suivant le Christ Vérité (Jn 14, 6), de lutter contre tout mensonge, contre toute manipulation des informations. Il convient toujours, et d’autant plus dans un monde réactif, de prendre du recul. Notre rôle n’est-il pas d’apprendre à lire… à relire, à discerner, à évaluer ? Soyons donc des serviteurs de la vérité.
Dostoïevski écrivait : “Celui qui se ment à soi-même et écoute ses propres mensonges arrive au point de ne plus pouvoir distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi ; ainsi il commence à ne plus avoir l’estime de soi ni des autres. Ensuite, n’ayant plus l’estime de personne il cesse aussi d’aimer…” (Les frères Karamazov). Or, c’est “en vivant dans la vérité de l’amour que nous grandirons… jusqu’au Christ” (cf. Ep 4,15).

Mgr Hervé Giraud

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