Le silence, source de liberté évangélique

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Édytorial de la revue diocésaine d'octobre 2018, par le père Joël Rignault, vicaire général.

Le silence n’est pas naturellement source de liberté évangélique. Il peut le devenir, sous certaines conditions.

Le silence peut être mortifère quand il est imposé. Combien de rencontres où vous ne pouvez pas vous exprimer ? Soit l’intervenant fait peser son autorité et l’on n’ose pas poser une question, par peur de passer pour un ignorant, face à un tel puits de science ! Soit l’exposé nous a bien démontré que la question est close : c’est souvent intellectuellement destructeur et infantilisant. Soit le discours est si long et avec un débit rapide que plus personne ne peut s’exprimer ensuite. Soit la personne vous coupe la parole dès que vous émettez le début d’une idée et vous toise, usant d’une formule blessante, avec beaucoup de jouissance. J’ai souvent souffert de ces silences imposés qui nous enserrent, comme dans un étau et je ne suis sûrement pas le seul.

Le Saint Père dénonce avec véhémence le cléricalisme parce qu’il sait combien il peut être destructeur. Maintes fois, j’ai entendu des personnes témoigner que plusieurs pensaient et souhaitaient exprimer quelque chose mais “On n’ose pas lui dire”. Il faut nous libérer de ce fléau. Les écritures donnent parfois des conseils : Mt 18, 15-17, Lc 17,3, Gal 6,1-10.
Le silence imposé parce que l’on vous met en situation de vulnérabilité est effectivement très inquiétant. Un chrétien ne devrait jamais être à l’origine de ce silence imposé et nuisible.

Les récits de la Passion nous rapportent que l’on est parvenu un instant à réduire Jésus Christ au silence. Cette souffrance, le Christ l’a portée dans son humanité, mais le Père a voulu tirer son Fils de ce silence tragique pour que l’humanité sorte définitivement vainqueur de ce drame. Quand Dieu intervient dans la vie des humains, souvent la parole se libère. On raconte les événements, les apôtres témoignent, enseignent, guérissent, libèrent…

Si le chrétien aime s’offrir un silence intérieur, c’est pour que le Christ vainqueur de ce silence mortifère du vendredi saint puisse nous parler, nous guérir, nous enseigner. Ce silence-là transforme un cœur de pierre en cœur de chair : une pierre, c’est froid et ça ne parle pas, alors qu’un vivant, qui vit l’Évangile dans sa chair, parle, agit, aime jusqu’à suivre les Béatitudes. Ce silence-là est source de force et d’audace. Nous avons souvent expérimenté qu’après un temps de prière, à la suite d’une Eucharistie, nous avons eu la force de poser une démarche qui nous coûtait ou que nous redoutions.


Dans le numéro d'octobre 2018 d’ÉDY, nous avons souhaité illustrer combien le silence, offert au Christ et habité par Lui, peut transformer des situations apparemment pré-établis.

C’est ce silence habité qui a permis à l’Esprit Saint de faire jaillir dans le cœur de la Vierge Marie le Magnificat : “Il élève les humbles, il renverse les superbes. Désormais tous les âges me diront bienheureuse”.

Nos sœurs du Carmel ont choisi d’explorer ce silence pour aller à la source de ce qu’est la liberté évangélique, liberté qui a mis le cœur d’Élisabeth de La Trinité dans l’émerveillement. Comme il est bon de réentendre sa prière, pour comprendre les bouleversements que cela peut opérer.

Une liberté qui nous anime, rappelle saint Paul dans l’épître aux galates, Gal 5, 13-25, peut être détournée de sa finalité si nous nous éloignons du Christ.

Seigneur, aide-moi à renoncer à faire subir ou à subir des silences mortifères pour choisir de te rencontrer dans le silence intérieur.

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