Témoignage d'Émilie

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Émilie a été consacrée par Mgr Hervé Giraud dans l'Ordre des Vierges du diocèse d'Auxerre le lundi de Pâques 2018.

J'avais 14 ans lorsque j'ai discerné mon premier appel à suivre le Christ. Nous étions à Lourdes en pèlerinage diocésain, et les jeunes étaient rassemblés dans une salle du sanctuaire pour rencontrer leur nouvel évêque. Alors qu'il parlait de sa prière pour les vocations, une question très simple m'a intérieurement été posée : "Et toi Emilie ?". Cette question m'a pris de court. Ce n'était clairement pas moi qui me la posais à moi-même. Je me souviens avoir bafouillé : "Oui mais ... moi je voudrais m'occuper des malades !". Malgré ce "oui, mais", la question était posée. Le Seigneur n'attendait pas une réponse immédiate.

Ce jour-là, à Lourdes, j'ai rencontré quelqu'un. Ma foi est devenue une relation, et le Christ un ami, un confident. Nous avons marché ainsi pendant cinq ans. Régulièrement, je me demandais à quel état de vie le Seigneur m'appelait, mais je ne discernais encore aucune réponse. Je m'étais donc fixé comme objectif "de suivre mes pieds".

Cinq ans plus tard, le Christ m'a fait passer une nouvelle étape, lors d'une retraite au Mont Saint Michel. A cette époque je traversais une période de grands doutes sur la foi, et ma vie de prière était en crise. Je suis allée à cette retraite en traînant des pieds et en Le provoquant : "quitte à ce que cette retraite serve à quelque chose, fais-moi rencontrer un garçon". J'ai été prise au mot et je ne l'avais pas vu venir : là-bas j’ai rencontré le Christ-aimant ... et même amant ! Celui qui aime et qui désire avec force, le Dieu qui réclame un amour exclusif. Et – encore plus surprenant – j'ai réalisé que je désirais également L'aimer ainsi, de manière exclusive. Je n'avais jamais imaginé un seul instant qu'il était possible d'aimer le Christ de cette manière-là.

Pendant les cinq années qui ont suivi, j'ai continué à tendre l'oreille pour discerner les appels de Dieu. Je ne savais toujours pas à quel état de vie le Seigneur m'appelait ; mais je ressentais qu'il me fallait aller jusqu'au bout de mes études, car elles faisaient partie de ma vocation.

Quelques mois après ma remise de diplôme, la veille des Rameaux, j'ai effectué une recherche sur Internet (tout simplement !), car je réalisais qu'un état de vie proposé par l'Eglise avait dû m'échapper. C'est ainsi que j'ai découvert l'Ordre des Vierges Consacrées ... et quelle ne fut pas mon émotion à la lecture de ces lignes ! Après le Christ-Ami, le Christ-Aimant, je venais de rencontrer le Christ-Epoux.

Avec mon chemin réglé comme du papier à musique, il m'a fallu encore cinq nouvelles années jusqu'à aujourd'hui. Cinq années de préparation. Pour cela, pas de séminaire, pas de diplôme de théologie, pas de noviciat ... mais une formation humaine, "sur le tas", à travers l'ordinaire du quotidien, mon travail auprès des personnes malades et en fin de vie, à travers des épreuves aussi. Il n'y a pas toujours besoin de la clôture d'un monastère pour "tout quitter et Le suivre".

Aujourd'hui, quand je regarde ces quinze années passées, je m'émerveille de l'infinie délicatesse avec laquelle le Seigneur a manœuvré. Quand j'étais adolescente, j'étais touchée par les témoignages de personnes ayant vécu une conversion radicale, comme celle de Saint Paul que l'on imagine tomber de cheval, avec des manifestations extraordinaires. Aujourd'hui, je peux dire sans hésiter que ce chemin de simplicité, qui prend le temps, m'émerveille encore plus. C'est toute la tendresse de Dieu, son respect de notre liberté et de notre personne, qui se manifestent ainsi. Je ne peux m'empêcher de faire le lien avec le peuple hébreu de l'Ancienne Alliance. Dieu s'y est pris de la même manière : Il s'est révélé doucement, Il s'est dévoilé délicatement, pour qu'Israël apprenne à Le connaître ; jusqu'à ce que Dieu Lui-même vienne à sa rencontre et se révèle dans le Christ. Ce rapprochement avec le peuple hébreu n'est pas anodin au regard de la vocation à laquelle j'ai été appelée, car la vierge consacrée symbolise l'Eglise. Il était donc logique, d'une certaine manière, que le Seigneur s'approche de moi comme Il s'approche de son peuple.

Émilie

Merci au Service des vocations du diocèse de Versailles (voir leur chaine Youtube).