Art et foi à Ravenne

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Du 20 au 24 février 2018, vingt-deux pèlerins sont partis à la découverte d’œuvres inspirées par la Parole de Dieu et la foi en Christ. Le père François Campagnac décrypte, dans la lecture spirituelle qui suit, les personnages, les lieux, les styles, et les symboles bibliques et artistiques d’une des mosaïques de Ravenne.

Dans la basilique Saint Apollinaire in Classe, à Ravenne en Italie, l'abside offre une mosaïque du VIe siècle admirable et étonnante : la Transfiguration du Seigneur.  Contempler cette scène nous entraîne au-delà du texte évangélique (Mc 9, 2-10) dans une interprétation qui en révèle le mystère et la profondeur.

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Dans un ciel doré de gloire et de sainteté divine, nous reconnaissons dans la nuée Moïse à gauche et Elie à droite, s'entretenant avec Jésus. Ils représentent la Loi et les prophètes. La main sortant des cieux désigne le “Fils bien-aimé” (Mc 9, 7). Mais ici la figure du Christ transfiguré que l'on attendrait au centre est remplacée par une croix d’or sertie de pierres dans un ciel étoilé et avec en son centre le visage du Christ.  À une époque où il est important de réaffirmer les deux natures du Christ, vrai homme et vrai Dieu, la croix apparait comme le lieu de victoire de “Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur” (dont l’anagramme ichtus en grec - le poisson - est placé en haut de la croix) lui le Sauveur du monde (salvus mundi en latin placé en bas de la croix). Dans ce grand cercle, c’est tout l’univers qui est sauvé, récapitulé (Cf Ep 1, 10) La révélation de la gloire du Christ, préfiguration de sa résurrection, passe par la croix. Il s'annonce déjà comme un "messie crucifié" (Cf 1 Co 1, 23). Ce à quoi devront consentir les disciples au premier rang desquels Pierre Jacques et Jean, témoins choisis de cette révélation, représentés ici par trois brebis : Pierre à gauche seul pour marquer sa primauté, les deux frères à droite côte à côte pour souligner leur fraternité.

Mais ils ne sont plus les seuls à présent : grâce à saint Apollinaire (IIe siècle) vénéré en ce lieu, toute l’Église représentée par les douze brebis de part et d'autre, est invitée à contempler la croix du Christ, source du salut. La verte prairie paradisiaque où vont paître les brebis rappelle les paroles du psaume 22 : “Le Seigneur est mon berger... Sur des prés d'herbe fraîche il me fait reposer...”

La figure priante et contemplative de l'évêque martyr rappelle la fonction pastorale du berger : conduire au Christ, unique source du salut. Par une belle gestuelle de prière qui décentre l'Église d'elle-même, saint Apollinaire au centre et au-dessus de l'autel, oriente le regard et le cœur vers la croix du Christ. Car autour de la croix, le ciel étoilé composé de 99 étoiles or et argent évoque à la méditation du croyant la parabole de la brebis perdue. Si les 99 sont déjà rassemblées autour du Christ, la centième étoile peut être chacun de nous que le Christ vient chercher et sauver…

père François Campagnac,
prêtre accompagnateur du pèlerinage Ravenne-Venise

Pourquoi sont-ils partis à Ravenne et à Venise ?

Capitale de l'Empire romain au Ve siècle, puis de l'Italie byzantine jusqu'au VIIIe siècle, Ravenne possède un ensemble de mosaïques et de monuments paléochrétiens unique au monde. Ces bâtiments ont été construits aux Ve et VIe siècles. Ils témoignent tous d'une grande maîtrise artistique qui associe merveilleusement la tradition gréco-romaine, l'iconographie chrétienne et des styles d'Orient et d'Occident. Unesco.org

Le pèlerinage est un itinéraire spirituel de prière, de célébration, et de découvertes. À Ravenne, puis à Venise, il a aussi été une manière d’appréhender les questions de foi à travers l’art religieux. Ensemble, guidés par le Père François Campagnac, les pèlerins ont cherché à mieux comprendre des passages de la Parole de Dieu en décryptant les personnages, les lieux, les styles, et les symboles bibliques et artistiques : la lecture spirituelle débouche naturellement sur la méditation et la prière.

Ce pèlerinage a été proposé à l’occasion de l’année anniversaire de saint Germain, né à Auxerre en 378, ordonné évêque d’Auxerre en 418, et mort à Ravenne en 448. (en savoir plus sur saint Germain)

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