Fête hier et aujourd'hui : la nativité de Jean le Baptiste

Add this
Une chronique mensuelle pour découvrir les fêtes de notre calendrier liturgique

« Beaucoup se réjouiront de sa naissance » (Luc, 1-14)

Si Jean le Baptiste se voit honoré par deux fois dans le calendrier liturgique, la première au jour de sa naissance, le 24 juin et la seconde à la date de sa décollation (décapitation), le 29 août, le fait n’est pas exceptionnel. Nombreux sont ceux ou celles dont la liturgie commémore la mort et, ensuite, la translation des reliques, ce qui était le cas de saint Germain d’Auxerre (31 juillet / Ier octobre). Mais Jean est le seul saint dont on fête la naissance terrestre. Pour les autres, l’Église a retenu la date connue ou supposée de leur « naissance au ciel », le « dies natalis » des calendriers médiévaux, c’est-à-dire de leur mort corporelle et de leur retour au Père.

Jean le Baptiste est aussi le seul à avoir été déclaré saint dès l’origine, du fait même de sa conception et de sa naissance, puisqu’il s’agit, comme le rapportent les Écritures, d’un miracle. Élisabeth, sa mère, déjà âgée, n’était-elle pas réputée stérile ? Son père Zacharie, ne fut-il pas ensuite privé de la parole pour n’avoir pas cru en la puissance divine ?  (Luc, 1-25). Ainsi, est-il dit de Jean qu’il fut « rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère » (Luc 1-15).

Figure charnière entre le monde de l’Ancienne Loi et la Nouvelle Alliance, Jean s’inscrit dans la lignée des grands prophètes d’Israël, mais annonce le Messie, dont il est le Précurseur, selon le titre que lui donne la Tradition : «  Et toi, petit enfant, tu seras appelé Prophète du Très Haut, tu précèderas le Seigneur pour lui préparer les voies » (Luc 1, 76).

La fête de la nativité de Jean le Baptiste figure, au 24 juin, sur la plus ancienne liste des saints, martyrs et confesseurs dont l’Église fait mémoire ; ce document, daté du IVe siècle, est connu sous le nom de « martyrologe hiéronymien », parce que la Tradition en attribue la rédaction à saint Jérôme (Hieronimus).

On doit au savant bénédictin italien Paul Diacre (VIIIe s.) la composition de l’hymne « Ut queant laxis » qui appartient depuis à l’office des vêpres de la Saint-Jean-Baptiste.

Ut queant laxis      (ut)           

Resonare fibris (ré)     

Mira gestorum   (mi)

Famuli tuorum   (fa)

Solve polluti        (sol)

Labii reatum         (la)

Sancte Iohannes (S+I : si)

Plus tard, au XIe sicle, un autre moine, Gui d’Arezzo, se servit de la première syllabe de chacun des vers pour établir la dénomination musicale qui s’imposera dans tout l’Occident. En 1640, le « Ut » difficile à chanter, sera remplacé par le « Do » de « Dominus » (le Seigneur).

Contrairement à cette fausse évidence, largement répétée, en particulier par les médias, la St-Jean et ses feux ne sont pas issus d’une « récupération » de fête païenne du solstice par l’Église. Cette même rengaine, appliquée à Noël ou à d’autres fêtes, vise à discréditer le Christianisme en le réduisant à un simple placage artificiel sur une supposée civilisation « des origines », celte ( !) par exemple… De toutes façons, le jour exact du solstice d’été est le 21 et non le 24.

Le choix du 24 juin répond à deux critères issus des Écritures. Le premier veut que Jean soit né six mois avant le Christ. Le second fait écho à cette célèbre parole du Baptiste parlant du Messie : « Il faut que Lui grandisse et que moi, je diminue ». (Jean, 3, 30). Le Précurseur s’efface ainsi devant le Sauveur. Comme l’explique saint Augustin dans un sermon écrit pour cette fête, après le 24 juin, les jours raccourcissent, tandis qu’il s’allongent après le 25 décembre.

Patrice

L’ange Gabriel annonce à Zacharie la naissance prochaine de Jean. St-Bris, vitrail, XVIe siècle.