Fête hier et aujourd'hui : Saint Vincent Ferrier

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Une chronique mensuelle pour découvrir les fêtes de notre calendrier liturgique


Peu connu de la plupart des fidèles, Vincent Ferrier (ou « Ferrer », selon l’orthographe d’origine, espagnol), est fêté le 5 avril ; il fut un prédicateur exemplaire, de réputation européenne, et vécut dans la seconde moitié du XIVe siècle et au début du XVe siècle , où il joua un rôle majeur dans la résolution de la grave crise de l’Église connue sous le nom de « Grand schisme d’Occident ».
C’est au sein du jeune Ordre des Dominicains que Vincent accomplit son riche apostolat. Rappelons ici que cet institut religieux fut fondé par l’espagnol Dominique de Guzman au début du XIIIe siècle,, d’abord sous sa forme féminine et contemplative, à Prouilhe, dans l’Aude, en Languedoc (1207), puis en 1215 pour sa branche masculine ; mais les religieux se destinaient, eux, à la prédication et c’est d’ailleurs sous le nom de « Fratres Praedicatores » (« Frères Précheurs ») que Rome les reconnut officiellement en 1216 (bulle d’Honorius III). Il s’agissait d’abord, dans l’esprit de Dominique, de réfuter par l’argumentation construite l’hérésie dite « cathare », qui contaminait le sud du royaume de France. C’est parce qu’il fallait bien former des clercs capables et instruits en théologie et en sciences diverses, tout comme en art oratoire, que les statuts de l’institut rendent les études obligatoires, au sein des écoles de l’Ordre dites « studia ».


C’est justement au sein des « studia » de Valence et de Barcelone qu’étudia le jeune Vincent Ferrer ; né dans la première de ces deux cités vers 1355, il rejoignit les Dominicains en 1367 et devint maître en théologie et philosophie en 1389. Professeur aux universités de Leyde en Hollande et de Toulouse, il fut confesseur de l’épouse du roi d’Aragon Jean II, puis intégra la « familia » du cardinal d’Aragon Pedro de Luna, élu pape en Avignon en 1394 sous le nom de Benoît XIII.


Illustration n° 1 : livre d’heures des Dominicains d’Aragon (BNF Lat. 10532), de 1501


Placé dans les cercles les plus élevés de la curie pontificale, Vincent Ferrer fut un acteur de premier plan dans la grande crise qui ébranla l’Église à la mort, en 1378, de Grégoire XI, qui avait quitté Avignon pour enfin regagner Rome. Son successeur, l’italien Urbain VI, vit son élection annulée par le collège des cardinaux, dont le clan français exploita les fragilités psychologiques et les tendances autoritaires du nouveau pontife. Les prélats élisirent alors un remplaçant, Clément VII. Mais le premier ne renonça pas ; Clément s’installa donc à Avignon… la querelle perdura tout au long des décennies suivantes, avec les successeurs respectifs… Confesseur du pape avignonnais Benoît XIII, Vincent s’efforça de convaincre les partisans de la cause adverse et de rétablir l’unité de l’Église, ce qui fut enfin effectif avec l’élection en 1417 de Martin V.


Mais à cette date, Vincent avait déjà quitté le milieu pontifical et s’était lancé dans une vaste campagne de prédication qui l’amena en Aragon et Castille, mais aussi en Languedoc, dans le centre de la France, en Bourgogne et enfin en Bretagne ; il arriva à Vannes le dimanche des Rameaux 1418 et y rendit l’âme, le 5 avril 1419. La cathédrale abrite son tombeau et expose aujourd’hui son crâne dans un buste-reliquaire de laiton réalisé en 1902.


La réputation de prédicateur de Vincent, canonisé en 1455 par  Calixte II sur intervention du duc Jean V de Bretagne, était largement fondée ; la lecture des trois cents sermons qui ont été conservés et publiés, met en lumière un clerc sachant tout à la fois convaincre par la pensée, solide et construite, et toucher par l’affect ; il utilisait en effet de nombreux « exempla », histoires courtes inspirées de la vie quotidienne des fidèles et supports accessibles à tous d’un enseignement théologique et moral de grande valeur. 
Signe visible de cette aisance intellectuelle et oratoire, saint Vincent Ferrier est parfois représenté la bouche bien ouverte. 
 


Illustration n° 2 : buste-reliquaire de la cathédrale St-Pierre de Vannes (1092)

Patrice