L'édito de frère Raoul

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Si nous acceptions de ne pas nous laisser distraire et de regarder la situation qui est la nôtre bien en face, avec un franc réalisme, nous reconnaîtrions que notre temps est particulièrement critique, plus sans doute que tout au long de l'Histoire de l'humanité. Nous allons vers des catastrophes dans les plus grands domaines de la vie. Combien nous en avertissent et avec quelle insistance ! Et pourtant...

Le Salut

Du point de vue de notre terre : réchauffement climatique, pollution de l'air, des océans, des cultures ; disparition de quantité d'espèces animales et végétales ; ruine de la biodiversité et des écosystèmes, épuisement des ressources naturelles...

Du point de vue social et humain : réarmement nucléaire et guerres sur tous les continents, menace d'un énorme crash financier à cause de la mondialisation, malhonnêteté et corruption, enrichissement honteux de quelques-uns et appauvrissement et misère de peuples entiers, droits de l'homme, de la femme, non respectés, encore moins ceux des enfants, despotisme sans merci, réfugiés politiques, économiques ou religieux en errances mortelles ...

Du point de vue de la personne : philosophie, spiritualité et étique sans plus aucune référence à une évidence commune ; euthanasie, avortement, mariage pour tous, manipulation génétique, eugénisme, course au soi-disant épanouissement personnel, à la liberté sans limite, entretenu par la publicité et les médias et l'orgueil d'une pensée qui se veut toute puissante ...

Et tant d'autres problèmes encore qui déchiquettent notre espérance face à l'avenir. Sûrement, il y a des réactions, des tentatives de remédier à ces menaces de mort universelle. Mais elles sont si discréditées, si faibles et si disproportionnées par rapport aux enjeux mondiaux. D'où pourrait alors venir le salut ? Que nous l'accueillons, que nous marchions vers lui : le nôtre, celui des hommes et des femmes de par toute la terre, celui de notre planète elle-même ?

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé (sur la croix), afin qu'en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle, (...) Et que le monde, par lui, soit sauvé » (Jn.3,14-18).

Ces mots de l’Évangile selon saint Jean que nous avons entendus ces jours-ci, doivent nous interroger, au moins nous chrétiens, pour que nous soyons ou redevenions des témoins convaincus, ardents et efficaces de ceci : Il n'y a qu'un salut et une manière de le recevoir. Et c'est le Christ mort et ressuscité. Pourquoi ? Parce que seul il nous remet en relation avec son Père et notre Père à tous, lui que nous avons oublié ou que nous ignorons plus ou moins volontairement (laïcité oblige!), lui l'unique Source de toute la vie pourtant ; et ce même Jésus nous remet en communion avec tous les hommes, nos frères et soeurs et les siens. Le monde entier, toute l'humanité et chacun en particulier ne peuvent être sauvés autrement qu'avec cette prise de conscience, cette foi, que nous sommes tous d'une seule famille ; et que rien ne peut être construit sur d'autres fondations définitives que relativement à cette réalité-là : l'usage de notre terre, les relations entre les hommes, la vie de chacun dépendent de la « vivifiance » de cette vérité. Si nous n'y croyons pas et ne vivons pas en conséquence, « nous voici jugés, du fait que nous n'avons pas cru au nom du Fils unique de Dieu (cfr Jn.3,18) et les catastrophes annoncées seront les séquelles dramatiques autant qu'obligées de nos décisions prises, ou plutôt au contraire, non prises à temps.

Mais si Pâques, Croix et Résurrection, a été chemin du Salut pour le Christ, il le sera aussi pour nous dès lors que nous le prenons tous ensemble avec lui.

Fr Raoul