Fête hier et aujourd'hui : la saint Patrick à Auxerre

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Une chronique mensuelle pour découvrir les fêtes de notre calendrier liturgique

Fêté le 17 mars, saint Patrick (ou « Patrice », dans sa version continentale) est, certes, le grand patron de l’Irlande qu’il aurait évangélisé au Ve siècle, à la suite d’un premier missionnaire, l’évêque Palladius. Mais à Auxerre, la figure du saint évêque a parfois pris une dimension particulière. En effet, il se dit ou s’écrit ça et là que Patrick y vécut, qu’il fut même disciple du grand saint Germain (évêque de 418 à 448), qui lui dispensa son éducation spirituelle, et particulièrement monastique, jusqu’au départ pour l’Irlande en 432.

 

Si la chose avait été fondée de façon ancienne, même sur une légende, elle aurait laissé quelques traces dans les sources auxerroises, historiques ou liturgiques. L’Église d’Auxerre eût en effet tiré quelque gloire de cette affaire. Or, il n’en est rien. Aucun calendrier liturgique d’avant la Révolution n’en fait état, et le grand et savant historien du diocèse au XVIIIe siècle, le chanoine Jean Lebeuf, n’en dit mot dans toute son œuvre considérable.

 

À y regarder de près, ce qu’il faut toujours faire avec une légende (le mot est ici pris dans son vrai sens, celui de récit qu’il faut lire (« legenda » en latin) pour le transmettre), cette « tradition » du séjour de Patrice à Auxerre est très récente, puisqu’elle est sortie, avant-guerre de la plume de l’historien et archéologue René Louis, disparu il y a peu (1991). Dès 1932, la « Semaine religieuse » du diocèse fait état de cette hypothèse qui va vite devenir chez certains une « certitude ». Qu’en est-il en réalité ?

Illustration : saint Patrick prêchant. « Vies de saint », Paris, XIVe s. BNF ms fr.185

René Louis se base sur des sources qui apparaissent aux historiens d’aujourd’hui comme confuses et surtout très tardives. La principale d’entre elles est une « Vie de saint Patrick», rédigée vers 700, soit près deux-cent-cinquante ans après la mort de saint Patrick (461 ?) par le moine irlandais Mirchu. Elle est la seule qui mentionne Germain, comme modèle de pasteur (on se rappellera que le célèbre évêque d’Auxerre séjourna une et peut-être deux fois en « Bretagne » (Grande-Bretagne actuelle) pour y combattre l’hérésie pélagienne). Or, comme on le dit en droit : « preuve unique , preuve nulle ». Un autre document fait état du séjour le Patrick dans une île appelée « Aralanum », que René Louis traduit en « Orgelaine », toponyme « auxerrois », correspondant, selon lui au site de l’abbaye que fonda saint Germain, sur la rive droite de l’Yonne, en face de la cathédrale, sous le vocable de St-Côme-et-Saint-Damien, et qui devint plus tard « St-Marien ». De là à penser que Patrice avait dû suivre l’enseignement de Germain dans ce monastère qui fut le premier établissement monastique de toute la Bourgogne…..

 

Malheureusement, la plupart des auteurs actuels s’accordent sur le fait que Patrick, écossais de naissance, fut formé en Bretagne et n’a probablement jamais mis les pieds sur le continent…ou, au mieux, qu’il n’ y a fait qu’un très court séjour..

 

Ainsi se construit le (fragile) édifice d’une fausse tradition… Mais ce jeu de construction / déconstruction, propre au travail des historiens, n’enlève rien au rayonnement du grand saint d’Irlande, ni au prestige de l’Église d’Auxerre… il en faudrait bien plus…

 

Patrice