Le culte de saint Germain

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© T. Gesquière

Saint Germain meurt à Ravenne en 448, à l’occasion d’un voyage diplomatique et son corps est ramené à Auxerre où il repose depuis, dans ce qui deviendra l’abbaye Saint-Germain. La réputation de sainteté de Germain est telle que très vite des foules accourent pour le vénérer.

Que Constance, prêtre de Lyon, rédige vers 475, soit moins de trente ans après sa mort, la première “Vie de saint Germain” prouve l’immense réputation de ce pasteur dans toute la Gaule. Ce texte fondateur fut l’un des principaux vecteurs du culte rendu à notre évêque ; la version qu’en fit au IXe siècle Héric, moine de l’abbaye Saint-Germain, qui rédigea aussi les “Miracles de saint Germain”, amplifia le phénomène.

Saint-Germain, cathédrale d'Auxerre © Patrice WahlenÀ Auxerre même, l’abbaye qui honorait par sa liturgie Germain en son tombeau constitua très tôt le but de nombreux pèlerins ; la magnificence des lieux tenait au soin que rois et reines, en particulier carolingiens, portèrent à l’écrin monastique du précieux corps. Le monastère fut ainsi, durant tout le haut Moyen Âge le troisième le plus doté de Gaule par les souverains, après Saint-Martin de Tours et Saint-Denis près de Paris. Que Germain ait été ainsi “intégré” dans la famille spirituelle des rois se voit encore par le vocable de leur paroisse parisienne, Saint-Germain-l’Auxerrois, près du Louvre. On la distingue ainsi de Saint-Germain “des Prés”, dont le nom renvoie à un Germain évêque de Paris au VIe siècle.

Parmi les témoignages du grand évêque que conserve l’abbaye auxerroise, il en est un qui, des siècles après sa “naissance au ciel”, selon l’expression médiévale, témoigne de la bienveillance que Germain manifeste envers sa bonne ville ; au pignon du transept sud, tourné vers la cathédrale, Germain en statue (XVe s.) bénit sa cité, tandis qu’un ange le couronne de la gloire des confesseurs (photo à droite).

En Gaule, l’ampleur du culte de Germain se mesure au nombre considérable d’églises qui en portent le nom. Un recensement des vocables (mariaux exclus) place notre célèbre pasteur en quatrième position, après Martin, apôtre des Gaules ; Pierre, Prince des apôtres, et Jean l’Évangéliste ! Toutes les régions sont concernées. Dans les territoires de l’ancien diocèse d’Auxerre et de ses environs, on compte seize églises dans la Nièvre, treize en Côte d’Or, dix-huit en Saône-et-Loire, cinq dans l’Aube et vingt dans l’Yonne, notamment Saint-Germain de Poilly-sur-Tholon, dont le portail renaissance est orné d’un bas-relief illustrant la vie du saint patron (photo ci-dessous).

1-Poilly s-Tholon © Patrice Wahlen

Hors Bourgogne, les plus fortes concentrations, correspondent aux territoires traversés par Germain, à savoir l’Est parisien, la haute Normandie, pour la traversée vers la Grande-Bretagne ou, pour le Sud-Est de la France et la vallée du Rhône, au passage du corps rapatrié d’Italie.

Mais le culte de Germain déborde largement du pays et se manifeste en Grande-Bretagne (vitrail à la cathédrale de Gloucester), et en Italie du nord, au diocèse de Verceil, où, selon la tradition, la dépouille du saint évêque en chemin vers la Gaule fit des merveilles. En 2007, la paroisse de Sillavengo, dont l’une des églises est placée sous le nom de Germain, sollicita le diocèse de Sens & Auxerre pour obtenir une relique ; prélevée sur les fragments du brancard mortuaire conservés en la cathédrale d’Auxerre, elle fut apportée par le Père Boisseau, qui fut reçu en grande pompe par toute la commune en fête.

Beaucoup plus loin, c’est chez nos cousins québécois qu’on trouve trace de Germain d’Auxerre, et plus précisément à Rimouski, sur l’embouchure du Saint-Laurent ; sa cathédrale fut, à sa consécration en 1859, placée sous l’invocation de notre pasteur ; il est vrai que les premiers colons français qui débarquèrent en ces lieux au XVIIe siècle venaient du diocèse.

Patrice Wahlen (texte et photos)