Retour sur l'assemblée diocésaine du 2 décembre 2017

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Une assemblée diocésaine était convoquée, samedi 2 décembre 2017, et avait comme sujet de réflexion "la mise en place de fraternités au sein des communautés locales".

Près de deux cents personnes ont répondu présent et ont échangé au sujet de cette proposition de créer des fraternités.

L'après-midi s'est articulée en 5 temps :

Des fraternités pour la Fraternité

Texte de l'intervention de Mgr Hervé Giraud

Une société dans laquelle se dissout la vraie fraternité n’est pas capable de futur ; c’est-à-dire qu’elle n’est pas capable de progresser.
Pape François                       

Pourquoi ce thème des Fraternités, notamment paroissiales ?

Il nous faut repartir du concile Vatican II : « Le Christ est la lumière des peuples… L’Église (est), dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain… » (LG 1). Il nous revient donc d’être signe d’unité et moyen d’unité. Comment mieux le faire sinon par la Fraternité et des Fraternités. Mgr Pontier affirmait, à Lourdes,  « Le christianisme porte la vision d’une fraternité universelle de l’humanité. » Hier, nous fêtions Charles de Foucauld : « je veux habituer tous les habitants… à me regarder comme leur frère, le frère universel ».

Plus fondamentalement encore, la 1ère lettre de Pierre écrit : « honorez tout le monde, aimez la communauté des frères » (1 P 2,17). En Matthieu, là où l’ange dit aux femmes : « allez dire à ses disciples » (Mt 28,7) Jésus leur dit : « allez annoncer à mes frères » (Mt 28,10). De même, en Jean, Jésus dit à Marie Madeleine : « va trouver mes frères » (Jn 20,17).

En ce qui nous concerne, notre diocèse a connu une réorganisation en 31 paroisses. Comme d’autres diocèses, nous recherchons des modèles missionnaires (on peut en dénombrer 8 !). Nous n’avons pas à rechercher à reproduire le passé, ni celui d’avant Vatican II ni celui de la fin du siècle dernier ! La tendance actuelle est de tisser de la fraternité. Pourquoi ?

Actuellement, nous vivons une crise hors normes, voici un diagnostic rapide :

  • Dieu n’est plus une évidence ! Dieu ne va plus de soi. La question de Dieu ne se pose même presque plus. Pour beaucoup, Dieu ne pose même plus question. Dès lors, comment porter la question de Dieu, et celle du salut en Jésus-Christ, dans un monde qui n’est plus structuré pour l’entendre. Avant, nous partions surtout des attentes, mais aujourd'hui il faut partir des non-attentes. Avant, nous partions des soifs de sens - elles existent toujours - mais aujourd'hui il faut partir des indifférences au sens.
  • De plus, nous avons à prendre conscience de plusieurs crises : écologique, anthropologique, financière, migratoire. Des disparités et précarités  sociales sont de plus en plus visibles et insupportables. Les craintes liées au terrorisme demeurent.
  • Notre société devient « dure, nomade, inquiète, fluide, précaire, fragile, éphémère, provisoire, complexe, corrompue, émotive, incertaine, inhospitalière »… De nouveaux seuils de sécularisation, d’individualisme, d’hédonisme sont franchis. Enfin, l’augmentation du nombre de musulmans conduit à un pluralisme inédit dans une laïcité française toujours en définition. Et les religions apparaissent comme des facteurs et producteurs de violence.
  • Du côté de l’Église, 53% des français se disent catholiques et 42 % des jeunes. Mais La foi est réduite à des valeurs morales. On constate une dissolution progressive du socle culturel forgé par le catholicisme. Il nous faut en prendre acte, même si des signes apparaissent d’appels nouveaux vers l’Église. Des jeunes chrétiens sont inventifs et créatifs (GoMesse, Goconfess…).
  • On peut donc à la fois dire que l’Église catholique est fatiguée, usée, divisée, folklorisée, paralysée, ex-culturée, instrumentalisée (églises, rites…), et même haïe. Mais qu’elle est aussi en pleine transformation. Elle veut garder sa tendance multitudiniste et missionnaire, mais elle souffre du passé d’une civilisation dont on veut lui faire porter toute la responsabilité, ou qu’elle peine à porter (Inquisition, Croisades, Galilée, place des femmes, Église moralisatrice mais aussi paroisses, mouvements ou associations de tous ordres).
  • Nous sommes donc à la croisée des chemins. Ce peut être passionnant ! Comme le P. Jean Dujarier, « nous croyons que la fraternité est le signe fort dont le monde a besoin aujourd'hui. » Dans cette mutation gigantesque, il faut rendre plus crédible le centre de la foi chrétienne.
  • Le combat est spirituel. Il faut acquérir une intelligence spirituelle de notre temps. Et il n’est pas neutre que le changement de la prière du Notre Père arrive maintenant ! « Ne nous laisse pas entrer en tentation » : tentation du repli, tentation de la tristesse, tentation de quitter l’Église, tentation de perdre la foi…

D’où l’idée de « petites communautés ecclésiales de base, communautés de vie, où les fidèles puissent se communiquer mutuellement la Parole de Dieu et s’exprimer dans le service de l’amour ». Des fraternités paroissiales (ou autres) s’inscriraient dans la dynamique des premiers siècles de l’Église quand le nom premier de l’Église était Fraternité. Dans notre diocèse, il existe déjà des équipes de mouvements (Action catholique, Equipes Notre Dame, Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, scoutisme…). Il existe aussi des équipes de préparation aux baptêmes ou aux mariages ou d’autres équipes (liturgiques, funérailles…). Des équipes de jeunes (lycéens, étudiants, jeunes professionnels) se retrouvent soit en aumônerie ou d’une manière structurée ou informelle. Ces équipes peuvent déjà se demander si elles sont  suffisamment des Fraternités pour la mission ?

Mon souhait est, selon l’expression de Vatican II, de « développer la fraternité », par des Fraternités nouvelles. Les prêtres renouvelleraient ainsi leur mission de communion. Leur rôle en serait revivifié. Une Fraternité s’engagerait simplement à participer à une rencontre régulière de 5 à 8 personnes, à l’aide de fiches diocésaines. Le but est de s’encourager mutuellement à vivre chacun et ensemble les trois engagements de la prière, du service et de la formation pour la mission.

Je termine par un point capital. Ce que nous proposons n’est pas une structure de plus. Il s’agit surtout d’entrer dans une dynamique de gratuité. Elle exige que nous soyons plus pleinement chrétiens, certains parlent de « christiens » c'est-à-dire de chrétiens qui se définissent et se comprennent eux-mêmes à partir de leur baptême, de leur relation personnelle au Christ. Je cite le cardinal Vingt-Trois :
« Il faut montrer de manière visible la vitalité des communautés chrétiennes… Si l’on dit que l’Église peut trouver une place dans la société du XXIe siècle, ce ne peut être que si les chrétiens trouvent leur mode d’intervention dans la vie de cette société, s’ils assument vraiment leur foi chrétienne… L’essentiel, c’est la manière dont se comportent les chrétiens, la cohérence entre leurs discours et leurs choix. Ce qui va changer la société, c’est la manière dont les chrétiens vivent de l’Évangile dans leurs choix et en témoignent. »

Pour cela, il faut aller gratuitement vers les autres, sans prosélytisme. Cette attitude première peut permettre de commencer par révéler à tous que nous sommes frères, aimés et aimables, sans distinction de religion. Cette attitude fondamentale d’une « foi élémentaire » en eux peut conduire à proposer une foi véritablement chrétienne. Car beaucoup de gens vivent un vague « déisme éthico-thérapeutique » (Rod Dreher), une version édulcorée du christianisme. Il nous revient de faire comme Jésus et d’exprimer par des gestes de bienveillance vis-à-vis d’autrui, par des gestes de fraternité, de gratuité, que toute vie mérite d’être reconnue, accueillie. Notre sens de la Fraternité sera missionnaire : « à ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35). L’Église naît en ces rencontres significatives où l’intérêt gratuit pour autrui ouvre en même temps un espace où chacun peut découvrir le Christ.

 

 

 

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"La Fraternité, des fraternités..."

Le dossier de la revue diocésaine de novembre 2017 était consacré au thème de la Fraternité.

Urgence de la Fraternité

Édytorial de la revue diocésaine Église dans l'Yonne de novembre 2017, par le père Joël Rignault, vicaire général.

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