Homélie de la nuit de Noël
L’Evangile de la nuit de Noël est d’abord fait de noms : Auguste, Quirinius, Joseph, David, Marie, et aussi, Sauveur, Christ, Seigneur.
Plusieurs raisons à cela : l’évangéliste entend inscrire cet événement dans l’histoire et dans la géographie.
Il ne s’agit pas d’une légende, d’un conte, d’une belle histoire ; c’est un événement bien réel, la naissance d’un enfant.
Et Dieu nous dit, par les anges, qui est cet enfant.
Mais ces noms disent aussi autre chose : chaque personne compte ; une personne c’est un nom, un visage.
Pas de mépris pour les puissants.
Par de mépris pour les plus humbles.
Ceci, de la part de Dieu pour lequel chacun est quelqu’un.
Et c’est un appel pour nous tous, pour nos relations entre nous.
Chacun est un nom, un visage, une personne, et aussi un mystère qu’il s’agit d’accueillir et de respecter.
C’est aussi le sens des questions qui entourent la naissance de Jésus : « Que sera donc cet enfant ? »
Ce dont il faut se garder c’est d’apporter trop vite des réponses, et même de donner des réponses.
La relation est vraie lorsque l’on s’efforce d’accueillir ce qui est donné, ce que la personne révèle d’elle-même, plutôt que de « savoir ».
Une naissance, toute naissance, et la naissance de la nuit de Noël est d’abord cela, une joie, une émerveillement, une beauté.
Une naissance nous demande avant tout de pouvoir accueillir l’enfant tel qu’il est, tel qu’il sera.
Cela remet en cause bien de nos manières de penser aujourd’hui, cette attitude qui nous laisse penser qu’il faut tout savoir, tout maîtriser.
Non, la vie s’accueille, elle se reçoit ; elle ne se programme pas.
L’Evangile de Noël rapporte aussi des gestes ; en eux, c’est avant tout la délicatesse qui est soulignée.
C’est la tendresse d’une mère pour son bébé.
Mais il y a aussi l’attitude des bergers : ils « vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux » dit l’Evangile.
Même si la Judée est au Moyen-Orient, le Judée est une montagne, qui connaît le froid.
Ces quelques mots de l’Evangile soulignent, tout simplement, l’attention des éleveurs pour leurs animaux.
Ils restent dehors, dans la nuit, avec eux.
Voyez combien ceci résonne avec notre actualité, avec ces éleveurs bouleversés par la maladie qui touche certaines bêtes et qui conduirait à abattre tout un troupeau.
La naissance de Jésus est un événement singulier, comme toute naissance, mais, à Noël, il y a aussi quelque chose d’universel.
Il s’agit d’une naissance, comme bien d’autres naissances dans l’histoire humaine, mais qui change quelque chose à l’histoire entière.
A l’histoire humaine bien entendu, mais aussi à l’histoire de l’univers.
Ce sont les bergers, les animaux des champs, aussi les animaux de la crèche, mais aussi toute la nature.
Et puis, n’oublions pas les anges.
Ils sont les messagers de Dieu.
Mais eux aussi expriment la portée de cet événement, de cette naissance :
Aujourd’hui le terre et le paradis chantent, sont bouleversés ; c’est tout l’univers qui est concerné par cette nuit de Noël.
Le ciel et la terre se rencontrent ; autrement dit, il n’y a pas deux mondes, deux réalités ; Dieu est Créateur et Maître de toute chose.
C’est aussi ce que dit le signe qui nous est donné : « Vous trouverez un nouveau-né emmaillotté et coché dans une mangeoire ».
Ce qu’il y a de plus simple, de plus humble, est ce qui nous révèle le visage de Dieu.
Dieu est autant présent dans la plus grand simplicité que dans la lumière éternelle des cieux.
La naissance de Jésus vient rejoindre chacun, qu’il soit puissant ou misérable, de l’empereur Auguste au berger qui passe la nuit dans les champs
Il n’y a jamais loin à aller pour chercher Dieu, pour trouver Dieu.
Il est tout près de nous, il dans la simplicité de la vie la plus ordinaire.
Et c’est pourtant cet ordinaire qui est porteur de ce qu’il y a de plus beau et de plus grand.
Comme les anges, comme les bergers, sachons continuer à nous étonner, à nous émerveiller.
Les enfants le font spontanément.
Pour eux, tout est souvent nouveau.
Pour les plus anciens, dont je suis, nous pouvons vivre en pensant qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, que nous ce qui existe, nous l’avons déjà vu.
La nuit de Noël est ce moment, cet événement qui nous aide à ne pas être des gens blasés, habitués, mais des femmes et des hommes qui continuons à nous émerveiller de la vie, et bien entendu, à nous émerveiller de Dieu.
