Homélie du Dimanche de Pâques 2026 — Diocèse de Sens & Auxerre

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Homélie du Dimanche de Pâques 2026

Mgr Pascal Wintzer - 5 avril 2026 - Sens

« Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur » (1 Co 15, 17). Nous connaissons cette affirmation de saint Paul.
C’est la résurrection du Seigneur qui donne son sens à notre foi, et aussi à notre prière, et aussi à tout ce qui fait notre vie et à notre manière de la regarder.
Sans la résurrection, nous croyons que n’existent que nos quelques dizaines d’années de vie sur terre. Et, dans cette logique, ou bien on use et abuse de tout, pour profiter au mieux de ces années, avant le tombeau ; ou bien, on voit la vie comme absurde : à quoi bon s’engager, pour soi, pour les autres, si tout est voué à disparaître ?

Au contraire, la résurrection nous permet de voir à la fois le caractère précieux de la vie sur terre, elle est la première étape d’une vie qui se poursuivra dans le Royaume de Dieu, et à la fois d’en savoir le caractère relatif : l’antichambre qu’est ce monde-ci n’est pas la plénitude de la chambre nuptiale que sera le Royaume.
Ce matin de Pâques, nous sommes au « premier jour », avec le sens profond de ces mots.
Le premier jour de la semaine, c’est le dimanche, le Jour du Seigneur, mais aussi le premier jour du monde nouveau, puisqu’avec la résurrection du Seigneur nous sommes entrés dans le monde nouveau ; les néophytes baptisés cette nuit l’ont vécu en étant plongés dans la mort et la résurrection du Seigneur.

Il est important de bien comprendre et souligner cette nouveauté à quoi conduit la résurrection du Seigneur.
La résurrection n’est pas une réanimation, elle n’est pas le retour à la vie d’avant ; elle n’est pas non plus une réincarnation, l’âme n’entre pas dans un nouveau corps. Non, la résurrection est l’entrée de la même et unique personne dans une vie pourtant nouvelle.
Le tombeau est vide ; Jésus n’est plus sur les routes de Galilée ; ceux à qui il va se manifester, ne le reconnaissent pas.

Pourtant c’est bien Jésus qui est ressuscité ; c’est Jésus, le Galiléen, mais, il est plus juste, désormais, de l’appeler le Ressuscité.
C’est ce qui donne son sens et son prix à l’eucharistie : nous ne recevons pas le corps et le sang de Jésus, mais le corps et le sang du Ressuscité ; lorsque nous communions, ce n’est pas une chair corruptible que nous recevons, mais une chair incorruptible, nous recevons la Vie éternelle.

Par la résurrection, Jésus est devenu le Seigneur ; il est celui qui siège à la droite du Père et nous révèle que notre avenir n’est pas sur cette terre, mais aussi, à sa suite, dans le Royaume éternel. L’eucharistie est la nourriture qui met en nous les germes de l’éternité.
C’est ce qu’affirme saint Paul dans la deuxième lecture :
« Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. »
Rien de cette nouveauté, rien de la résurrection, n’est entre nos mains.
Le monde terrestre, comme chacune de nos vies, sont marqués par la décrépitude et la mort.
La vie nouvelle, elle est tout entière donnée par Dieu.
C’est ce que j’aime voir annoncé dès le début du livre de la Genèse. Rappelez-nous : Adam et Eve ont accès à tous les arbres du jardin, excepté un seul de ces arbres ; mais, le tentateur les conduit à douter de Dieu, de sa bonté, et à se servir eux-mêmes du fruit de cet arbre.
Au matin de Pâques, Dieu donne ce fruit que lui seul peut donner, c’est le fruit qui donne l’éternité.

Pierre en atteste dans le livre des Actes des Apôtres : « Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. »
Jésus ne s’est pas ressuscité, Jésus ne s’est pas relevé lui-même de la mort, c’est Dieu, le Père, qui l’a ressuscité.
De même pour nous tous, la résurrection n’est pas inscrite dans notre programme génétique, elle est, elle sera un don gratuit de Dieu.
Elle est ce fruit que nous ne pouvons cueillir nous-même, mais que Dieu nous donnera, par amour.
L’eucharistie en est le gage, l’anticipation, elle est le corps du Ressuscité qui nourrit notre désir d’éternité et la sème déjà en notre corps.

Je rappelais la parole de saint Paul en commençant : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur ».
Je poursuis le commentaire, si le Christ n’est pas ressuscité, nous vivons sans acte de foi, nous refusons que notre vie dépende de quelqu’un d’autre que nous-même.
La résurrection, parce qu’elle est l’œuvre de Dieu, parce qu’elle ne dépend en rien de nous, change bien des manières de comprendre la vie humaine.
Le croyant sait que sa vie est reçue de Dieu et conduit à Dieu ; il ne se comporte pas en propriétaire ayant droit de vie et de mort sur lui-même, et encore moins sur les autres.

D’aucune manière nous ne pouvons nous comporter comme des propriétaires, ni de nous, ni des autres, ni de quoi que ce soit ; nous sommes des intendants, des fermiers, d’un bien qui nous est donné par Dieu et que pourtant, il place en nos mains, ainsi que nous l’exprimons dans une des manières de communier à l’eucharistie.
Il nous faut tenir tout à la fois que tout vient de Dieu et qu’en même temps, il remet tout entre nos mains, il nous met en situation de vraie responsabilité sur la vie et sur le monde.
Les êtres humains ne sont ni des marionnettes ni des incapables, qui que nous soyons.

Vivre en ressuscités, car tels sont le chemin et l’appel ouverts au matin de Pâques, demande un choix quotidien.
Nous pouvons, ainsi que nous en avertit Paul, préférer « les vieux ferments, ceux de la perversité et du vice » alors que nous avons reçu un « pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité. »
Nous pouvons succomber à la tentation de reprendre tout en nos mains plutôt que de recevoir ce que Dieu donne.

C’est bien là que s’inscrit la différence chrétienne, la différence à quoi conduit une vie selon la foi et non selon la volonté de puissance et de domination : nous ne nous appartenons plus à nous-même, nous remettons nos vies à celui qui en est l’auteur et qui les appelle à l’éternité.
Il n’est pas question d’une supériorité morale, ou bien d’une excellence des chrétiens dans l’ordre de la charité – même si nous y sommes appelés bien entendu.
Il est question de foi, de choix d’une dépendance plus belle, plus forte qu’à nous-même.

Je souligne que c’est un choix, c’est bien ce que nous avons exprimé cette nuit en renonçant à Satan et en adhérant à Dieu.
C’est un choix ; il est personnel, mais il est aussi porté ensemble, c’est tout le sens de l’Eglise qui nous soutient.
Certains pensent que ce choix serait plus facile si la société entière vivait ainsi, voire si les lois religieuses étaient les lois communes à tous.
Il n’en a jamais été ainsi, j’ajoute qu’il ne peut en être ainsi, ce serait contraire à l’idée même de choix et de liberté des croyants.

Ce matin, à nouveau, la résurrection du Seigneur nous place à nouveau, comme chaque année à Pâques, comme chaque dimanche, jour du Ressuscité, comme chaque jour, devant cet appel : acceptons-nous de nous recevoir de Dieu ? Ou préférons-nous n’exister que par nous-même ?
Eh bien, je choisis de répondre, avec saint Pierre : « A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 8, 68).

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