Homélie pour le 11 novembre 2025 — Diocèse de Sens & Auxerre

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Homélie pour le 11 novembre 2025

Par Mgr Pascal Wintzer

Chaque année, le 11 novembre, nous faisons mémoire de l’armistice et nous honorons la mémoire des victimes des guerres.
Pourtant, nous la savons bien, ce n’est pas une victoire que nous célébrons, mais un échec.
La Première guerre mondiale, comme toutes les guerres, n’est la victoire ou bien la défaite, ou bien des uns ou bien des autres, c’est un échec, l’échec de l’homme et l’échec de la culture.
Lorsque l’on constate ce que l’homme est capable de faire, pas seulement dans les guerres, mais dans le mal et les violences, peut-on encore espérer en lui ?
Oui, toute guerre est un échec.
Au-delà de la victoire des uns ou des autres, c’est l’humanité qui est toujours perdante ; d’abord à travers des hommes et des femmes, des victimes, mais aussi lorsque d’autres ont été des bourreaux.

Comme souvent, ce sont les artistes qui seront les interprètes les plus expressifs de cet échec de l’humanité.
Je pense ici aux courants artistiques qui ont jailli de la Première guerre mondiale.
En Allemagne, c’est l’expressionnisme avec des artistes comme Otto Dix, et en France, c’est à la fois le surréalisme et les œuvres d’un Marcel Duchamp dont vous savez que l’une des plus célèbres, qui porte pour titre « fontaine », est un urinoir.
Si besoin était, la Seconde guerre mondiale a encore développé ce sentiment d’échec : peut-on encore mettre un espoir en l’humanité ?
Au-delà de la destruction réciproque, c’est la barbarie qui s’est exprimée, et ce de la part de peuples de très haute et belle culture.
Les auteurs de la Shoah n’étaient pas des hommes sans culture.
Au sortir du nazisme, de l’impérialisme nippon, puis du stalinisme, il était encore bien davantage permis de douter qu’une quelconque espérance puisse être mise en l’humanité.
A nouveau, des artistes l’exprimèrent.
Alors qu’aux Etats-Unis, l’abstraction veut laisser penser qu’une nouvelle création est possible, un monde nouveau peut jaillir du tohu-bohu qu’a laissé la guerre ; en Europe, un grand artiste comme Francis Bacon ne montre le visage ou le corps humain que déformé, défiguré même.

Même à plus de 110 ans de la Première guerre mondiale, malgré ce qu’a construit l'Europe après les deux guerres mondiales, son unité économique, et même si l’unité politique est encore à venir, l’homme européen doute toujours de lui-même.
Sans cesse on lui renvoie ses propres erreurs et ses fautes : les guerres, le colonialisme, et désormais la crise écologique qui présente l’homme comme un prédateur et un ennemi dont la planète devrait se défendre et se protéger.

Du fait de cette histoire douloureuse dont nous sommes les héritiers, plaise à Dieu et aux autres que nous n’en soyons pas les acteurs, beaucoup doutent que la beauté soit possible, en tout cas possible sur le visage d’un homme ou d’une femme.
Chez nous, la beauté est parfois, souvent, comprise comme un mensonge, une hypocrisie.
Elle masque, disent ou pensent certains, ce qui serait la vérité de l’homme : marqué par deux guerres mondiales et les systèmes totalitaires, l’homme européen doute de sa beauté, de sa dignité.
La pornographie a fait aussi du corps une marchandise, un objet.

Sans oublier les échecs, les erreurs, ni même les fautes, les chrétiens vivent et annoncent un Dieu qui est pardon, guérison et salut.
Ils témoignent que le pardon est offert à tous ; la faute n’est le dernier mot d’aucune vie humaine, ni d’aucune civilisation, pas même celle de « l’homme blanc ».
Les chrétiens espèrent : l’art expressif, la figuration, la beauté, sont alors, de notre part, une profession de foi d’espérance, en Dieu, et en l’homme aussi.
Une espérance qui n’est pas aveugle, ni sur la souffrance, ni sur le mal, mais qui sait que le Christ en est victorieux.
Par la beauté on sert l’espérance des hommes. C’est notre devoir, et c’est notre foi.

Les chrétiens ont aussi l’expérience de l'échec, et même de la faillite de ce pour quoi ils vivent : les guerres de religion ont vu les chrétiens s’entretuer, et ont conduit beaucoup à refuser toute religion.
Garder la mémoire de l’échec est l’antidote toujours nécessaire qui nous rappelle qu’aucun d’entre nous ne doit se croire incapable de reproduire les erreurs et les fautes du passé, ou d’en commettre de nouvelles.
En même temps, l’erreur et la faute, ne seront jamais le tout de l’humanité.

Sur chacun de nos visages, c'est d’abord la beauté et la noblesse que nous devons reconnaître et contempler.
Pour les chrétiens, les visages des saints et des saintes sont comme des icônes où se révèle la beauté de Dieu.
Il n’est pas insignifiant de relever que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus se nommait également sainte Thérèse de la Sainte-Face.
Combien de personnes, aussi parmi des personnes non catholiques, ne contemplent-ils pas souvent une image de sainte Thérèse.
C’est en regardant ce qui est beau que nous renaissons à l'espérance.

En un jour comme celui-ci, il est toujours essentiel, et même vital, tant pour l’homme que pour la civilisation, de rappeler que l’homme et la femme sont beaux, qu’ils sont dignes d’estime et capables de vouloir et d’agir pour le bien, tant pour eux-mêmes que pour la société qu’ils construisent.

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