Dans notre prière
Monsieur le Chanoine Lambert Dohmen est décédé à Sens, le 24 mars 2019, à l’âge de 88 ans, dans la 62ème année de son ministère presbytéral.
La cérémonie de ses funérailles a été célébrée le vendredi 29 mars à 15h00, en la cathédrale Saint-Etienne de Sens, suivie de l’inhumation dans le caveau des Chanoines.
Son parcours
- Vicaire à Chablis, de 1957 à 1958 ;
- Vicaire à Coulanges-la-Vineuse, de 1958 à 1959 ;
- Curé d’Ormoy, de 1959 à 1967 ;
- Curé de Paron, de 1967 à 1982 ;
- Curé de Villeneuve-sur-Yonne, de 1982 à 1999 ;
- Chanoine du Chapitre cathédral de Sens, depuis 1997 ;
- Curé de la cathédrale de Sens, de 1999 à 2005 ;
- Aumônier des Sœurs Dominicaines de l’Eucharistie, de 2005 à 2006 ;
- Chapelain du Carmel de Sens, depuis 2006.
Membre de l’Ordre d’Orange-Nassau.
Chaque prêtre est invité à célébrer le sacrifice de la messe à son intention dans les jours qui viennent.
Homélie prononcée par le père Alain Raynal
« Tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra »
Cher Lambert,
tu es parti vite, ton heure est venue à un moment qui nous a tous pris par surprise. J’ai eu le grand privilège de t’avoir comme curé à Villeneuve-sur-Yonne au temps de ma jeunesse. Et j’ai d’ailleurs repéré sur internet des Villeneuviens de ma génération qui ont appris avec tristesse la nouvelle de ton départ. J’aimerais te rendre hommage aujourd’hui avec trois souvenirs.
Le premier c’est ton choix de venir dans l’Yonne.
Un jour, tu nous as raconté la raison de ta venue en France. À la fin de ton séminaire aux Pays-Bas, on voulait te donner une mission d’enseignement. Cela ne te plaisait pas du tout. Tu voulais annoncer l’évangile en paroisse, tu avais dans le cœur un profond esprit missionnaire. Tu savais que la France manquait de vocations. Tu as donc décidé de quitter ton pays pour consacrer ta vie à la mission de l’Église dans notre diocèse. Ce n’était pas un séjour provisoire, tu y es resté jusqu’à ta mort. Tu fais partie de ces prêtres venus d’autres pays qui ont ensemencé notre terre par le don de leur vie. En février dernier, je lisais le bonheur sur ton visage d’avoir assisté à la célébration du jumelage entre Sens-Auxerre et Ziguinchor dans cette église de Paron que tu avais fait construire. Là, j’ai pris la mesure de cette vie entière que tu as choisi de vivre parmi nous. Tu portais toujours de nombreux projets, tu fus un prêtre bâtisseur qui faisait bouger les choses et une des belles conséquences fut de semer par ton ministère beaucoup d’espérance.
Le second souvenir c’est ton souci des jeunes.
Que ce soit le groupe de jeunes de la paroisse ou celui des servants d’autels, tu utilisais tous les moyens pour nous transmettre ta passion du Christ et de l’Évangile. Et un de ces moyens fut notre régal : le petit voyage de fin d’année aux Pays-Bas ! Tu nous emmenais dans ta région d’origine, le Limbourg. Ce voyage nous plongeait dans une autre culture, avec les visites de Maastricht ou d’Aix-la-Chapelle. Nous découvrions combien la fraternité entre les Églises pouvait faire du bien, accueillis sur place par les paroissiens. Ce voyage tissait des liens forts dans notre groupe et nous montrait que l’Église et la vie chrétienne pouvaient être heureuses et festives. Car au-delà de la culture, la sortie tant attendue au parc d’attraction De Efteling, où nous enchaînions les loopings, a eu un franc succès ! Une idée formidable que tu as mise en œuvre pendant des années. Aussi, ce sont plus de 1000 jeunes que tu as ainsi emmenés dans ton pays d’origine ce qui t’a valu cette reconnaissance méritée de la croix de l’ordre d’Orange-Nassau.
Le dernier souvenir me concerne plus particulièrement, c’est un coup de l’Esprit-Saint.
Tu avais l’habitude à Villeneuve d’écrire tes homélies. C’était bien pratique, car ainsi je pouvais régulièrement les récupérer. J’étais particulièrement intéressé car la question de devenir prêtre m’interpellait de plus en plus. Je ne parvenais pourtant pas à y répondre par peur de ne pas faire le bon choix. Alors il y eut un coup du Saint-Esprit. C’était le jour du dimanche de la prière pour les vocations. Tu as raconté une histoire qui a changé ma vie. Et cette anecdote ne figurait pas dans le texte de ton homélie ce qui me fait dire que l’Esprit-Saint s’en est mêlé. C’était l’histoire d’un homme que tu avais rencontré au temps de ton séminaire et qui t’avait encouragé à aller jusqu’au bout. Ce monsieur avait en effet pensé lui-même à entrer dans les ordres. Il avait finalement choisi de se marier, il en fut très heureux mais il gardait un sentiment d’inachevé. Telle la foudre qui tombe du ciel, ta petite histoire devenait pour moi parole de Dieu : si je faisais le choix de dire non au séminaire, pas de punition, le Christ ferait en sorte que je sois heureux quel que soit mon chemin. Alors je me suis senti pleinement libre, et j’ai dit spontanément oui dans mon cœur à cette voie du sacerdoce qui m’attirait tant. Je me suis empressé de venir te le dire et je l’avoue, j’ai été bien étonné de ton absence de surprise. En fait, cela faisait longtemps que tu imaginais me voir entrer au séminaire. Mais tu avais su te taire, ne rien faire pour m’influencer, ne pas forcer les choses, quelle sagesse, car c’était le seul chemin pour que je finisse par dire oui. Tu savais être disponible pour répondre à toutes mes questions, la porte du presbytère toujours ouverte. Tu me faisais ainsi partager ton quotidien de ta vie de prêtre, un quotidien plein d’humanité dans un bonheur de vivre palpable qui m’a rassuré et convaincu. Je te dois clairement d’être prêtre aujourd’hui.
Lambert, missionnaire, pasteur, transmetteur de cet évangile de vie. Nous ne pensions pas que l’heure était venue. Mais c’est l’heure pour toi d’un grand bonheur. Celui pour qui tu as consacré ta vie, le Christ lui-même t’accueille et te retrouve. L’évangile nous invite à la confiance et cette confiance tu l’avais en toi. Il y a quelques mois tu m’as fait cette demande à laquelle je ne m’attendais pas. Tu voulais savoir si le jour où tu partirais, j’accepterais de prêcher à tes obsèques. J’ai été très touché par cette marque de confiance. J’ai compris aussi que tu étais prêt. En parlant de ton départ, tu ne parlais pas d’un événement effrayant. Tu pensais à ce jour avec paix et sérénité. Alors je veux porter ces souvenirs ainsi que les vôtres dans une prière qui n’est qu’action de grâce. Merci Lambert d’être venu nous rejoindre sur notre terre icaunaise, Merci Seigneur de mettre sur notre route d’heureux serviteurs de ton évangile. Amen.
