Dans notre prière

M. Gérard Lefort, époux de Mme Françoise Lefort, est décédé jeudi 27 février 2020.
Ses obsèques ont eu lieu le mercredi 4 mars 2020 à 14h30 en la basilique Saint-Savinien.
Gérard et Françoise étaient tous deux très engagés dans l'Église catholique de l'Yonne, comme salariés ou bénévoles.
Nous pensées et nos prières se tournent vers sa famille.
Homélie du père François Campagnac
mercredi 4 mars 2020 en la basilique Saint-Savinien (Sens)
1 Jn 3,14.16-20 ; Ps 22 ; Lc 12, 35.38-40
Gérard Lefort nous rassemble cet après-midi dans cette basilique qu’il aimait tant, mais il nous rassemble trop tôt : le rendez-vous était fixé avec Françoise le 4 juillet prochain pour un moment de fête (comme bien d’autres avant : mariages de ses enfants, baptêmes de ses petits enfants) : célébrer leurs 50 ans de mariage, entourés de leur famille et amis. Et je me réjouissais de cet anniversaire, de rendre grâce pour cet amour partagé avec Françoise jour après jour, depuis ce oui donné à l’autre, son existence offerte à l’autre ici même.
L’annonce de son départ nous a tous surpris et bouleversés. Depuis notre cœur est triste, et aujourd’hui nous partageons la peine de Françoise, de ses enfants Christophe et de Stéphanie, de ses petits-enfants et de toute sa famille. Cette émotion exprimée par beaucoup, y compris sur les réseaux sociaux, laisse remonter tant de souvenirs de rencontres, de moments partagés, mais aussi et surtout une profonde reconnaissance pour ce que Gérard a su apporter dans la vie de chacun, et en particulier des jeunes.
Comment ne pas faire mémoire cet après-midi de son engagement fidèle au service de ce lieu paroissial, de cette basilique Saint-Savinien à laquelle il était si attaché, depuis des années. Son dévouement et sa présence discrète pour que chacun ici se sente accueilli, que ce soit pour des rencontres ou des célébrations. Son efficacité pour des moments conviviaux et festifs avec les membres de l’association La Savinienne, parmi lesquels il fut très investi (des kermesses d’autrefois jusqu’aux repas ou lotos cette année encore). Il était important pour lui que cette association manifeste une qualité d’accueil et une petite attention pour chacun (un calendrier, un porte-clés), un objet simple mais dont l’importance était de tisser des liens entre les gens. Sa disponibilité auprès de Françoise pour permettre à des jeunes de grandir en vivant des activités d’aumônerie, des temps forts ou des camps. Que de bons moments passés ensemble dans cette aventure avec les jeunes, depuis le jour où Marie-Geneviève l’avait convaincu et embarqué dans les camps d’aumônerie comme cuisinier. Beaucoup de jeunes ont transmis à Françoise ces derniers jours leur témoignage de sympathie, rappelant non seulement combien Gérard savait leur préparer de bons repas, mais surtout les moments de convivialité et de partage qui ont contribué à la réussite de ces camps. Gérard a su les marquer bien des années après, tant par sa gentillesse et son humour que par son exigence. Il savait apprendre d’eux et eux savaient apprendre de lui. Alors il était heureux de les voir grandir, prendre des responsabilités, devenir pleinement eux-mêmes sur le chemin de la vie adulte.
Cette fierté de voir des jeunes grandir et s’épanouir, il la partageait avec Françoise d’abord pour sa famille, en regardant avec bienveillance ses enfants Christophe et Stéphanie, ses petits-enfants Matthieu et Marion, Antoine et Baptiste, avancer dans la vie. Il répondait présent pour être près d’eux avec respect dans leur choix, leurs décisions, leurs engagements.
Oui, nous avons tous aujourd’hui tant de souvenirs au cœur à partager, pour exprimer notre gratitude, notre reconnaissance, notre merci. Mais Gérard, s’il aimait que l’on soit juste, aurait voulu rester comme il était, simple et discret. Et il m’aurait dit : “Mon petit François – ou mon petit curé ! – n’en fais pas trop ! Maintenant l’essentiel n’est pas là !” Et il aurait raison : l’important dans une vie n’est pas seulement ce que l’on a fait, mais aussi d’avoir permis à l’autre de devenir.
Au moment de confier Gérard à la tendresse et la miséricorde de Dieu pour qu’il entre dans sa paix et sa lumière pour toujours, c’est bien ce que la parole de Jésus nous redit : le Seigneur nous accueille avec tout notre être, avec tout ce que nous sommes, et pas seulement la somme de nos actes. Les textes de la Bible que nous avons entendus pour accompagner Gérard ne sont pas là uniquement pour éclairer son parcours et lui rendre hommage. Ils sont là aussi pour nous révéler les traces que Dieu a laissées dans la vie de Gérard comme dans notre vie à chacun. Saint Jean nous laisse découvrir qu’il y a un chemin vers Dieu dans le sens des autres, dans le service et la générosité, dans le don de soi pour les autres (donner sa vie pour nos frères). Dieu nous connait mieux que nous-mêmes, il sait la réalité de l’amour fraternel que nous avons vécu, en dépit de nos imperfections, de notre tempérament. Car “Dieu est plus grand que notre cœur”.
Pour “aimer en actes et en vérité”, Jésus nous redit de rester “en tenue de service”. Cette tenue de service, Gérard a su la porter, ici à St Savinien, au sens propre comme au figuré. Il avait appris et il aimait revêtir ce tablier de cuisinier, pour les jeunes de l’aumônerie comme pour les anciens de la Savinienne. Je le revois encore vêtu de son tablier, heureux de rendre les autres heureux, nous faisant prendre place à table et passant pour nous servir, comme dans l’évangile que l’on vient d’entendre, le maitre pour son serviteur. Oui, le service du christ se réalise dans le service de nos frères. Et c’est ce serviteur-Gérard que le Seigneur accueille auprès de lui.
Au-delà de toute gentillesse et de nos faiblesses, ce sens du service, nous rappelle Jésus, permet à notre vie de connaitre d’autres buts que ceux purement matériels ou ceux tournés vers soi-même. Le but de notre vie est au-delà de nous-mêmes, dans cette rencontre avec Dieu et dans la vie et l’amour en plénitude. “Celui qui aime a déjà franchi la mort”. Cela, Gérard l’avait compris ; il en avait l’intuition quand ses pas le guidaient régulièrement ici, près de la basilique Saint-Savinien. Si sa famille était bien le cœur de sa vie, la basilique Saint-Savinien restait pour lui comme un lieu source pour vivre sa foi, une foi au service des autres. C’était pour lui comme un phare, un phare qui éclaire les jours et aussi les nuits de nos cœurs, de nos vies.
Grace à Gérard, puissions-nous comme bien des jeunes ou moins jeunes, trouver dans nos vies notre lieu source, notre phare pour nous accompagner et nous guider jusqu’à Dieu. Alors Merci Gérard, et pour tout ce que Gérard a su donner, merci Seigneur.
