Un bref écho au Festival de Cannes — Diocèse de Sens & Auxerre

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Un bref écho au Festival de Cannes

par l'Observatoire Foi et Culture de la CEF

Cette année, j’ai été invité à présider la messe célébrée à l’occasion du Festival de Cannes. Ceci permet de prier, d’abord, mais aussi de risquer un regard bien partiel sur cet événement. Je ne suis présent sur place que deux jours. 

Sans doute faut-il constater que le Festival n’est pas d’abord destiné aux cinéphiles ; en effet, si ce sont les films qui motivent cet événement, tout ce qui se voit, se constate, est de l’ordre du barnum, du people et de l’argent. Un exemple : on m’a dit que, depuis quelques années, cette catégorie de personnes que sont les influenceurs se voient dérouler le tapis rouge. Au sens propre du terme, ils réservent des places pour les films, mais, une fois les marches montées, le tapis foulé, et surtout les photos prises et diffusées sur les réseaux sociaux, les influenceurs repartent sans même entrer dans une salle de projection. 

Invité pour la messe, j’ai aussi constaté qu’accéder aux projections est chose difficile lorsque l’on n’est ni juré, ni journaliste, ni influenceur. Ceci confirme que le cinéma appelle à un acte de foi. D’abord, celui de croire que des images animées sur un écran plat montrent quelque chose du monde, des êtres humains, de leur mystère. Les grands films sont de cet ordre. Autre acte de foi, plus ironique : on dit que des films sont projetés à Cannes… n’ayant pu en voir, j’ai donc accordé ma foi, si j’ose dire, à ceux qui me l’ont dit. 

J’ai aussi remarqué qu’à Cannes, il est de bon ton de porter la croix pectorale… plus précisément, d’arborer, suspendu à son cou, son badge d’accréditation, et pas seulement lorsqu’on veut assister à une projection (ce qui suppose aussi une connexion presque ininterrompue au site dédié pour tenter d’obtenir une place). Aussi de manière plus générale, à Cannes, mais aussi dans les villes environnantes et les transports publics. On manifeste ainsi que « l’on en est ». On est un festivalier, et non un badaud ou un chasseur de selfies ou d’autographes. Un petit monde, avec du grand monde, et des usages bien établis. 

Chaque année, à propos de Cannes, des choses semblables sont soulignées, ce contraste entre la débauche d’argent et de glamour et ce que disent et montrent la plupart des films, qui parlent de souffrance, de violence, de dureté du monde et de la vie. Certains voudraient alors que le cinéma montre d’abord la beauté, et qu’il en soit de même des autres arts, or, ne serait-ce pas un mensonge, le déni d’un réel douloureux et angoissant ? Espérer ne peut conduire à colorer le monde en rose-bonbon, mais relève plutôt du combat qui se refuse à désespérer des hommes et du monde, quoiqu’ils montrent de mal dans leurs actes et leurs paroles. Oui, même des films douloureux disent un espoir, sinon une espérance. 

Pour la plupart des amateurs du 7ème art, c’est dans les salles de cinéma de leur ville qu’ils découvriront certains des films de Cannes. Parfois quelques mois après leur projection durant le festival. Cependant, déjà, certains films sont sortis sur les écrans. J’ai pu voir l’un d’entre eux, Histoires parallèles, du cinéaste iranien Asghar Farhadi mais tourné à Paris, en français, et avec des acteurs français. Même si les fiches de l’OFC choisissent de parler de ce qui est apprécié par leurs auteurs, je dois dire que ce n’est pas le cas pour ce film – vous pouvez vous en dispenser. Même si l’on avait apprécié un de ses précédents films, La Passé, son actuel opus est ampoulé, inutilement complexe, peu porteur de sens. 

Espérons alors de meilleurs films dans ceux qui concourent cette année. Peut-être une palme d’or pour Pedro Almodovar, alors que le festival avait failli en ne la décernant pas à Tout sur ma mère ou à Volver. 

+ Pascal Wintzer, OFC 

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