Homélie de la messe de Confirmation diocésaine
Lendemain de Pentecôte, pour le calendrier catholique, c’est l’entrée dans le temps ordinaire. Et ceci nous dit quel est l’“ordinaire” de la vie chrétienne : vivre de l’Esprit-Saint, se laisser à son action. Bien entendu, Dieu est présent dans des événements extraordinaires, étonnants, mais il l’est aussi dans ce qu’il y a de plus ordinaire de chacune de nos vies.
Dieu nous adresse des signes, des appels ; beaucoup d’entre vous en avez perçu et vous y répondez aujourd’hui.
Ces signes sont précieux, ils sont un aide de Dieu pour nous. Mais, il y a les jours ordinaires, sans aucun signe, ne risquons pas de penser que Dieu ne serait plus présent.
Pourtant, entrer dans la vie ordinaire n’est pas si simple, nous avons besoin d’un sas.
Pour cela, le pape François a instauré une nouvelle fête, pour le lundi de la Pentecôte : nous fêtons désormais la mémoire de la Vierge Marie, Mère de l’Eglise. Qu’est-ce à dire ?
En quelque sorte Marie donne naissance à l’Eglise, elle est à la fois un modèle et un secours pour l’Eglise, pour chacun de nous.
La 1ère lecture montre Marie et les apôtres en prière. C’est le cœur de la vie de chacun de nous, prier. Autrement dit, être tournés vers Dieu, dans le silence, le recueillement. Et puis, c’est ensuite l’Evangile qui nous la montre au pied de la croix. Chacun, les mères en particulier, peuvent mesurer ce qu’elle a pu vivre, éprouver, dans de tels moments.
Il existe une ancienne prière qui exprime cela, le Stabat mater. Ecoutez quelques strophes de cette prière :
“Figée de douleur, la Mère était là,
Toute en larmes, auprès de la croix,
Alors que son Fils y était suspendu.
Son âme gémissante,
Désespérée et souffrante,
Fut transpercée d’un glaive.
Qu’elle était triste, anéantie,
La femme entre toutes bénie,
La Mère du Fils unique !”
De quoi a-t-elle été le témoin ? Elle était seule, avec d’autres femmes, et un seul des apôtres, Jean ; tous les autres s’étaient enfuis, Pierre avait renié son Maître.
Quelques-jours plus tard, que fait-elle ? Où est-elle ?
Ces mêmes apôtres sont dans la chambre haute : “Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus et avec ses frères ”.
Voici comment Marie nous est donnée en exemple : elle prie avec ceux qui avaient abandonné son fils, les mêmes.
Ceci était-il simple à vivre pour elle ?
On n’en dit rien, mais le texte, nous les montrant ensemble, nous donne un exemple et appelle un chemin pour la vie des chrétiens : ce qui compte c’est de prier ensemble.
“Ensemble”, c’est-à-dire quelles que soient les histoires, les différends ; ensemble, autrement dit pardonnés, réconciliés.
“D’un même cœur” disent ces versets.
Marie est pour l’Eglise et pour chacun un modèle de courage : l’épreuve ne l’a pas abattue.
Elle montre aussi que le pardon est la vraie force.
Le pardon n’est pas une faiblesse, tout au contraire : le pardon nous montre que l’on peut être plus fort que les mauvais souvenirs.
Entretenir de la rancœur ne mène à rien, ne construit rien.
Bien sûr que les apôtres ont été lâches et peureux, et après… ne sont-ils que cela ?
Leur est-il interdit de reprendre la route ? De redevenir des témoins de leur Maître ?
Chacun de nous a des raisons, parfois de bonnes raisons, de faire des reproches à celui-ci ou à celle-là ; ou bien de se faire des reproches à lui-même… et après !
On ne dit pas si les apôtres ont demandé pardon à Marie ; la Bible nous les montre ensemble, d’un même cœur, et cela suffit.
Cette attitude désigne le service que nous pouvons, nous, chrétiens, rendre à nos sociétés : témoigner de la paix, contribuer à la paix de notre temps. Comment, cependant, sans paix ni pardon entre nous, espérer la paix pour le monde et même en parler, il vaut mieux se taire.
Ce matin, mes amis, vous recevez l’Esprit-Saint, vous recevez le même Esprit-Saint.
Il est un appel et un don pour que nous soyons en paix les uns avec les autres.
La 1ère lecture nous indique un chemin pour cela.
On y parle du groupe des Douze, mais ils ne sont plus que onze ; mais, surtout, ce n’est pas un groupe dont on parle, chacun d’eux est nommé, chaque a un nom, un visage, une identité.
J’y entends un appel pour notre Eglise, mais vos groupes, vos paroisses : nous devons apprendre à nous connaître, à dépasser l’anonymat.
Il devait en être de même dans la société : c’est lorsque l’autre est un anonyme, qu’il est un « on », que les relations risquent de ne pas être vraiment humaines.
Et puis, il y a aussi une autre manière pour Marie, et pour Jésus bien entendu, d’être nos modèles, notre chemin : ils se présentent désarmés, sans jamais arborer un quelconque signe de puissance, toujours disponibles à l’autre, quel qu’il soit, sans jamais supposer, voire suspecter, quelque mauvaise intention.
Confiants, jamais méfiants.
Ils n’ont rien à défendre, pas d’amour-propre, d’image qui pourrait être déformée.
Ils sont libres d’eux-mêmes ; seuls comptent la vérité de chacun et son accès au Père.
Qui peut imaginer de la part de Marie une parole, ou simplement un regard de reproche adressé aux apôtres ?
De sa part, la prière et l’encouragement ; c’est en cela qu’elle aide l’homme blessé, par sa faute, sa honte, à ne pas s’y sentir enfermé mais à se relever.
N’est-ce pas comme cela qu’agit toute mère digne de ce nom ? Elle relève, elle console, elle redonne confiance.
Alors, si l’Eglise peut aussi être appelée une mère, c’est ce qu’elle doit faire et être, c’est ce que nous devons faire et être en son nom : relever, consoler, donner et redonner confiance.
