Homélie de l'Appel décisif des catéchumènes
Le chemin qui vous conduit ici ce matin est souvent ancien.
Ancien, non pas qu’il soit long, vous êtes la plupart encore bien jeunes, mais ancien parce que pour beaucoup d’entre vous il date de votre enfance.
La présence de Dieu dans votre vie, qui vous conduit au choix du baptême, beaucoup l’ont perçue depuis ces premières années de leur vie.
Mais ceci a souvent été un chemin intime, vécu au plus profond du cœur, sans même parfois avoir les mots pour se l’exprimer à soi-même.
Il en est souvent ainsi pour les événements les plus importants de notre vie. Je crois même que c’est bien qu’il en soit ainsi.
Il faut du temps pour dire à quelqu’un, à un homme, à une femme : « je t’aime ».
Ou alors, c’est une parole en l’air, une parole qui n’engage pas.
J’ai constaté que c’est la même chose pour des événements plus douloureux.
A certains signes, on pressent parfois qu’on peut être atteint d’une maladie grave.
Il faut souvent du temps pour se l’avouer à soi-même, et aussi du temps pour le dire à un médecin.
Croyez-vous qu’il en soit autrement pour Dieu ?
Dieu prend du temps pour nous dire : « Je te connais ; je t’aime ; tu as du prix à mes yeux ».
Il faut du temps d’abord parce que Dieu respecte le temps de chacun.
Et puis, parce que les mots qui ont du poids, on ne les dit pas à la légère.
Pourtant, il y a bien un moment où les choses doivent être dites.
Tout comme on souffre de paroles en l’air, on meurt de l’absence de parole. Que ce soit dans un couple, dans une famille, au travail, et parfois même entre les chrétiens.
Le silence est nécessaire bien sûr, mais le silence, ce n’est pas le mutisme.
Dieu prend du temps, Dieu donne du temps. Mais un jour, il parle.
Et sa parole, c’est lui-même ; sa Parole, c’est son Fils.
Mais, quelle histoire jusqu’à Jésus ; quelle histoire, depuis Adam et Eve, Abraham, Moïse, les prophètes, la Vierge Marie ; quelle histoire pour conduire cette Parole absolue, cette parole définitive : « Je t’aime, et pour cela je te donne ma Parole, je te donne mon Fils ».
S’il y a un temps pour se taire, il y a un temps pour parler.
Non plus pour parler dans le secret d’une pièce bien fermée, mais pour proclamer au grand jour, sur la place, au milieu de l’Eglise, au cœur de l’assemblée.
Et ce temps, il est venu pour vous : vous allez donner votre nom.
Il n’y a pas de plus belle parole : en donnant votre nom, vous vous donnez vous-même.
Il n’y a que l’amour qui puisse permettre cela. Amour pour amour. Don de soi-même, don de son amour, en réponse au don d’amour que Dieu vous fait.
Seul l’amour permet d’être. Seul l’amour permet de ne pas fuir sa réalité.
Lorsque j’aime, je ne cherche pas à me dissimuler, voire à mentir.
Lorsque j’aime, je ne prends ni masque ni pseudonyme.
Dans cette église, nous ne sommes pas sur le mur de Facebook où le nombre de ses « amis » se compte par dizaines voire par centaines, mais où, pour beaucoup d’entre eux, on ne connaît ni leur vrai visage, ni leur vrai nom.
Lorsque l’on aime, ni masque, ni pseudo.
Mais c’est lorsque l’amour a disparu que l’on fuit ce que l’on est, que l’on se cache.
Lorsque la crainte, la peur, la ruse, ont pris le dessus, alors, on se dissimule.
Tant qu’Adam et Eve s’aiment, tant qu’ils aiment Dieu, la nudité ne leur fait pas peur.
Ils ont confiance les uns dans les autres.
En effet, seul l’amour permet d’être nu.
Mais, lorsqu’il n’y a plus d’amour, la nudité devient une honte, ou bien une provocation, ou bien encore une humiliation.
Au contraire, lorsque le temps a su prendre son temps ; lorsque l’on a appris à se connaître en vérité et en confiance ; lorsque la parole a été rare et précieuse ; alors, on peut être nu, on peut être vrai ; alors, on peut livrer son nom.
C’est l’amour qui permet la vérité ; qui permet d’être fort, parfois ; mais aussi d’être fragile.
L’amour donne d’accepter simplement de revenir à ce que nous sommes.
Ecoutez ce beau texte de la Genèse : « Au temps où le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre, il modela l’homme avec la poussière tirée du sol. »
Nous venons de la poussière ; nous sommes de la poussière.
Mais non pas au sens où nous serions méprisables, où nous serions des moins que rien.
Nous sommes poussière, parce que nous en avons la fragilité et la volatilité (je fais le geste de la poussière qui s’envole).
Alors, à quel souffle nous laissons-nous ?
Aux vents contradictoires des modes et des opinions ?
Ou bien, au souffle de l’Esprit de Dieu ?
« Après son baptême, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit ».
Oui, nous sommes des poussières de vie, des poussières d’humanité, mais infiniment plus précieuses que les poussières du diamant, du rubis ou de l’émeraude.
Laissons-nous au souffle de l’amour ; laissez-vous à l’Esprit de Dieu.
C’est lui qui vous montre la route qui s’ouvre pour vous aujourd’hui, c’est lui qui vous guide, et c’est lui aussi qui vous accompagne.
« Au temps où le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre, il modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines ne souffle de vie, et l’homme devient un être vivant. »
