Homélie du jour de Pâques — Diocèse de Sens & Auxerre

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Homélie du jour de Pâques

Mgr Pascal Wintzer - 20 avril 2025, à Auxerre

20 avril 2025 - Résurrection du Seigneur

En ce jour de Pâques comme pendant toute l’octave qui s’ouvre aujourd’hui, nous chantons le Victimae pascali laudes.
L’un des couplets nous fait dire : Dic nobis Maria quid vidisti in via. 
Nous demandons à Marie-Madeleine, une femme, de nous transmettre son témoignage. 
En adressant à Marie cette demande, nous sommes de fidèles auditeurs de l’Evangile, nous sommes disciples du Seigneur ; nous recevons ceux, ici "celle", à qui il confie une mission.

Cette mission confiée à une femme, Marie-Madeleine, pour des disciples, elle l’est spécialement pour des hommes, les apôtres ; c’est d'abord à eux de l’écouter.
C’est là un des nombreux signes qui nous montrent que dans la résurrection du Christ, Dieu renouvelle toute chose.

Alors que le péché originel nous conduisait à perdre toute confiance en la parole des femmes, puisque Eve est la messagère du serpent, la résurrection doit nous conduire à retrouver cette confiance.
Marie-Madeleine est ici plus qu’elle-même, même si elle est avant tout cette femme-là.
Elle est "la" femme, et c’est ainsi qu’elle est appelée, et par les anges, et par le Seigneur lui-même :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »
On pourrait ici la rapprocher d’une autre Marie, la mère du Seigneur, qui, elle aussi, est appelée "femme".
On dit de Marie, mère de Jésus, qu’elle est la nouvelle Eve.
Mais je crois qu’ici, Marie-Madeleine l’est tout autant : celle qui a beaucoup péché a bien plus besoin du salut et de la miséricorde que celle qui est sans péché.

La résurrection renouvelle et relève, elle change nos rapports les uns avec les autres, et aussi nos regards les uns sur les autres.
Mais il peut encore exister aujourd’hui, parmi les disciples, une certaine défiance par rapport aux femmes ; parmi les disciples… parmi les hommes de l’Eglise !
C’est vrai que le péché a abondé ; mais, dans le mystère pascal, c'est la grâce qui a surabondé !
Dieu fait toutes choses nouvelles, et il faut que ce renouvellement imprime nos vies, nos rapports les uns avec les autres.

Pour saint Jean, le jardin du sépulcre rappelle le jardin de la Genèse.
Nous nous retrouvons au matin de Pâques comme au soir de la création.
La femme est en pleurs ; ce sont les pleurs d’Eve qui marquent encore les joues de Marie-Madeleine.
Le jardin de ce qui fut le paradis terrestre, n’est plus un lieu de paix et d’harmonie, mais un lieu de peine et de souffrance.
L’homme n'est plus dans un rapport immédiat et familier avec son Dieu.
Il n’entend plus le bruit de ses pas, lorsqu’il se promène dans le jardin, à la brise du jour.
Or, voici que ce matin, quelqu’un se promène dans le jardin, et adresse à Marie une parole.
Cette parole, c'est la première parole depuis que toute parole s’est tue après qu’Eve et Adam aient préféré le sifflement de la ruse à la Parole de la vérité.
Mais Marie n’est pas capable de reconnaître cette parole.
Le jardin est encore pour elle un lieu interdit, un lieu fermé.
Alors, qui est-il, celui qui est dans ce jardin ?

Ce ne peut être que le "gardien", c’est-à-dire ces "gardiens" dont parle la Genèse, les gardiens que le Seigneur a placés à la porte du jardin pour en interdire l’entrée.
« Dieu posta à l'Orient du jardin d'Eden les chérubins et la flamme du glaive tournoyant, pour garder le chemin de l'arbre de vie. »
Certes, au matin de Pâques, il y a encore des gardiens, ce sont les anges vêtus de blanc.
Mais ils ne gardent plus le lieu de la vie, le jardin ; ils gardent le tombeau, le lieu de la mort.
C’est ce lieu-là qui est désormais fermé à tout jamais.

Jésus, lui, n’est pas le gardien.
Il n’est pas non plus le jardinier, comme le disent d’autres traductions.
Le jardinier, c'est l’homme, l’homme à qui Dieu a confié la terre pour qu’il la travaille.

Jésus, c’est le Maître, il se fait reconnaître comme tel, et Marie l’appelle ainsi : "Rabbouni".
Il est l’arbre de vie dont l'accès demeurait jusqu’ici interdit. Le jardin interdit est désormais réouvert.
La parole de la femme ne transmet plus la mort mais conduit à la vie.
La proximité avec Dieu est de nouveau possible, à la femme, comme à l’homme.

Mais comme à la première heure du monde, à la première heure de la résurrection, une heure dans laquelle nous sommes ce matin, nous ne devons pas oublier qui nous sommes, nous ne pouvons pas oublier que tout ce que nous sommes nous le recevons de Dieu, sans jamais nous en croire propriétaires, sans devenir comme des dieux, sans mettre la main sur Dieu.

A chacun d’entre nous, comme à Marie, le Seigneur dit : « ne me retiens pas », « ne me touche pas », « ne porte pas la main sur moi ». 
Nous devons passer de la crédulité, voire de l’idolâtrie à la foi.
Alors, il nous envoie annoncer, avec Marie, que le jardin est désormais rouvert, et qu’il l’est à tous. 
Ce jardin, c’est la Galilée, c’est là que le Seigneur se donne à voir.
La Galilée, c’est-à-dire le ‘’carrefour des nations’’, le monde tout entier.

 

 

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