Homélie pour la saint Germain 2025 — Diocèse de Sens & Auxerre

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Homélie pour la saint Germain 2025

Mgr Pascal Wintzer - 27 juillet 2025, à Auxerre (cathédrale Saint-Étienne)

On retrouve dans la vie de saint Germain bien des traits communs aux plus illustres pasteurs de l’antiquité. Arrivant de Poitiers parmi vous il y a moins d’un an, j’ai retrouvé dans ce que les biographes rapportent de saint Germain des éléments qu’il partage avec saint Hilaire.

D’abord, il n’a pas choisi de devenir évêque.
Il avait une carrière civile, honorable et honorée, une femme, une famille. C’est l’Eglise d’Auxerre qui l’a choisi pour être son évêque ; il en fut de même pour saint Hilaire.

Bien entendu, les comparaisons montrent toujours leurs limites, mais ce trait doit demeurer comme une caractéristique de toute mission dans l’Eglise : on y est appelé, on ne la choisit pas.

Pourtant, cela signifie-t-il pour autant qu’il ne faut rien attendre, rien rechercher ?
Nous savons les appels du Seigneur : «Demandez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte.»
Il n’y a rien de plus triste qu’une vie où l’on n’attend plus rien.
C’est vrai, cela peut être une épreuve que chacun peut connaître, traverser.
On a espéré, on a attendu, et rien n’est venu ; ou bien, ce sont les déceptions qui ont été au rendez-vous.
Alors, on peut avoir fait taire toute espérance.
Même si cela n’est pas une seule question de volonté, puisse chacun de nous demeurer un être de désir.

Alors, il est bon de chercher, d’attendre, d’espérer.
Ben Sirac le Sage, dans la première lecture, déclare que c’est la sagesse qu’il faut chercher.
La sagesse, c’est une vertu.
Employant ce mot, je souligne que la vertu est une disposition stable, qui n’est pas fluctuante, sujette à éclipse ; la vertu permet de mener sa vie de manière égale, et donc, d’avoir des relations égales avec les autres.
La vertu, celle de la sagesse, peut être vue comme une caractéristique de l’âge adulte.


En effet, le petit enfant est soumis à ses désirs immédiats, il ne supporte aucune frustration, ou bien il se met à pleurer, et lorsque c’est en public, ses parents ne savent plus où se mettre.
L’éducation permet, en particulier, d’accepter que tous nos désirs ne soient pas des ordres.
Devenir adulte, c’est accepter les frustrations, les limites, personnelles et collectives.

C’est vrai, la société de consommation tend à nous infantiliser, à nous rendre insupportable de ne pas disposer de telle chose, de tel objet.
Et nous voulons être satisfaits tout de suite : sur internet, on peut acquérir immédiatement tel objet qu’on nous présente comme indispensable.

La vertu de sagesse est tout l’opposé.
Elle est indispensable lorsqu’une charge est confiée, sinon, cette charge devient l’objet d’une recherche de soi, d’une recherche de pouvoir.

On dit de saint Germain, qu’appelé à devenir évêque, il choisit de mener une vie d’ermite, de renoncement ; il allait de son ermitage à son église.
Sans doute montre-t-il ainsi qu’il sait que toute forme d’exercice d’un pouvoir présente la tentation de jouir de ce pouvoir, d’en faire une recherche pour soi.
Il ne suffit donc pas de ne pas aspirer à une responsabilité, lorsqu’on l’exerce, même malgré soi, toute tentation n’a pas disparu.
La vigilance est de mise.

Ce n’est pas parce que l’on dira que le pouvoir dans l’Eglise est un service – on aime bien affirmer cela – que toute dérive est supprimée ou oubliée.
Là encore, nous retrouvons la vertu de sagesse qui permet de demeurer vigilant à toutes les formes de tentation, sans jamais penser que l’on en serait délivré.
C’est même justement lorsqu’on se pense sur le chemin de Dieu que le tentateur veut nous en détourner.
Plus on veut se mettre au service de Dieu, plus le tentateur travaille à nous en détourner.

Poursuivant notre écoute des textes bibliques de la fête de saint Germain, il y a Paul.
Dans la première Lettre aux Corinthiens, il a cette affirmation : «ce qu’on demande aux intendants, c’est de mériter confiance».
On peut alors parler d’une autre attitude vertueuse.
Il ne s’agit pas d’être sans limite, sans faille, sans défaut – j’imagine que même saint Germain avait quelque défaut – mais il s’agit d’agir en vérité, en clarté, de fuir tout ce qui est caché, dissimulé, autrement dit le mensonge.

C’est ainsi que l’on mérite la confiance.
La tromperie, la dissimulation blessent à jamais la confiance, elles instillent le doute : qui a trompé une fois ne risque-t-il pas de tromper à nouveau ?
Le mensonge n’est pas un petit péché ; le mensonge c’est ce qui atteint la capacité à vivre de vraies relations.

Enfin, l’Evangile de saint Jean fait entendre un autre appel : «Celui qui croit en moi fera les choses que je fais. Il en fera même de plus grandes.»
Ici, il s’agit de l’appel à croire, à croire non pas en soi, en ses qualités, ses compétences, il s’agit de croire en Dieu.

Tout ceci ne dit qu’une seule chose : servir l’Eglise demande que l’on s’oublie soi-même.
Il s’agit de croire en Dieu, de s’en remettre à lui, et il s’agit de mériter la confiance des autres.
Et cela n’advient pas tout seul ; ce ne sont pas des qualités dont tel ou tel serait doté de manière naturelle, spontanée.
Saint Germain a mené un vrai combat spirituel.
Aucun de nous ne peut échapper à ce combat.
La tentation n’est jamais derrière nous.

Lorsque l’on parle de tentation, on comprend ce mot de manière morale, et on a raison de le faire.
Mais la tentation est aussi théologique, je veux dire que la tentation survient aussi en fonction des idées que nous avons au sujet de Dieu.
Notre théologie peut alors être bien utile à donner une justification à nos tentations : nous nous imaginons Dieu de telle manière qu’il justifie ce que nous pensons, ce que nous vivons.

Sur ce point aussi saint Germain est un maître, un exemple.
En effet, plusieurs fois les évêques l’ont dépêché en Bretagne (il faut entendre l’Angleterre), pour combattre une hérésie, le pélagianisme. Cette hérésie, qui doit son nom à son promoteur le plus célèbre, Pélage.
Il était un moine breton justement, un Anglais. Et, voulant développer une conception positive, optimiste de la nature humaine, il affirmait que l’être humain pouvait, par ses efforts, sa volonté, parvenir au salut.
Or, même s’il ne s’agit pas de verser dans le pessimisme, la foi affirme que le salut est l’œuvre de Dieu et non pas la récompense de nos actes.

Là aussi, dans ce combat théologique, Germain nous montre qu’il s’agit de s’en remettre à Dieu, d’avoir foi en lui.
C’est la grâce qui donne d’accomplir ce qui sera toujours plus grand que nos capacités, que nos mérites, même s’ils existent, mais, eux aussi, sont des dons de Dieu, il n’y a pas à en tirer orgueil.
Tout vient de Dieu, tout est à remettre à Dieu. Le comprendre, le vivre, quelle liberté !
Rendons grâce au Seigneur de nous avoir donné Germain comme son vivant témoin.

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