Homélie pour la saint Germain 2026 — Diocèse de Sens & Auxerre

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Homélie pour la saint Germain 2026

Mgr Pascal Wintzer - 26 juillet 2026 Auxerre

Je commence par une réflexion sur la liturgie, sur la manière dont est construite la liturgie.
Avant tout, je souligne que nous ne choisissons pas la liturgie, elle nous est donnée par l’Eglise.
Ainsi, pour les lectures bibliques, la règle est que l’on ne choisit pas les lectures, pour une messe, une fête, un événement ; nous accueillons les textes qui ont été choisis selon la tradition, l’histoire.
La raison, c’est de nous rappeler que le Seigneur est toujours le premier, c’est lui qui nous aime, qui nous appelle, qui nous parle.
Dès lors, notre destin est d’accueillir ce que Dieu nous dit, de comprendre ses appels.

Pour la fête d’un saint, les choses sont un peu différentes.
Bien entendu, je n’ai pas choisi les textes que nous venons d’entendre, mais ils l’ont été en fonction de la vie de saint Germain, de ce qui nous est proposé de vivre à son exemple.
Ainsi, le livre de Ben Sirac le Sage dresse un portrait qui est appliqué à saint Germain : « Si le Seigneur souverain le veut, il sera rempli de l’esprit d’intelligence, il répandra comme une ondée ses paroles de sagesse, et dans la prière il rendra grâce au Seigneur ».
Mais, toutes ces qualités, pour lesquelles nous rendons grâce à Dieu, la 2ème lecture nous dit qu’elles doivent être mises au service du Seigneur et de l’Eglise : « Que l’on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu ».
La Bible nous rappelle, à l’occasion de la fête de saint Germain, mais ce pourrait être le cas dans la vie de tous les saints et saintes, que toutes les qualités d’une personne sont pour le service des autres, et pour les chrétiens, pour le service de l’Evangile.
Quand on parle des évêques, même si les expressions sont moins courues aujourd’hui, l’habitude est de les appeler « Monseigneur », « Excellence » ; on les qualifie aussi de « princes de l’Eglise ».
Hier, ils habitaient des résidences s’apparentant à des palais. Ici, à l’Auxerre, ce palais est devenu l’actuelle préfecture.
C’est vrai, quand j’y entre, je trouve le lieu bien agréable, surtout, la galerie qui surplombe l’Yonne.
Mais… trêve de nostalgie, les mots que la Bible, pour parler d’un évêque, d’un responsable, vous venez de les entendre : « auxiliaires du Christ » et « intendants des mystères de Dieu ».

Ceci vient interroger un sentiment qui peut souvent occuper notre esprit, une attente qui souvent risque d’être déçue : la reconnaissance.
Pourtant, c’est vrai, tout être humain a besoin d’être reconnu, d’être respecté ; cela quel que soit notre âge.
Trop souvent, depuis trop longtemps, le mépris peut exister dans les relations humaines.
D’abord dans des événements historiques qui ont humilié des peuples, des cultures : le colonialisme, l’esclavage.
Et ceci peut aussi s’exprimer dans des relations plus intimes, en famille, au travail.
De telles attitudes sont à fuir, à combattre ; toute personne doit être regardée et traitée, avec respect, avec considération.
Il est légitime que chacun attende cela des autres.
Attendre de la reconnaissance est juste, légitime. En famille, dans la vie sociale, dans l’Eglise aussi.
Sans flagornerie, sans excès, nous devons être attentifs à exprimer respect, reconnaissance, gratitude, aux autres.
Et lorsqu’on nous manifeste cela, il faut l’accueillir avec simplicité.

Là où les choses dérapent, si j’ose dire, c’est lorsque nous parlons ou agissons pour susciter cela, de la reconnaissance, des félicitations.
C’est vrai, cette attitude peut venir d’un défaut de reconnaissance dans l’enfance, dans la jeunesse ; on se sent alors en insécurité, et on cherche à se rassurer ; sans doute faut-il faire un chemin de guérison intérieure, avoir recours à une aide psychologique.
Mais, en dehors de cela, il faut agir, parler en liberté, et non pour recueillir approbations ou encouragements.

Aujourd’hui, ce besoin de reconnaissance, qui n’est pas un mal en soit, nourrit les réseaux sociaux.
Chacun y raconte sa vie, exprime ses jugements, attendant approbation et encouragements ; le plus souvent, il n’y récolte que des pensées négatives.
En effet, sur les réseaux, ce qui est exacerbé, c’est la concurrence de tous contre chacun.
Selon cette logique, pour que quelqu’un, il faut que les autres existent moins.
Sur les réseaux on attend du sucre en récompense – oubliant les méfaits du sucre – et on récolte la morsure du piment.

La Bible vient mettre en cause notre besoin de…sucre, j’entends notre besoin de reconnaissance.
C’est le sens des paroles de saint Paul que nous venons d’entendre ; mais Jésus le dit tout aussi clairement dans l’Evangile.
« Quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” » (Luc 17, 10).
Auxiliaires, intendants, et ici, serviteurs.
Je souligne la traduction : elle parle de « simples serviteurs », une autre traduction, qui marque les esprits, parle de serviteurs « inutiles ». Mais, si on est inutile, à quoi sert sa vie ? Non, chaque être humain est utile, au monde, aux autres, à Dieu.
Utiles, nous le sommes tous, mais sans chercher à en tirer orgueil ; simplement, en ne gâchant pas les dons que le Seigneur nous faits.
Célébrer les saints et les saintes, et ce dimanche, saint Germain, c’est bien reconnaître l’utilité, le sens de sa vie.

Penser qu’il y aurait des serviteurs « inutiles », des personnes inutiles, est tout le contraire de l’Evangile, du respect dû à chacun, en particulier au plus petit.
Honorer les saints ne peut jamais conduire à négliger qui que ce soit, ou bien à penser qu’il y a ceux qui sont les premiers de cordée, d’une part, et de l’autre, ceux qui ne sont rien.
Pour le dire autrement, ceux qui ont le droit à une statue dans une église, et les autres.
Même si la plupart d’entre nous ne serons pas honorés comme l’est saint Germain, chacun compte pour Dieu, chacun a un destin unique, est utile, et reçoit la vocation de la sainteté. Le pape François aimait parler la « sainteté de la porte d’à côté ».

Et ce dimanche, il est juste de parler d’un prêtre « de la porte d’à côté », le Père Jacques Hamel.
Il y a 10 ans, il était assassiné par des terroristes islamistes alors qu’il célébrait la messe dans une église de la banlieue de Rouen avec une poignée de paroissiens.
Sans cet acte, personne ne connaîtrait son nom ; il était un prêtre humble, simple, il ne faisait que son devoir, annoncer l’Evangile, servir ses frères et sœurs.
Son assassinat dit la grandeur des simples et des humbles.

Telle est la sainteté à laquelle le Seigneur nous appelle.
La sainteté exceptionnelle de saint Germain, celle du Père Jacques Hamel, et notre vocation à la sainteté.
Prions et l’un et l’autre de nous soutenir dans notre réponse à l’appel du Seigneur.

Mots-clés associés : ,
Mots-clés associés : ,