Homélie pour l'institution aux ministères
Comme toujours, c’est le Seigneur qui, par sa Parole, son Esprit, donne sens à nos vies, aux événements de nos vies.
Ce matin, l’institution de plusieurs d’entre vous aux ministères de l’acolytat et du lectorat se trouve sous la lumière de la Parole, d’abord, du livre de la Sagesse.
Le mot qui ouvre la péricope, un verbe, à l’impératif, est le premier commandement que Dieu donne : « Ecoutez ». C’est la profession de foi du peuple choisi : « Ecoute, Israël », c’est aussi le premier commandement qui est mentionné dans le dialogue évangélique entre le scribe et Jésus.
Institués ce 12 novembre, et nous tous avec vous, nous entendons aussi cet impératif : « Ecoutez ».
Répondre à cela n’est certainement pas plus facile aujourd’hui qu’hier ; pourquoi sinon la Bible rappellerait-elle sans cesse cet appel !
Gardons-nous de penser que les bruits de notre présent (numérique, réseaux sociaux) seraient des plus grands obstacles que les bruits d’hier.
Surtout ne pensons pas que les obstacles à l’écoute seraient la faute de la société, des autres, que sais-je encore ; le premier obstacle, c’est nous-même ; c’est nous qui peinons à écouter, ou bien qui croyons écouter alors que nous demeurons enfermés dans nos précompréhensions et nos a priori.
Sur le chemin vers lequel vous conduisent et le séminaire et ces institutions, entendez l’appel qui caractérise une attitude prioritaire pour un pasteur : l’écoute.
Le texte du livre de la Sagesse s’adresse aux rois de la terre, mais, au-delà de ceux-ci, il me semble qu’un prêtre, un évêque, peut entendre pour lui ce qui sont de réelles mises en garde :
« Ecoutez, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de toute la terre.
Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples.
Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut. »
Bien entendu, il faut aller au-delà des mots eux-mêmes ; surtout, nous ne sommes plus, en France, dans un contexte où l’Eglise, ou bien les hommes d’Eglise, organisaient la vie sociale, voire la vie politique – il arrive que certains le regrettent… – mais, prêtres, évêques, nous disposons d’une autorité, d’un pouvoir, en tout cas sur les personnes qui veulent bien se tourner vers nous.
Il importe d’en avoir conscience ; d’avoir conscience également que nous pouvons, parfois inconsciemment, éprouver une certaine satisfaction de ce pouvoir, de son exercice.
Rappelons-nous alors, rappelons-nous toujours, que rien de ce que nous sommes, rien de ce qui nous est confié, ne peur servir à tourner qui que ce soit vers nous.
« La domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut » affirme l’Ecriture.
Ce que nous sommes, ce qui nous est donné, n’a qu’une finalité, aider chacun à se tourner vers le Seigneur.
Les disciples le sont du Seigneur, et non pas de nous !
Je crois qu’il fait avoir grande méfiance d’une forme grammaticale : le possessif.
Certes, la langue française ne l’interdit pas, mais mesurons ce que son simple emploi peut laisser suggérer, voire instille en nous : mes paroissiens, les diocésains, mes séminaristes, mes prêtres… je vous laisse poursuivre cette litanie.
Si nous avons quelque qualité, si nous acquerrons quelque compétence, et tout cela est souhaitable et heureux, ceci nous est donné par le Seigneur, et ceci doit lui être rapporté.
Tous les dons de Dieu, dont celui du pouvoir exercé, sont pour son service et pour celui des frères et des sœurs.
S’il était nécessaire de souligner encore que les paroles de l’Ecriture sont bien pour nous aujourd’hui, je souligne ce verset : « Vous êtes les ministres de sa royauté ».
Vous êtes les ministres de la Parole et de l’autel ; vous y êtes appelés et le devenez aujourd’hui.
Tout comme nous, ordonnés, sommes ministres, recevant tout du Seigneur et de son Eglise, et recevant mission d’aider à se mettre à son écoute et à le servir.
Le moyen de demeurer dans cet état, le moyen de demeurer vigilant est donné par la conclusion de cette lecture :
« Recherchez mes paroles, désirez-les ; elles feront votre éducation. »
Vous recevez ce matin deux ministères dans la cadre du séminaire.
Vous les recevez avec d’autres ; ceci est heureux.
Si vous êtes appelés à être ordonnés diacres et prêtres, serez sans doute ordonné seul ; le nombre des ordinations aujourd’hui conduit le plus souvent à cela.
Ce peut être une joie, une fierté, et ce sont de bien belles choses, mais j’y perçois aussi un appel à la vigilance.
Seul Dieu est Un, et pourtant, même en lui il y a de la pluralité, c’est le mystère trinitaire.
Or, pour tout ce qui n’est pas Dieu, sa création, l’humanité, l’Eglise, tout cela est sous le signe du multiple.
Ceci a des conséquences bien concrètes, pour l’ensemble du réel, mais aussi pour l’Eglise et ses ministres.
Ce mot doit toujours être compris et vécu au pluriel ; c’est la diversité des ministères, institués, ordonnés, reconnus, qui expriment la belle complémentarité des uns et des autres.
C’est aussi chaque ministère pris en lui-même ; vous savez que le texte de Vatican II consacré aux prêtres, Presbyterorum ordinis, parle d’eux au pluriel ; autrement dit, aucun prêtre, aucun ministre, n’incarne à lui tout seul un ministère.
Et puis, surtout, le ministre du Père par excellence, son Fils, manifeste par sa parole et ses actes, qu’il conduit à un autre, il conduit vers le Père.
J’ajoute, que lorsqu’il est sollicité, il répond, il agit certes, mais il oriente aussi vers d’autres que lui.
On vient de l’entendre :
« Dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : ‘’Jésus, maître, prends pitié de nous.’’
À cette vue, Jésus leur dit : ‘’Allez vous montrer aux prêtres.’’ »
Si ce que l’on attend d’un ministre de l’Eglise est de conduire au Père, un ministre doit, si j’ose dire, tout autant, conduire vers d’autres que lui-même.
D’autres, plus compétents que lui, en tel domaine, ou bien plus ajustés pour apporter la réponse qui est attendue.
Ne nous y trompons pas, orienter vers d’autres personnes que soi, et donc estimer ces autres personnes, savoir leurs qualités, c’est le test d’une relation ajustée avec Dieu lui-même.
En effet, celui qui estime qu’il conduit à Dieu alors qu’il ne sait pas conduire vers quelqu’un d’autre que lui se berce d’illusions.
Enfin, j’entends pour moi, j’entends pour mes confrères vos évêques, un appel à notre sujet.
« En cours de route, ils furent purifiés.
L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. »
Oui, je rends grâce au Seigneur qui appelle, qui envoie ; et je rends grâce à votre sujet qui prêtez l’oreille à ces appels et, qui, ce matin, vous présentez disponibles à son action dans vos vies.
Avec nos diocèses, je remercie le Seigneur qui vous donne à nous comme ses serviteurs.
