Homélie du dimanche des Rameaux et Passion 2026
Nous sommes dans un temps de bruit et de fureur. C’est bien sûr le fracas des armes et des bombes, mais aussi combien de paroles définitives, qui n’admettent aucune contestation, aucun ajustement.
Et ceci conduit à penser que pour exister, pour se faire entendre, il faudrait adopter de semblables attitudes : violence des gestes, violence des paroles.
Nous entrons dans cette Semaine Sainte qui est aussi de bruit et de fureur.
C’est peut-être de cette manière que certains vivent et comprennent l’entrée de Jésus à Jérusalem : enfin, voici le roi qui va nous permettre de reprendre le pouvoir, d’imposer ce que Dieu veut, avec, comme sous-entendu, que nous savons et incarnons la volonté de Dieu.
Ainsi ce que pensent les habitants de Jérusalem ; ainsi ce que pensent certains chrétiens qui estiment que faire de la France et de son « blanc manteau d’églises » une nation catholique, de loi catholique, serait la bonne manière de mettre l’Evangile en pratique.
Dès lors, les habitants de Jérusalem ne pourront qu’être déçus par Jésus, il n’est pas celui qui va les aider à prendre les armes ; aucune légion d’anges pour le sauver du supplice de la croix.
La déception et la violence contre lui seront à la mesure des espérances erronées placées en lui.
Pourtant, ils auraient dû le savoir : rien dans la prédication ou les gestes du Nazaréen n’annonçait une nouvelle guerre juive ou un combat contre l’occupant romain.
De même, en ce jour de son entrée à Jérusalem, la citation du prophète Zacharie que fait Jésus est tout sauf une profession de foi guerrière :
« Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi,
plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne,
le petit d’une bête de somme. »
Certes, il est roi, mais un roi plein de douceur, et il est monté sur un ânon, le petit d’une bête de somme, bien loin des triomphes romains.
Aujourd’hui comme hier, nous pouvons avoir beaucoup de mal à accepter la douceur de notre Dieu, la douceur de notre religion.
Nous associons spontanément la puissance à la force.
On pourrait même comprendre ainsi la Résurrection, comme une revanche sur les méchants.
Pourtant, il est juste de croire que Dieu est Tout-Puissant, nous le confessons, mais ce mot, comme tous les mots de la foi, il s’agit de les comprendre tels que Dieu nous les révèle, tels que Jésus les incarne.
La puissance de Dieu n’est pas destruction, revanche, vengeance ; elle est une puissance qui sauve et qui délivre.
Qui sommes-nous pour penser que la force pourrait délivrer de quoi que ce soit ?
Qui peut penser que des bombes soient accueillies par un peuple comme des signes de liberté ?
Il s’agit de nous laisser évangéliser, en toute chose.
Il s’agit de nous laisser convertir à la puissance de la douceur.
Au sujet de notre foi, mais aussi au sujet de nos engagements dans la société.
Voici le chemin auquel toute cette semaine nous appelle.
Certes, les activités ordinaires ne vont pas disparaître, la vie professionnelle, etc. Cependant, autant que possible, essayons de donner la priorité à la liturgie, à la prière communautaire, au silence.
Mais ceci n’entre pas en contradiction avec nos activités habituelles ; Dieu y est aussi présent, il n’est pas seulement dans nos églises.
Mais, cherchons à suivre Jésus, à recevoir de lui ce qu’il nous révèle de lui, de Dieu son Père.
C’est aussi l’Evangile de l’entrée à Jérusalem qui nous fait entendre cet appel à travers la question des foules de Jérusalem : « Qui est cet homme ? »
Comprenons que chaque année, en entrant dans la Semaine Sainte, nous devons nous redire que nous ne connaissons pas le Seigneur.
Pourtant, bien entendu, nous le connaissons, mais sans être encore allés jusqu’au cœur de son être, de son mystère.
On peut alors réentendre l’appel du première jour du carême, du mercredi des cendres : « Convertissez-vous et faites pénitence. »
Convertissez-vous, il faut l’entendre au sens où il s’agit de se convertir au Christ, avant même de faire des efforts pour changer certaines de ses manières de vivre.
Sans négliger cela, bien entendu, mesurons que nous avons à apprendre de Jésus qui il est.
Qui est cet homme qui n’a eu de cesse d’étonner ses disciples, et même Marie sa mère ?
Là est sa puissance, celle de nous déplacer dans nos représentations, voire notre utilisation de sa personne ou de notre religion.
Alors, si nous allons à lui chacun des jours de cette semaine, laissons-le venir à nous et nous convertir :
« Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. »
