Un pas de plus vers la post-vérité — Diocèse de Sens & Auxerre

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Un pas de plus vers la post-vérité

Tribune de Mgr Pascal Wintzer - 16 juillet 2026

La loi sur la fin de vie est présentée comme une réponse humaniste à des souffrances et des détresses, ce n’est que son apparence ; dans sa réalité est ressort d’une philosophie de l’existence et du monde, celle qui veut que chacun soit le maître absolu de lui-même. A défaut de pouvoir décider de sa naissance et de ses gênes – ne désespérons pas, l’IA et le post-humanisme pourraient permettre cela – il peut, au moins, choisir sa mort et en décider du moment et des conditions.
Cette philosophie a ses titres de noblesse ; elle dispose de penseurs de haut vol ; alors, pourquoi ne pas dire clairement que la loi sur la fin de vie est plus un choix de philosophie et de sens de l’existence, sans la travestir d’altruisme et de générosité ? Il faut dire ce dont les lois sont le nom. L’altruisme et la générosité sont dans le soin, l’accompagnement, même humble, et la recherche pour apaiser toutes les formes de souffrance.

Dans maints domaines, la post-vérité fait florès. Alors que la loi sur la fin de vie est votée à l’Assemblée nationale – le Sénat s’y est opposé, une autre loi est débattue qui entend détricoter un certain nombre de règles limitant l’usage d’intrants dans l’agriculture, le développement de retenues d’eau (les méga-bassines) et le contrôle de ces pratiques comme d’autres par des agences d’Etat, c’est la loi qualifiée « d’urgence agricole », ou loi Duplomb 2, la première loi Duplomb ayant été en partie détricotée.
Où est l’urgence ? Revenir sur ce qui encadre l’usage de la chimie et le pompage de l’eau ? Là encore un mot est détourné de son sens : l’urgence, ici verbale, se trouve contredite par l’urgence physiologique et naturelle que chacun éprouve et dont beaucoup souffrent : le dérèglement climatique et ses conséquences multiples. Mais, plutôt que d’interroger, pour le remettre en cause, le modèle dont nous héritons, pour le dire vite « l’agro-industrie » et l’usage des énergies fossiles, on veut non seulement le défendre mais le développer.

Les Européens ont conservé quelque retenue dans leur expression ; quand la réalité contredit les actes, en montre la non-pertinence, on cherche à argumenter. Outre-Atlantique, l’administration Trump n’a pas ces pudeurs de jeune-fille et ne craint pas d’affirmer une chose même si elle est fausse. La vérité devient dès lors le discours, les faits étant ce qui ne peut qu’étayer ce discours ; ce qui le contredirait est qualifié de « fake news ».

Il faut le reconnaître, le mensonge, car c’est bien ce dont il s’agit, a souvent plus d’attrait que la vérité, surtout si celle-ci vient contraindre notre sacro-sainte liberté individuelle. Ceci n’est pas nouveau : dès les premiers chapitres du livre de la Genèse, c’est le mensonge qui conduit à envisager Dieu non comme celui qui donne la vie et la liberté, comme celui qui les limite, voire les empêche. Aujourd’hui comme hier, les êtres humains sont dans un danger mortel, lorsqu’ils choisissent de prêter l’oreille au sifflement de la ruse plutôt qu’à la Parole de la vérité.

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