Visites pastorales 2025-2026 : une relecture et quelques appels de Mgr Pascal Wintzer
D’abord, merci
En premier lieu, j’exprime ma vive et sincère gratitude pour les personnes qui se sont mobilisées pour m’accueillir, organiser les visites, les rencontres… me nourrir également. Ceci confirme ce que je sais : les paroisses, l’Evangile plus profondément, existent grâce au dévouement de fidèles qui donnent de leur temps, de leur compétence, de leur joie pour animer leur paroisse. Bien sûr, les prêtres et les diacres ont leur part, mais, qu’on le veuille ou non, les ministres ordonnés passent, comme moi-même ; la vie de tous les jours, la fidélité dans l’engagement, ce sont les fidèles qui l’incarnent et la portent. Ceci s’est ô combien confirmé dans les quelques paroisses qui ont vécu des événements douloureux, maladie d’un prêtre, suspens de tel ou tel… les paroisses ne se sont pas effondrées, elles ont su rebondir, et même gagner en vitalité. On aime parfois rapporter cette parole du curé d’Ars : « Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes ». J’aimerais élargir ce propos : sans rien retirer à la mission des prêtres – c’est l’engagement de ma vie – la foi des fidèles compte tout autant.
Je veux souligner que l’Evangile a besoin et des uns et des autres, ministres ordonnés et fidèles, chacun selon sa vocation et les missions qui en découlent. Mon souhait, ma prière, c’est que des femmes et des hommes, des jeunes, entendent la diversité des appels du Seigneur et répondent généreusement. En particulier pour être prêtres dans le diocèse (et ailleurs, ne soyons pas égoïstes). « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ».
Rencontrer les uns, sans négliger les autres
Quand un évêque effectue une visite pastorale, il rencontre les catholiques qui font vivre la paroisse, les fidèles qui participent aux liturgies ; il souhaite aussi mieux connaître ce qui fait la vie de la population de cette paroisse. En effet, l’Eglise n’existe pas pour elle-même mais pour proposer l’Evangile à tous. Il ne s’agit pas de verser dans le prosélytisme – l’acte de foi est libre, mais la vie chrétienne n’est pas « hors sol », elle est d’abord conduite par l’écoute de Dieu, et aussi par celle des réalités d’une commune, d’un territoire, de l’histoire locale ; d’où la rencontre des élus, d’entreprises, d’associations, d’activités culturelles, etc.
Les chrétiens s’intéressent aux personnes pour ce qu’elles sont, pour ce qu’est leur vie, et non d’abord pour ce qu’ils pourraient faire avec nous, voire pour nous.
Chérir nos églises
Bien entendu, j’ai pu visiter un bon nombre des églises de chacune des paroisses. J’ai mesuré ce que je sais déjà, combien les églises comptent pour chacun, les catholiques bien entendu, mais au-delà, toute une population. Ceci m’a conduit à rédiger un texte qui fut publié dans la revue diocésaine « Eglise dans l’Yonne » (n°6 – juin 2026, pp. 12-13). Je le reproduis ici :
“Chérissons nos églises.
Dans quelques semaines, débuteront les vacances d’été, deux mois vécus selon un autre rythme, même si, assurément, personne n’est en vacances pendant deux mois.
Notre département compte quelques sites patrimoniaux et touristiques prestigieux ; juillet et août sont les moments où ils revêtent leurs plus beaux atours et proposent toutes sortes d’animations.
Mais, je voudrais plaider ici pour des lieux plus modestes, non gratifiés d’étoiles sur les guides touristiques ni de panneaux sur les autoroutes : nos églises.
Elles aussi, en cette période – mais aussi à d’autres moments de l’année – sont visitées, ne serait-ce que parce que, en voiture, à vélo, à pied, on passe à proximité et l’on s’y arrête.
Je rêve qu’elles aussi, ces petites églises, des villes, des bourgs et des villages, elles se montrent heureuses d’accueillir ceux qui aimeront y entrer.
N’y a-t-il absolument personne pour ouvrir et fermer leur porte ?
Et puis, si la porte est ouverte, surtout en grand – cela incite à en franchir le seuil, leur intérieur doit être « pomponné ».
Il y a des églises où, lorsqu’on y pénètre, on se demande si elles ont été ouvertes depuis vingt, trente, voire cinquante ans. On y trouve encore des affiches, du denier de l’Eglise, du Secours catholique, etc., qui datent… je n’ose en dire l’année.
Et quand vous voyez des chaises cassées dans un coin…
Mon propos ne vise à culpabiliser personne, mais, ne peut-on, de temps à autre, ne serait-ce qu’une fois par an, avant l’été, pour telle église, mobiliser une petite équipe qui nettoie, range… et jette ?
Je sais que, ici et là, des travaux importants sont à entreprendre par la commune propriétaire ; les choses viendront en leur temps. Mais, dès maintenant, un lieu propre, rangé, c’est un lieu qui est vivant. Mes visites pastorales me font visiter bien des églises ; plusieurs d’entre elles sont ainsi, même dans de très petites communes : c’est donc possible ! J’ai constaté la fierté des habitants, au-delà des seuls paroissiens, pour leur église.”
L’Eglise, c’est d’abord notre paroisse
Pour ces premières visites pastorales, il m’a fallu choisir quelques paroisses. J’ai proposé des paroisses différentes, rurales, urbaines, dans différents endroits du département. J’ai cependant choisi de commencer par deux paroisses situées au nord de l’Yonne, sans doute plus éloignées géographiquement d’Auxerre où je réside. J’ai d’ailleurs noté que nombre de personnes pensaient que l’archevêque résidait à Sens. Or, il est à Auxerre depuis 1970 ! Dois-je tirer une conclusion de cela ? Pour beaucoup l’archevêque est une personne peu connue ; que l’on peut apercevoir dans telle liturgie, tel événement. De même, le diocèse est souvent, pour beaucoup, une réalité abstraite, lointaine. Ceci m’inspire deux réflexions.
D’abord il faut prendre acte de cela : l’Eglise est avant tout vécue en proximité, son village, son quartier, son église. Je veux encourager cela, non en affirmant que des prêtres pourraient être partout. Ce sont les fidèles qui sont là, qui y vivent, qui connaissent leurs voisins. C’est le motif pour lequel je souhaite que les finances, recettes, dépenses, soient gérées au plus près, dans chaque paroisse. Donner de l’argent au diocèse, cette réalité un peu abstraite et lointaine, est souvent peu pertinent ; il en va autrement lorsque l’on donne de l’argent à sa paroisse ; on la connaît, on connaît les personnes qui l’animent, on sait ses besoins ; d’où mon désir de rapprocher les finances, dont la collecte du denier, des paroisses.
Ensuite, c’est la mission des ministres ordonnés, aussi des laïcs en mission ecclésiale, des personnes qui reçoivent leur mission de l’archevêque, de mieux donner corps et présence au diocèse, à ce qu’il propose pour tous. Pour les prêtres et les diacres, c’est le sens de l’incardination : on est ordonné pour un diocèse, comme collaborateur de l’évêque, et non pour tel lieu, telle paroisse, telle mission précise. Par exemple, il faudrait que le doyenné soit le lieu de quelques propositions communes à l’ensemble des paroisses – je sais que c’est déjà le cas ici et là. Coopérations, projets spécifiques pour une catégorie de personnes (enfants, jeunes, etc.) formations. Il ne s’agit pas de se disperser mais d’unir des forces quand cela est nécessaire.
Il convient aussi que le diocèse propose des événements qui lui donnent corps, réalité. C’est ce qui sera proposé pendant la prochaine octave de Pâques, du lundi 29 mars au samedi 3 avril 2027, avec le point culminant du samedi 3 avril.
Paroisse Sainte-Marie en Gâtinais
Cette visite pastorale est la première que j’effectue dans le diocèse, et dans une paroisse qui n’a pas gardé mémoire de la dernière visite pastorale ; mes prédécesseurs immédiats n’en ont pas effectué.
Je viens dans une paroisse ébranlée par la mise en cause de deux de ses anciens prêtres, reconnus coupables de faits de violence à l’encontre de mineurs. La révélation des faits, pour l’un de ces prêtres, est survenue quelques semaines avant ma visite.
La paroisse a aussi été marquée par des curés qui y sont restés plusieurs dizaines d’années, dotés de fortes personnalités.
Même si l’évêque ne fait que passer, s’il n’est pas impliqué comme le sont les paroissiens, il est du devoir du responsable d’être présent lui-même auprès de ceux qui vivent une épreuve. Certes, l’évêque ne dispose d’aucun pouvoir magique, il ne peut changer ce qui a été ; à tout le moins, il peut apporter un peu de soutien et de réconfort. Je suis aussi le témoin de l’ancrage des uns et des autres dans la force de l’Evangile ; même lorsque certains de ceux qui le servent ont commis des actes qui ne devraient pas être, la foi, le Seigneur, ont aidé à demeurer fidèles comme le Seigneur nous est fidèle.
La paroisse est constituée de dix-huit communes, avec chacune une église. Ces communes constituaient, avant l’actuelle paroisse, trois paroisses.
Les deux communes principales sont Chéroy et Saint-Valérien, de population égale, à huit kilomètres de distance l’une de l’autre, mais qui portent encore des années où ces deux paroisses se sont vécues comme antagonistes ; ceci est également vérifié au plan communal. On peut souligner qu’il est facile de s’entendre avec ceux qui nous sont très loin ; c’est toujours avec ses proches, voire son semblable que l’accord est plus compliqué.
Plusieurs fois il m’a été dit qu’il fallait respecter l’originalité de chacun de ces deux lieux. Cependant, si les catholiques ne sont pas capables de se montrer de l’estime… on manque à la mission, et on peut comprendre que ceux qui ne partagent pas cet impératif évangélique aient du mal à vivre l’entente.
La paroisse est voisine des deux départements de la Seine-et-Marne et du Loiret d’où viennent certains paroissiens ; elle est à égale distance de Sens, Nemours et Montereau.
Une partie notable de la population travaille en Île de France. Ceci explique l’arrivée d’une population plus jeune – le Nord de l’Yonne est la seule partie du département à gagner de la population – en partie d’origine étrangère, musulmane. Les maires sont attentifs aux enjeux de l’intégration entre les populations diverses. J’ai noté, comme ailleurs dans le diocèse, qu’il n’y avait pas de liens ordinaires entre les diverses religions.
Paroisse Saint-Pierre en Champagne sénonaise
C’est ma deuxième visite pastorale, fin novembre 2025, dans la partie rurale du Sénonais, aux limites de la Seine-et-Marne et, ici, de l’Aube.
La paroisse souffre d’un manque de conduite, de direction, depuis plusieurs années. A la différence de Sainte-Marie, ici, des prêtres se sont succédé sans demeurer très longtemps. Même si les gens se disent essoufflés, pour la vie paroissiale, ils tiennent bon, ils aiment leurs villages, leur paroisse, ils s’y donnent.
La paroisse rassemble les deux anciennes paroisses de Sergines et de Thorigny-sur-Oreuse, qui demeurent sans trop de relations entre elles. Beaucoup d’activités sont dédoublées entre ces deux pôles (catéchèse, équipes obsèques, archives). De même pour l’immobilier : des salles et presbytère à Thorigny, et l’achat récent d’une maison à Sergines.
La paroisse est constituée de villages dispersés, assez peu peuplés, sans véritable lieu centre… sinon Sens qui attire nombre de personnes, d’abord pour le travail, et aussi des paroissiens.
La couronne de Sens existe en fonction de la ville : n’avoir aucune pastorale concertée, envisager les paroisses comme un en-soi, ne prend pas en compte ce réel. Sans envisager la disparition des paroisses, ceci souligne la nécessité d’un rôle plus décisif du doyenné.
La question se pose de savoir si cette paroisse a les moyens de demeurer « paroisse ». Les personnes engagées sont peu nombreuses et risquent de s’épuiser. Le choix fait à la rentrée pastorale 2026 de nommer deux prêtres conjointement au service des paroisses Saint-Louis et Saint-Pierre a pour finalité de permettre de voir si des rapprochements sont possibles entre ces deux paroisses et s’ils peuvent être fructueux.
Il ne s’agit pas de décider les choses sur un coin de table mais de tenter une expérience et d’en tirer les leçons. Travailler en coopération avec d’autres peut permettre de recevoir des forces que l’on n’a pas, mais aussi de partager celles que l’on a.
Paroisse Sainte-Reine
Après le nord du diocèse, me voici à Auxerre et dans les communes du nord de sa périphérie. La paroisse Sainte-Reine est diverse dans ses populations, socialement et ethniquement ; elle a aussi des histoires spécifiques dans chacun des lieux. L’enjeu est de conjuguer communion et diversité, dans les propositions pastorales comme dans la composition des équipes qui font vivre la paroisse. L’équilibre financier de la paroisse se fait en particulier grâce aux communes périphériques.
La paroisse est propriétaire de deux de ses églises. L’une d’entre elles, Sainte-Thérèse, est fermée depuis plusieurs années ; la paroisse a décidé de s’en séparer ; la Ville d’Auxerre a décidé de son achat pour en faire une Maison de quartier. On peut s’en réjouir.
Pour servir la communion, la paroisse s’est dotée d’un lieu principal, avec une église, une maison paroissiale : Sainte-Geneviève. Elle investit pour la bonne tenue de ces locaux. De plus, ce lieu se trouve à un carrefour routier et dispose de places de stationnement.
La paroisse est dotée d’une vraie vitalité ; elle compte nombre de groupes et d’équipes (prière, lecture de la Parole, engagement caritatif, etc.).
La majorité de sa population est de la ville d’Auxerre ; ceci appelle à développer de vraies collaborations avec les deux autres paroisses de cette ville, en particulier la paroisse Saint-Germain. Ceci a été décidé ces derniers mois : la pastorale des jeunes doit se vivre en commun, avec un ou une même responsable pastorale. Ceci est aussi motivé par le fait que l’établissement scolaire Saint-Joseph-La-Salle est situé sur le territoire de la paroisse Sainte-Reine, même s’il accueille des élèves de toute la ville et au-delà.
Ceci est l’occasion de souligner que les paroisses urbaines sont à comprendre différemment des paroisses en ruralité. La proximité n’y joue pas de la même manière ; l’élection de tel lieu compte pour certains ; et puis, des services qui rejoignent au-delà des paroisses y sont situés (santé, enseignement, commerce également). Ainsi, l’hôpital d’Auxerre est situé sur la paroisse. Depuis 2023, le Père Avit Barushywanubusa en est l’aumônier ; il redonne de la vitalité à cette aumônerie, dont j’enverrai les membres en mission quelques semaines après cette visite pastorale.
Paroisse Saint-Edme et Saint-Vincent
Le dimanche 1er février, j’ai célébré à l’abbatiale de Pontigny à 9h30 puis à Chablis à 11h30 ; les assemblées y sont plutôt réduites. Or, à Chablis les rues sont pleines… le marché est la grande activité du dimanche matin et attire largement. Le soir, à 18h, vêpres et salut à Pontigny… nous étions 5 dans l’abbatiale. S’il est bon de proposer des prières, ne faut-il pas que le lieu soit en accord avec l’assemblée ? Le chœur de Pontigny soulignait d’autant ce contraste.
Pontigny est aussi marquée par la communauté Emmaüs, la seule du département. Elle compte seize compagnons, deux retraités ainsi que trois salariés : le responsable, la secrétaire et la cuisinière. Ils doivent générer 30.000€ par an et par personne pour assurer leur équilibre. En 2025, ils sont pour la première fois en déficit : les remous autour de l’abbé Pierre ont un impact sur leurs ressources.
Il y a aussi une baisse d’activité : Emmaüs est moins sollicité pour retirer des affaires (développement de la revente sur des sites de seconde main, baisse des dons). La vente de meubles tend à disparaître, comme celle des bibelots ; les vêtements sont l’essentiel.
Il y a un débat autour des représentations de l’abbé Pierre. Je m’interroge : on peut admettre des images à l’intérieur des locaux, mais, pour ce qui est visible de la voie publique (pignon du bâtiment, camions), celles-ci ne devrait-elles pas être enlevées ?
La rencontre des maires et des élus conduit à parler des églises, leur entretien, les travaux. C’est souvent le cas lors de ces rencontres. Suis-je trop rapide à penser que pour eux, pour les personnes qui connaissent moins l’Eglise, avec un évêque, on parle des églises, comme si celui-ci n’avait pas d’intérêt pour d’autres sujets. Or, les visites pastorales sont d’abord l’occasion de voir la vie concrète d’un lieu, de ses habitants.
Pour ce qui est des églises, je souligne la pluralité de leur signification :
- Lieu de culte (pas seulement lorsqu’il y a la messe, pas seulement lorsque le prêtre est présent).
- Elément du patrimoine.
- Rôle dans l’histoire et les traditions locales (ici, les « Saint-Vincent »).
- Elles parlent aux familles qui y ont vécu des événements (baptême, deuil, etc.).
- Dimension culturelle.
Ceci conduit à avoir un sens ouvert de l’affectation : aujourd’hui comme dans le passé, les églises ont vocation à accueillir d’autres choses que le culte, dans le respect de leur destination première. On peut aussi réfléchir à un usage partagé, à des espaces partagés ; il y a des exemples en France. Sans doute ceci doit-il être réversible.
Cependant chaque lieu est singulier et les choix sont et seront différents selon chaque lieu.
Des maires se sentent un devoir de protéger les églises ; c’est le principal patrimoine de la commune.
Pour cela, il faut :
- Assurer un entretien régulier, sinon on va devant des frais immenses.
- Ouvrir les églises, sécuriser ce qui doit l’être (cf. programme Sésame).
On peut se poser la question : les églises parlent-elles aux jeunes générations ? Auront-elles le même engagement que nous pour les préserver ?
Je réponds oui ; je le lis dans les lettres des catéchumènes :
- Les églises portent la foi.
- Leur esthétique parle.
- Elles sont et symbolisent des repères dans une société éclatée et sans repères.
Les élus sont comme l’évêque, ils doivent faire des choix, et choisir, c’est exclure et décevoir.
Et les évêques sont comme les maires… ils déçoivent car ils n’ont pas les moyens d’honorer toutes les attentes ; les gens demandent des prêtres… il n’y a aucune réserve cachée.
Nous accueillons des prêtres venus du Sud ; sans les connaître, sans savoir leurs compétences.
Nous les mettons au service des paroisses, or, certains ne sont pas faits pour être des pasteurs, encore moins des curés (de même que parmi les prêtres d’ici).
On envoie des prêtres, mais les insatisfactions apparaissent très vite, chez les paroissiens, chez eux aussi sans doute, même s’ils n’osent pas exprimer clairement leur souffrance.
On peut parler de la diversité des ministères, il le faut, mais… dans l’imaginaire, l’Eglise catholique, c’est l’église, la messe, le prêtre.
J’en reviens à ma question, faut-il couvrir tout le territoire ? Nommer un curé dans chaque paroisse ? Ou bien, tenir compte des charismes et ne tenir comme « lieu d’Eglise », que les quelques endroits où un vrai pasteur, un curé qui a le charisme de ce ministère, peut l’assurer ? Ceci est à mettre en lien avec mon propos inaugural : ce sont les habitants du lieu qui le font vivre au quotidien.
Le dimanche suivant, je présidais la Saint-Vincent du Chablisien. Vraiment, il est important d’être présent, participant, à ces événements qui rassemblent des centaines de personnes, les élus, les professionnels de la vigne. Aujourd’hui, elle est la richesse de ces communes.
Paroisse Saint-Potentien
La paroisse a été érigée en 2023 ; elle compte quatorze communes et dix-huit églises et chapelles, toutes communales.
Il y a 4500 habitants, plutôt âgés ; des résidences secondaires.
De 2018 à 2026, les communes de la paroisse ont perdu 200 habitants.
Un point-fort est la desserte de plusieurs communes par la ligne de train Auxerre-Clamecy.
Le canal du Nivernais, s’il ne transporte plus de marchandises, exerce une belle attraction touristique, tourisme fluvial, mais aussi randonnée pédestre et à vélo.
Comme toujours, les propositions paroissiales doivent prendre en compte cela, la vie la plus concrète des personnes et ce qui caractérise les lieux de son implantation.
La paroisse est marquée par trois réalités : le Morvan, la Forterre et le Nivernais, avec des lieux d’attraction différents : Avallon, Clamecy et Auxerre.
Les activités sont l’agriculture, l’artisanat. Les carrières de pierre ont eu une place importante, en particulier pour la construction du Paris haussmannien ; elles ont fermé en 1940, rien n’y avait été mécanisé.
Aujourd’hui, il y a le projet d’ouvrir une carrière de carbonate de calcium (matière première pour la pharmacie).
Des entreprises ont su se diversifier, réorienter leur production, de manière à perpétuer une activité, ainsi la faïence qui s’est tournée vers la fabrication de fèves.
Paroisse du Christ-Roi
La paroisse est propriétaire de deux de ses églises, à Laroche et à Migennes ; on sait que ceci représente une charge financière importante pour une paroisse. Comme pour tout bâtiment, il faut veiller à des travaux d’entretien réguliers au risque de la dégradation des édifices et de charges encore plus importantes par la suite.
Migennes est le lieu principal de la paroisse, et joue ce rôle naturel.
La visite pastorale m’a donné de visiter chacune des églises. Je me suis demandé si cela était nécessaire, en particulier parce que cela prend du temps ; mais… ces visites ont été l’occasion d’une rencontre avec le maire ou des élus ; aussi de parler de travaux à effectuer.
En France, quand on parle des paroissiens, on donne le chiffre des habitants ; or, parmi ces habitants, il n’y a pas que des paroissiens, il y a les fidèles d’autres religions, les sans-religion… peut-être faut-il avoir conscience que les catholiques sont quelques-uns, quelques familles.
Dès lors, annoncer l’Evangile c’est à la fois nourrir ceux-là et témoigner pour tous ; ce n’est pas la même chose, et ce sont deux types d’engagements différents, mais qui doivent exister l’un et l’autre.
Pour les personnes qui animent la paroisse, il y a donc des degrés divers d’investissement. Il ne faut pas négliger les premiers, il faut nourrir leur foi, tout en assurant ce que l’on peut qualifier, faute de mieux, de « service public religieux ».
Être chrétien, c’est vivre et faire, et tendre à équilibrer ces deux attitudes, ces deux verbes : il n’y a pas que le « faire ».
Être chrétien, c’est une joie et c’est une charge ; mais, la joie ne doit pas disparaître sous le poids.
J’ai entendu, mais comme ailleurs, le constat d’un manque : il n’y a plus, ou pas, de rencontre ou de formation diocésaine dans certains domaines de la pastorale, j’ai noté la liturgie. Les EAP ne se voient plus proposer de rencontre ou de formation. Il faut travailler à y remédier.
Conclusion
J’ai conscience que mon propos est bien partiel. De plus, des mêmes choses ont pu être dites dans les différentes paroisses. Si j’ai choisi de consacrer un court développement pour chacune des paroisses, au-delà des éléments très spécifiques à chacune d’entre elles – ici et là j’ai pointé tel appel précis, bien des propos peuvent être entendus pour l’ensemble des paroisses.
Parmi ce qui est commun, il y a l’agriculture. Je crois que, dans chacune des paroisses, j’ai rencontré des agriculteurs, parfois à leur étonnement : je l’évoquais plus haut, on pense parfois qu’un évêque, un prêtre, ne s’intéresse qu’aux choses religieuses. Je ne prétends pas me présenter comme un expert agricole, mais, chacun est concerné, il s’agit de la vie, et plus concrètement encore de la nourriture.
Avant tout, l’agriculture est un métier de passion, quel que soit le type de production, de modèle choisi. C’est un métier exigeant, on ne peut l’exercer sans cela, sans l’aimer.
J’ai aussi entendu une souffrance exprimée quant à l’image souvent négative de ce métier : l’agriculture serait facteur de pollution.
Puis-je m’appliquer à moi-même quelques appels alors entendus ? Eviter l’ignorance du réel de la vie des agriculteurs. Savoir qu’ils aiment leur métier ; qu’ils sont en contact avec la nature. Et rétablir les liens entre cultivateur et mangeur.
