Dans notre prière — Diocèse de Sens & Auxerre

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Dans notre prière

Abbé Jean-Claude Pineau

 

M. l'abbé Jean-Claude Pineau est décédé le 3 mai 2026, à la Maison de retraite de Saint-Sauveur en Puisaye, à l'âge de 93 ans, dans la 70e année de son ministère presbytéral.

La messe de funérailles a été célébrée le lundi 11 mai, à 10 h, en l'église de Mézilles.

Nous le recommandons à votre prière.

 

Son parcours

  • Ordonné prêtre le 22 avril 1956 en la cathédrale de Sens ;
  • Vicaire à Saint-Fargeau de 1956 à 1960 ;
  • Curé de Mézilles de 1960 à 2016 ;
  • Administrateur de Saint-Fargeau de 1997 à 2004 ;
  • Auxiliaire pour la paroisse du Sacré-Cœur en Puisaye en 2016.
     

Homélie

Frères et sœurs, chers amis,

Il y a quelques jours, le 22 avril 2026, cela faisait 70 ans que l’abbé Pineau avait été ordonné prêtre. Après 4 années, passées à Saint Fargeau comme vicaire, il devint, en 1960, curé de Mézilles. Voilà un long ministère pour lequel nous rendons grâce à Dieu.

A l’annonce du décès de l’abbé Jean-Claude Pineau, survenu le 3 mai dernier à Saint-Sauveur, nous nous sommes peut-être interrogés : qui est-il cet homme ? Qui est-il ce prêtre qui a été tant d’années curé à Mézilles ?

Selon les occasions qui nous étaient données de le rencontrer, nous avons sans doute été marqués par sa personnalité, un peu rugueuse parfois, par son regard accueillant, compatissant, dévoilant une certaine tendresse autant qu’une authentique détermination ; nous pouvions être marqués également par ses paroles, par sa culture, par son amour du Christ qui façonnait sa vie, mais aussi, nous avons remarqué son caractère affirmé, parfois sévère, voir exclusif. Sa personne, son attitude, sa foi, laissaient transparaître, une profonde sensibilité, peut-être une souffrance intérieure, qui le rendaient vulnérable, certes, mais aussi attentif pour écouter, pour vivre un authentique engagement auprès des gens en difficulté, particulièrement les personnes les moins considérées, ou celles qui manquent du nécessaire. Sa porte restait ouverte pour ceux qui avaient besoin. C’est ainsi qu’il a accueilli durant plusieurs mois, une famille Vietnamienne de 4 personnes fuyant les conflits de son pays. Il a fait pour eux les démarches nécessaires pour qu’ils aient un travail et un toit. C’est ainsi également, qu’il organisa ‘’l’opération Pologne’’ pour récolter des vivres, des vêtements et médicaments, afin de les envoyer aux habitants de la Pologne qui en avaient besoin.

Rien de cet homme ne laissaient indifférents ceux qui le rencontraient. Nul ne peut nier son grand cœur. C’est vrai, il ne supportait pas l’injustice, même si, à tel moment, dans ses excès de paroles, il se révélait quelque peu injuste avec tel ou tel, mais, sans rancune ! Il a souffert d’avoir parfois été mis à l’écart, de n’être pas compris. Ce fut une blessure profonde. Il y avait aussi en lui comme un secret, un trésor intérieur, qu’il avait peine à cacher, c’était sa sensibilité, sa vulnérabilité, c’était également son amour des gens. Combien de fois j’en ai été témoin lors de nos appels téléphoniques, ou lors de visites chez lui, à l’hôpital ou à la maison de retraite. Certainement que beaucoup d’entre vous en ont aussi été témoins. Beaucoup parmi vous l’ont entouré dans son ministère de prêtre, lors des célébrations dominicales, mais aussi dans ses épreuves. Il vous en est reconnaissant, et intercède pour vous auprès de Dieu.

Je pourrai ajouter de nombreux faits, de nombreuses paroles évoquant l’abbé Pineau. Mais je ne retiendrais que deux points qui sont l’expression de sa personne, de sa foi, et de ses engagements : sa passion pour le cinéma, et son indéfectible fidélité à la célébration de la messe, révélant son grand amour du Christ. Comme le dit l’apôtre Paul, il était "attaché à la personne du Christ, et à son Evangile”. Il s’en imprégnait pour l’annoncer.

C’est à Saint Fargeau que l’abbé Pineau a commencé à s’engager dans la projection de films. Il ouvre progressivement des salles : à St Fargeau, Champignelles, Toucy et Mézilles. Il faisait, de la projection des films, sont apostolat : il choisissait les films, et souvent il proposait des débats, suite à la projection. Il en programmait également pour des jeunes. Son rayonnement, sa culture, entre autres cinématographique, dépassaient le département de l’Yonne. A Paris, il était connu comme bon critique de films. En 1989, Jack Lang le nomme Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. La médaille lui sera remise par Georges Descrières, le célèbre Arsène Lupin. Pour des raisons de santé, il dû arrêter de programmer des films.

L’abbé Pineau, cet homme, ce prêtre, fondait sa vie, son ministère, dans la célébration de l’Eucharistie. Il a longuement médité les paroles de Jésus : “Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi, je demeure en lui”. Il avait ce grand désir de demeurer présent au Christ. C’est pourquoi, il ne manquait jamais de célébrer chaque jour la messe, même à 2 heures du matin lorsqu’il devait aller chaque semaine à Paris, chercher des films. La rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie nourrissait sa vie d’homme et fondait son ministère de prêtre. Au sein de la paroisse, il attachait une grande importance à la préparation des messes dominicales, ou autres célébrations. A plusieurs reprises, je suis venu célébrer et prier avec lui et l’assemblée chrétienne. Durant la messe, il était saisi par la présence de Dieu et en rayonnait. Ce Trésor divin qu’est le Christ façonnait sa vie. Il aidait les fidèles à vivre une réelle participation intérieure et active lors de la messe. Il aimait faire participer les enfants et les jeunes. Il avait le souci de structurer la foi de chacun, de l’instruire. Nombreuses étaient les personnes et les familles qui venaient à l’église le dimanche, et les jours de fête.

Ces derniers temps, lorsque vous êtes venu le voir, Monseigneur, comme lorsque je le visitais, il nous disait ne plus pouvoir célébrer la messe : ses doigts étaient comme paralysés et ne pouvaient plus tenir les objets. Il en était de même avec son chapelet. Pourtant, chaque jour, il priait la Vierge Marie. Nous la chanterons tout à l’heure en communion avec lui.

Une autre souffrance a marqué la fin de sa vie. Il a vécu un réel combat spirituel. En effet, lui qui a tant prié Dieu, qui a tant cherché à le faire connaître, qui a jalonné sa vie par des célébrations quotidiennes, par la lecture et la méditation des textes de la Bible, il était envahi par cette interrogation : Dieu existe-t-il vraiment ? Etonnante question ! On a peine à imaginer une telle interrogation de sa part. Il en était comme torturé intérieurement, et disait : “et si tout ce que j’ai cru et enseigné, si tout cela n’était pas vrai !” En son être, il vivait cette douleur intérieure : l’absence d’une réponse divine ; cela ajoutait à sa souffrance physique. Je me tenais alors simplement présent près de lui, et je priais. Aucune parole ne me semblait nécessaire.

Mais un évènement extraordinaire m’a marqué : dans la nuit qui a suivi son décès, au cœur de la nuit, l’abbé Pineau s’est donné à voir, j’ai vu son visage durant quelques instants. Ce n’était ni un rêve, ni un cauchemar ! Son visage était paisible, et rayonnant de lumière, de la lumière de la résurrection. Il était là, et c’est comme s’il me disait : je suis vivant près de Dieu, je suis avec vous tous, je prie pour vous, gardez confiance et espérance. N’était-ce pas la consolation que Dieu lui accordait après tant d’épreuves ? Je percevais, alors, qu’il venait de vivre ce que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a dit au moment où elle allait mourir : “Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie”.

Mézilles, le 11 mai 2026, Abbé J T

Mots-clés associés : ,
Mots-clés associés : ,