Cinquième méditation : Lundi 9 novembre 2020 — 16. Paroisse Saint-Germain d'Auxerre

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Cinquième méditation : Lundi 9 novembre 2020

à partir de l’Évangile de la fête de la Dédicace de la Basilique du Latran: Jean 2, 13-22.

Texte de référence

« Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. » Dans ce célèbre passage de l’Évangile selon saint Jean, nous voyons Jésus se dresser vigoureusement contre des pratiques avilissant la relation à Dieu. Nous l’entendons invectiver ces croyants profitant du Temple dont ils ont fait une aubaine, une occasion bien construite de se servir sur le dos de Dieu: « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » La sainte colère du Christ nous pouvons la comprendre et nous devons peut-être même la contempler comme une icône; elle n’est pas une colère destructrice contre des personnes à bannir, à exclure,  mais elle est une colère libératrice, dirigée contre tout ce qui défigure la relation entre Dieu et les hommes... 

            Le blasphème n’est sans doute pas d’avoir introduit de l’argent dans le Temple; il faut probablement descendre plus profondément dans le cœur de ceux à qui Jésus s’adresse ici, mais aussi dans nos propres cœurs, pour comprendre la vraie nature du blasphème, sa nature essentielle, permanente, souvent voilée de bonnes raisons, de bonne conscience. Ce que Jésus vise dans ses reproches c’est d’avoir fait du Sanctuaire de la Présence divine — une Présence offerte à tous dans le silence de sa mystérieuse proximité — un lieu d’échange «donnant-donnant », un troc sacré… « Tu me donnes un bœuf ou une brebis et je te donnerai pardon ou prospérité ». Cette logique marchande qui menace toutes nos relations et singulièrement la relation fondamentale qui nous unit à Dieu, a ulcéré le Christ, Lui qui est le Don gratuit de Dieu, sa Révélation parfaite remise aux regards et aux mains de tous. La colère du Christ est un geste de libération de Dieu et de l’homme. 

            Libération de Dieu, parce que nous ne cessons de L’enfermer, Lui le Libérateur, dans nos croyances souvent étroites, ayant besoin de la sécurité qui emprisonne pour mieux maîtriser. Combien de fois enfermons-nous la grâce de Dieu dans une forme, un rite, un geste, un mot? Toutes ces réalités, Dieu les utilise et les habite pour nous rejoindre, mais il n’en reste jamais dépendant… En ces temps troublés et propices à la division, nous devons nous rassembler sous l’ombre lumineuse d’un Dieu souverainement libre qui n’est empêché de nous sauver, de nous nourrir, de nous conduire, par aucun confinement, par aucune contrainte raisonnablement assumée. Dieu n’est pas prisonnier d'une réalité cultuelle aussi belle, juste et féconde soit-elle, et son Salut est plus grand, plus insalissable que tout ce que nous pouvons imaginer. Dieu est LIBRE!

            Libération de l’homme, parce qu’en contemplant le Christ, nous apprenons à ne dépendre fondamentalement que de Lui, à ne pas retomber dans les logiques païennes du troc, du rite sorti de la relation, de toutes les logiques magiques. Ne dépendre que de Lui, c’est laisser notre foi s’épanouir dans la relation que cette contemplation fait naître et croître. Apprendre à être Chrétiens nous oblige à interroger et à critiquer sans cesse nos certitudes en tous les domaines de notre existence… En effet, quand nous expérimentons une relation essentielle comme un Amour conjugal ou une belle Amitié naissante, toute notre vie passe à son creuset;  d’ailleurs, la grandeur des relations se juge souvent à leur capacité à remettre en question tous nos « ordres établis », nos habitudes souvent creuses et nos certitudes arc-boutées: une relation déplace, révèle, bouleverse, et c’est ce que fait Jésus dans cet Évangile; il nous provoque à comprendre que le Temple c’est Lui, que l’Offrande, c’est Lui, que notre Salut, c’est Lui, et que toutes nos tentations de ramener le Temple, l’Offrande et le Salut en dehors de Lui, dans des réalités maitrisables, mesurables et chosifiées, seraient la ruine de notre foi.

            Laissons le Christ nous libérer, laissons-Le disposer et ordonner aujourd’hui nos rites, nos lieux, nos temps, nos faims et nos attentes, dans la relation au Salut qu’Il est Lui-même.