Dix-huitième méditation : Dimanche 22 novembre 2020 — 16. Paroisse Saint-Germain d'Auxerre

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Dix-huitième méditation : Dimanche 22 novembre 2020

Solennité du Christ-roi de l’univers, à partir de l’Évangile de la messe du jour : Mt 25, 31-46.

texte de référence

Aujourd’hui, nous fêtons la solennité du Christ-roi de l’univers. Elle a été instituée en 1925 par le pape Pie XI, quelques années après la révolution française et directement après la première guerre mondiale. C’était à l’occasion de la célébration de l’année du grand jubilé du 1600ème anniversaire de la déclaration de l’article du Credo « Et son règne n’aura pas de fin » du Concile de Nicée. Le contexte de son institution rappelle un peu notre période actuellement troublée par pandémie du coronavirus avec pour conséquences les dégâts humains et une peur généralisée qui souvent conduit à des violences incroyables, liées peut-être aux déceptions de la vie, sans oublier l’insécurité grandissante et la crise économique.

Cette pandémie universelle de covid19 qui menace le genre humain démontre en même temps les limites de la raison humaine et de sa puissance. Positivement, elle éveille dans nos cœurs de croyants une imploration de secours divin et notre appel à une plus grande solidarité entre nous, plus que jamais, et surtout avec les personnes les plus vulnérables : les personnes isolées, les pauvres, les sans-abri, les malades, ou trainant toute sorte d’handicap, corporel ou mental, etc. Quelle providence divine alors de voir l’évangile du jour coïncider avec notre situation en épreuve ? Que nous inspire cette solennité en cette période ? Comment reconnaître et vivre en commun la souveraineté du Christ-roi ? Un roi qui préside l’univers et l’enracine dans l’amour ?

À y voir de près, l’invitation de l’évangile du jour à l’exercice de la charité s’adresse à n’importe qui, peu importe qui il est, peu importe ses origines ou sa confession de foi. Elle sert également de base pour le jugement final de chacun pour sa félicité. C’est d’ailleurs le fil rouge des croyants dans leur mission universelle d’extension du règne d’amour, de justice et de paix : la véritable mission du Christ qui vient régner parmi nous. Par ailleurs, la royauté du Christ sur les hommes, comme on le verra à la fin des temps, n’est en rien médiatisée par quelque institution que ce soit : chaque être est directement soumis à Dieu, qui règne sur tous, parce qu’il règne sur chacun.

En effet, depuis la création du premier homme et du premier couple humain, Dieu veut établir en chacun son image, de sorte qu’en chacun, comme le dit bien aussi saint Augustin : « Tu nous as créé pour toi Seigneur et notre cœur demeure inquiet tant qu’il ne repose en toi », le cœur de l’homme vive uni au cœur de Dieu, pour vivre dans le bonheur. Le plan de Dieu sur l’humanité est donc un plan d’amour pour son bonheur ici sur terre comme dans la vie éternelle, de sorte qu’en servant l’homme, on sert Dieu, parce qu’on ne peut prétendre servir Dieu qu’on ne voit pas sans servir l’homme qu’on voit (1 Jean 2).

C’est donc dans cette perspective du secours mutuel et dans l’exercice de la charité que je nous invite à célébrer cette solennité du Christ-roi de l’univers. Sachant évidemment que la royauté du Christ n’étant pas de ce monde, l’exercice de la charité mutuelle fait manifester sa présence et son règne en nous et nous fait redécouvrir notre vraie identité et notre mission dans le monde, identifiée depuis notre baptême à celles du Fils éternel du Père venu dans le monde non pas pour condamner ni juger le monde mais pour nous sauver.

Par son incarnation et sa rédemption, et ainsi dans le service qu’il rend à l’humanité, le Christ se fait le prochain de chacun.e sans distinction (cf. Évangile du Bon Samaritain), et il nous demande d’aimer comme lui-même a aimé et parce qu’il nous en a donné l’exemple et la mesure. C’est dans sa passion, son crucifiement (couronné comme roi mais d’épines), sa mort sur la croix et sa résurrection que le monde a découvert en lui la passion d’amour de Dieu pour l’humanité.

C’est ce roi humble et serviteur, finalement manifesté par cet amour kénotique, que Dieu a promis à l’humanité depuis le premier péché de l’homme. Le Christ-roi que nous célébrons est donc roi dans sa divinité comme dans son humanité. J’insiste sur sa royauté qui se démontre dans sa mort sur la croix et sa résurrection pour inviter chacun.e à découvrir, à comprendre et à imiter ce roi divin qui, par sa kénose, a aboli la distance entre sa divinité et son humanité, pour que nous puissions assumer nous-mêmes les épreuves de notre vie sur terre à la manière du Christ, c’est-à-dire dans la foi et l’espérance d’être enfin sauvé par sa puissance manifestée en la résurrection.  Sa victoire sur le péché, le mal, la mort, ses guérisons multiples, etc. nous ouvrent à l’espérance qu’Il est là avec nous et pour nous sauver. Ne perdons pas donc notre espoir de voir guéri même de ce que nous vivons et qui nous apeure. Sa royauté est spirituelle et orientée à toute l’humanité.

Malheureusement, cette royauté du Christ est vécue, après deux mille ans d’annonce de cet évangile et royaume de l’amour, par une fraction de l’humanité. L’intention du cœur de Dieu est que cette royauté du Christ s’étende sur la totalité du genre humain. Il nous appartient, comme croyants et artisans de cette annonce de la royauté du Christ au monde, de nous engager dans le monde, en Église, corps mystique du Christ, coordonné et uni, liés ensemble par un secours mutuel, chacun selon sa mesure d’activité, pour étendre le règne de la charité dans nos familles, nos communautés (1 Co 12 ; Ep 4,16 ; Mt 25, 31-44) et surtout en cette situation de dures épreuves pour tous. 

Une lecture communautaire et lucide de la réalité de vie dans notre société par nos responsables dans l’Église nous fait remarquer en quels domaines et par quelles manières agir pour exercer, communautairement et individuellement ou en familles, ces missions qui découlent, par ailleurs, de notre triple fonctions de prêtre, prophète et roi, reçues au baptême.

Il est alors d’une importance capitale d’écouter avec confiance et de suivre le discernement de l’Église et ses orientations dans son diagnostic des maux de notre société et ses propositions de remèdes appropriés pour aussi manifester notre foi commune et notre collaboration avec elle dans la lutte notamment contre d’éventuelles totalitarismes qui ne font qu’agir malheureusement contre ce règne de la justice, de la vérité, de liberté et de l’amour, les piliers de la construction du royaume paix de Dieu (cf. Préface). Penser bâtir sa vie en dehors de ces principes anthropologiques et théologiques pour vivre la royauté du Christ serait comme bâtir sa maison sur le sable, et vous en connaissez les conséquences.

Pour vivre heureux sur terre malgré nos difficultés, enracinons alors notre vie et notre agir dans le Christ-roi de la paix parce qu’il est parfait ; roi des intelligences car il est la vérité ; roi des volontés, car en lui, l’humaine est soumise à la divine et donc capable d’entrainer la nôtre ; roi des cœurs, car sa charité stimule la nôtre. Présentons lui nos besoins : lui qui est Amour et Miséricorde, Il nous répondra. Que la Vierge Marie, la Mère du Fils Eternel du Père intercède pour nous. Soyez bénis.

Bonne fête.

Abbé Zacharie NIYONZIMA