Dixième méditation : Samedi 14 novembre 2020
Jésus, pour faire comprendre à ses disciples à quel type de confiance les hommes sont appelés, en Lui, leur fait le récit d’une parabole dans laquelle une veuve insistante obtient d’un juge ne respectant ni Dieu ni les hommes, qu’il lui fasse justice face à son adversaire. Cette femme est une veuve ; et il faut redire qu’au temps du Christ, une veuve est une femme sans sécurité, sans arrières, sans appuis, sans autres forces que celles d’une foi nue et vive. C’est dans la nudité de cette foi, sans autre recours que l’audace, qu’elle obtient ce qui lui est dû. C’est sans doute à ce même dépouillement que nous devons revenir pour retrouver la force d’une foi en Dieu débarrassée de ses certitudes humaines. Avancer dans la foi c’est finalement toujours accepter la vulnérabilité de ceux qui sont envoyés comme des agneaux au milieu des loups, non pas pour être des proies, des victimes, de pauvres êtres sans bilan ni résultat, mais pour être des témoins de la force de Dieu à travers notre faiblesse. Jamais les disciples du Dieu vainqueur ne seront aussi forts que dans le témoignage de leurs mains nues, de leur Espérance sans assurance.
C’est dans l’image de cette pauvre femme non-résignée que nous devons enraciner notre prière, notre foi et notre action en ce monde. Nous savons bien que nous n’avons pas à nous soucier de sécurités, même spirituelles, puisque Celui qui nous a créés, qui nous maintient dans l’existence et nous sauve, le fait gratuitement, librement et sans nous demander d'autre accréditation ou laisser-passer que la Croix du Christ. Là où une veuve s’est avancée courageusement, sans armure, sans les privilèges que confèrent les manteaux royaux et les couronnes, au-devant des sombres injustices de l’adversaire et du juge méprisant, craindrions-nous de nous dénuder nous aussi, alors que c’est à la lumière du Dieu vivant et sauveur que nous allons nous exposer? Peut-être sommes-nous encore trop engoncés dans les habitudes de croire en des dieux injustes et capricieux…
Si Celui qui tient nos vies dans sa main était l’une de ces idoles qui ressemblent tant à des juges indignes, nous pourrions chercher à nous hisser vers sa clémence au moyen d'une foi parée, imposante, convaincante, brillant de tous les feux de ses amulettes porte-bonheur, mais Celui qui a créé et sauvé ce monde, s’est révélé dans la nudité de la crèche et de la Croix, Il s’est Lui-même dépouillé jusqu’à l’extrême. À la lumière de cette réflexion et de cette contemplation du Verbe fait chair dans le dénuement et l’infinie vulnérabilité de sa Puissance, ré-entendons les paroles qu’Il nous adresse en ce jour : «Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?»
Demandons à Dieu la grâce de la foi telle qu’Il la désire, une foi nue, superbement pauvre… Qu’Il nous permette de la découvrir au plus profond de nos âmes cette foi pauvre que nous délaissons souvent pour nous fabriquer une foi artificielle pourtant impuissante à se laisser rejoindre par Dieu tel qu’Il est venu vers nous.