Neuvième méditation : Vendredi 13 novembre 2020 — 16. Paroisse Saint-Germain d'Auxerre

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Neuvième méditation : Vendredi 13 novembre 2020

à partir de l’Évangile de la messe du jour : (Lc 17, 26-37)

Texte de référence

            Alors que nous sommes dans un temps qui évoque pour bien des gens cette fameuse fin des temps que nous avons tant de mal à attendre comme elle viendra, et que nous fantasmons bien souvent, nous entrons dans cette période de la fin d’année liturgique qui nous invite, comme chaque année à nous souvenir que ce monde finira lui aussi et qu’il sera ressaisi, ramené à son Créateur et Sauveur. Ces jours-ci, avant la fête du Christ Roi de l’Univers qui clôturera notre année, les textes de la liturgie vont nous inviter assez fréquemment à affronter courageusement l’adversité qui accompagnera ce passage de ce monde à son accomplissement. Cette «adversité », prenant la forme de persécutions, de guerres, d’épidémies, de signes cosmologiques, mais aussi de divisions au sein de l'Église, nous ne devons pas la comprendre comme un châtiment divin ou comme une épreuve concoctée par Dieu pour séparer les purs des tièdes, mais comme le signe de cette résistance du monde et des hommes à cette récapitulation qui s’avance et qui s’annonce… 

            Dieu vient pour manifester définitivement la justification et le Salut de la Création, mais toutes les forces qui lui ont été contraires depuis le péché des origines, se déchaînent et s’agitent… Il n’est donc pas étonnant que notre quotidien ait souvent des airs de fin du monde sans que la fin soit encore là ; nous ferons l’expérience, tout au long de l’histoire, de ces résistances au Salut de Dieu qui promet de nous faire passer par un dépouillement que personne ne désire vraiment... Qu’il est douloureux de quitter ce que l’on a été, emportant le meilleur de soi dans les vases d’argile de notre chair en devenir d’éternité ; qu’il sera difficile de tenir dans la foi et de lâcher pourtant les formes provisoires dans lesquelles nous aurons vécu cette foi. 

            Nous ne devons pas nous tromper de combat: ce n’est pas en défendant à tout prix les formes actuelles de notre vie que nous pourrons accueillir la vie nouvelle qui nous est promise. Dans l’Évangile de la messe de ce jour, nous entendons résonner l’avertissement du Christ : «Rappelez-vous la femme de Loth. Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera. » Oui, nous sommes comme la femme de Loth, souvent persuadés que la sécurité se situe derrière nous, dans ce qu’on quitte, dans ce que la vie nous fait lâcher, alors qu’elle est devant, au-delà de ce que nous pouvons déjà voir, dans une promesse aux contours incertains mais garantis par Dieu. 

            En ces temps compliqués, nous devons évidemment pas relativiser la centralité des sacrements dont nous sommes un temps éloignés, nous ne devons pas non plus considérer comme caduques les formes habituelles d’une vie en société aujourd’hui écartelée, bousculée, défigurée, mais nous devons rester fixés sur la promesse de Dieu qui ne dépend pas d’abord de la réalisation de nos projets pastoraux et politiques. Notre devoir de Chrétiens est de rester en tout, zélés dans la foi, raisonnables, au service des plus faibles qui souffrent de cette pandémie, vigilants pour démêler les justes précautions et les abus qui pourraient en sortir (en particulier dans le droit du travail); notre responsabilité est d’aider ce monde à se tourner vers la Vie, par notre foi, de fixer nos yeux sur Jésus-Christ, le seul Sauveur qui n’est jamais empêché de dispenser sa Grâce, sans céder aux réflexes de repli sur nos intérêts individuels ou communautaristes qui sont toujours des formes de regard en arrière. Nos futures Eucharisties (que nous désirons bien évidemment ardemment) seront alors pleines de tous les combats menés contre le mal et la mort, aux côtés de tous nos frères humains.