Onzième méditation : Dimanche 15 novembre 2020
À travers l’Évangile de ce dimanche, nous sommes de nouveau renvoyés à notre relation à Dieu, à la question de son identité, comme nous le remarquions déjà en méditant l’Évangile d'hier. Qui est Dieu pour nous? Comment notre réponse à cette question conditionne-elle notre manière d’être en lien avec Lui, nos combats et nos engagements? Jésus ne posait-il pas cette question à ses disciples: « pour vous qui suis-je? » (Mt 16-15) Cette question, elle demeure en permanence posée à l’Église et au monde. Tu crois savoir? Tu crois connaître la réponse? Ce n’est pas grave! interroge-toi encore! va chercher plus profondément. Jésus, Dieu fait homme n’a jamais privilégié l’affirmation brutale et catégorique dans les rencontres personnelles avec les hommes et les femmes de son temps, et l’on peut deviner qu’Il agit avec nous de la même manière. Souvenons-nous de ces questions qui sont le chemin de l’Évangile : « que désires-tu? », « que demandes-tu? », « crois-tu? ». Jésus ne pose jamais ces questions pour faire des sondages d’opinion mais pour apporter la lumière de sa Révélation dans des cœurs en question, dans des êtres en désir. Sans la question que nous sommes, sans le désir qui nous fait aller du néant à la Vie, nos existences ne sont que des additions de jours et d’évènements sans direction, insensées.
Quand nous avons l’impression d’avoir répondu à la question, de savoir ce que nous sommes, ce qu’est le monde, et, bien pire, ce qu’est Dieu, nous nous éloignons de la Vérité. Jésus nous rappelle inlassablement à la question: « pour toi, qui suis-je? » Nous l’entendons parler à notre cœur : «Il te faut chercher encore, ne pas en rester à des vérités collectionnées, de loin, de l’extérieur de cette terre de désir et de soif qu’est ton cœur… Là où tu n’as plus soif, là où tu entasses tes certitudes, tu n’es plus disponible pour me suivre... et pourtant, m’aimer ce n’est que me suivre; il n’est pas de relation à Dieu sans exode, sans pauvreté, sans soif, sans désir amoureux, sans dépossession… »
De la qualité de notre questionnement et donc de notre relation à Dieu, dépend une bonne partie de notre vie. En effet, la grande épreuve de notre existence n’est certainement pas ailleurs qu’en nous-mêmes, dans ces profondeurs impénétrables dans lesquelles se joue ce choix entre la collection de vérités mortes et la marche à la suite du Dieu vivant.
Dans la parabole des talents, nous le voyons bien, le tournant entre le don appelant la vie et la peur appelant la mort, se fait à l’intérieur du possesseur de l’unique talent délaissé. Cet homme avait reçu un talent, selon ses capacités, et il devait en vivre. Mais voilà, il n’a pas déduit du don reçu que le maître était donateur de vie… Il a préféré écouter ses peurs, alors il s’est fabriqué un maître cruel, dur, injuste, et il l’a installé sur le piédestal de son âme pour l’adorer, en lui offrant sa peur, sa stérilité, sa fermeture, son aigreur ; quand le maître est revenu, il lui a dit : «Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. » Et il a remis entre les mains du maître le moteur éteint de sa vie gâché en croyant être quitte… Mais la suite de l’Évangile révèle l’horrible conséquence de sa logique: ce ne sont pas les prétendues dureté, brutalité et injustice du maître qui sont révélées, mais celles des fantasmes de cet homme dirigé par la peur. Les «ténèbres extérieures » ne sont que la manifestation des ténèbres intérieures dans lesquelles il s’est perdu et a enfoui le don de la Vie.
En ces temps troublés nous ne devons pas avoir peur! Un Chrétien ne devrait jamais se laisser guider par la peur et c’est à chacun de nous de rejeter les peurs qui nous enferment… mais n’allons pas croire trop vite que notre courage doit nous conduire à nier la réalité douloureuse dans laquelle se trouve notre société. Nous ne serons pas plus courageux en méprisant la crise sanitaire, en accusant des complots délirants, en fustigeant de loin des dirigeants qui font ce qu’ils peuvent (selon leurs capacités eux aussi), mais en acceptant le seul vrai combat qui vaille la peine : celui de la conversion de nos cœurs. Il est plus facile de se plaindre de ce que nous n’avons pas, que de faire avec ce que nous avons. Des millions de personnes, vivent aujourd’hui paralysées par la peur : la peur de ne plus avoir de travail demain, la peur de la maladie, la peur de perdre un proche aimé, la peur de devoir choisir entre les malades à soigner, la peur de ne pas voir revenir le monde d’avant… Et nous, comme Chrétiens, ajouterons-nous au cortège des paralysies, notre peur de ne plus communier, de ne plus nous rassembler, ou serons-nous témoins de ce Dieu Vivant qui nous appelle à lui offrir notre vie dans la confiance, le service des plus petits, dans la foi eucharistique, dans la Certitude que Jésus s’est donné une fois pour toutes pour nous sauver?
Gardons les yeux fixés sur Lui et répondons, par toute notre vie à sa question...