Première méditation : jeudi 5 novembre 2020
« C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. » Alors que nous entrons dans une deuxième période de confinement, la tête un peu basse, quelque larme au coin de l’œil, quelque colère au coin du cœur, l’Évangile nous dérange une fois de plus dans notre confortable négativité: il nous fait entendre l’annonce d’une joie… la joie du ciel, la joie des anges, la joie de Dieu. La joie dont il est question aujourd’hui n’est pas une joie idéale ou théorique, une joie de béatitude divine satisfaite d’elle-même et autosuffisante; c’est une joie concrète surgie d’un évènement, d’une retrouvaille, d’une victoire. Toutes les vraies joies ne naissent-elles pas d’une victoire sur la peine, sur la tristesse, sur la mort?
Il y avait une brebis qui était perdue, en danger de mort, peut-être déjà dérobée, dévorée… désolation. Mais elle est retrouvée!! Il y avait une précieuse et rare pièce d’argent qui avait disparu; elle avait sans doute été volée, à moins qu’un mauvais geste ne l’ait envoyée parmi les balayures… mais elle est retrouvée!! À la douleur de Dieu devant le péché qui sépare l’homme de son Créateur et qui le conduit aux prisons de la mort intérieure, succède la joie des retrouvailles, des conversions qui font revenir l’homme à la Vie pour laquelle il est fait.
C’est de cette joie, née de l’épreuve et des retrouvailles, que le Christ nous parle, pour nous faire comprendre quelque chose de la joie du ciel, cette joie éternelle que Dieu possédait avant même la Création du monde. Sans ces deux paraboles nous renvoyant tous à nos propres expériences de renaissance joyeuse, le discours de Jésus sur la joie du ciel nous ferait nous imaginer que celle-ci n’est qu’une tranquillité souriante et divinement indifférente, alors qu’elle est un éternel jaillissement, une irruption sans commencement ni fin, née de l’émerveillement amoureux qui rayonne de la Trinité. Cette joie est éternellement féconde, tellement féconde que c’est en elle que la Trinité bienheureuse a puisé toutes les joies dont elle irriguerait le monde qu’elle allait créer: celle des astres de lumière, celle des premières germinations, celle des premiers vents, celle des oiseaux et des enfants des hommes.
C’est dans cette joie originelle et créatrice que nos vies sont enracinées et qu’elles se régénèrent, même quand les nuages s’amoncellent, même quand le soleil baisse le nez de ses rayons sur l’horizon. Nous sommes faits pour la joie des retrouvailles, même si nous ne savons pas toujours comment elles se feront ! La douleur du berger devant l'absence de la brebis égarée la fait toujours appartenir au troupeau; le souci actif de la femme empêche la pièce d’argent de disparaître effectivement dans les balayures; le désir divin de sauver le pécheur garde active la grâce agissant dans son cœur apparemment perdu. Nous ne devons pas nous laisser abuser par une vision étriquée de la réalité… Ce qui existe véritablement n’est pas seulement de l’ordre du visible et de l’immédiatement accessible…C’est peut-être en nous laissant travailler par le désir des retrouvailles que nous redécouvrirons le prix de ce que nous cherchons, de ce que nous célébrons habituellement et de ce que nous annonçons. Notre désir de Dieu, et notre désir de voir ce monde lui revenir, sont soutenus par la joie divine qui nous fait pressentir que nos désirs ne resteront pas vains.