Quatorzième méditation : Mercredi 19 novembre 2020
En ce jour, nous sommes invités par l’Église à entrer, avec saint Jean, dans la vision de la Réalité du Ciel; une vision qui nous introduit des hauteurs si impénétrables que nous ne pouvons y avoir accès que dans des symboles et des images grandioses et néanmoins signifiantes pour notre vie de foi.
Tout d’abord, le décor est planté : «Devant le Trône, il y a comme une mer, aussi transparente que du cristal. » Un Trône, le Trône de Dieu bordé d’une mer qui n’a plus rien de ses sombres colères, une mer transparente et pure… « Au milieu, autour du Trône, quatre Vivants, ayant des yeux innombrables en avant et en arrière. Le premier Vivant ressemble à un lion, le deuxième Vivant ressemble à un jeune taureau, le troisième Vivant a comme un visage d’homme, le quatrième Vivant ressemble à un aigle en plein vol. Les quatre Vivants ont chacun six ailes, avec des yeux innombrables tout autour et au-dedans. »
Qui sont-ils ce quatre Vivants qui nous renvoient au chapitre premier du livre d’Ezéchiel? Au cours de l’histoire, nous les avons souvent identifiés aux quatre évangiles, mais il faut aller chercher la réponse chez saint Ambroise de Milan affirmant que c’est « Notre Seigneur qui, dans les quatre évangiles, est figuré par les symboles des quatre animaux » symbolisant l’humanité, la royauté, le sacrifice et la résurrection. Ces quatre Vivants qui entourent le Trône de toute part, c’est donc une image de l’unique Christ rassemblant en Lui toutes les Puissances et toutes les réalités autrefois dispersées. Il Est, Lui, la Récapitulation de toute chose, l’histoire humaine dans laquelle toutes nos histoires singulières trouvent leur achèvement, l’unique réalité dans laquelle toutes les nôtres peuvent s’épanouir, l’unique louange au Père dans laquelle toutes nos louanges trouvent leur juste ton. Nous le comprenons en reprenant le fil du récit de la vision : « Jour et nuit, ils ne cessent de dire : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu, le Souverain de l’univers, Celui qui était, qui est et qui vient. » Souvenons-nous des Préfaces introduisant la prière eucharistique; elles sont une invitation à entrer dans la louange du Ciel qui est contenue dans la louange éternelle allant du Fils au Père… Ces Préfaces redisent toutes que c’est « par le Christ, notre Seigneur », que nous rendons gloire au Père avec les anges, les archanges, les puissances et les esprits bienheureux; elles nous font entrer dans ce chant des quatre Vivant qu’est le Sanctus : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu… »
«Lorsque les Vivants rendent gloire, honneur et action de grâce à celui qui siège sur le Trône, lui qui vit pour les siècles des siècles, les vingt-quatre Anciens se jettent devant celui qui siège sur le Trône, ils se prosternent face à celui qui vit pour les siècles des siècles ; ils lancent leur couronne devant le Trône en disant : « Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance. C’est toi qui créas l’univers ; tu as voulu qu’il soit : il fut créé. » La suite de la vision est donc une invitation à reconnaître que c’est bien « lorsque les Vivants rendent gloire », c’est-à-dire dans l’action de grâce du Fils éternel, la vivante Eucharistie qu’est sa relation au Père, que la prière des Anciens représentant l’humanité trouve tout son sens.
Contempler cette vision c’est une invitation à nous souvenir que notre vie spirituelle et liturgique n’a pas le droit d’être diminuée, individualisée, réduite à un acte, à une chose, un bien comme un autre. Le Christ réunit en Lui, sous la forme des quatre Vivants regardant en arrière et en avant, dans le passé et vers l’avenir, toute la vie du monde. Nous n’entrerons jamais dans le mouvement de son Eucharistie éternelle (son Action de grâce éternelle au Père) en chosifiant la Communion… Les Eucharisties que nous célèbrerons ensemble, traduisent bien cette multiple Présence divine: Le Christ corps dans l’Assemblée qui se constitue, le Christ-tête dans le Prêtre qui préside, le Christ dans sa Parole et le Pain devenu son corps livré… Les servants d’autel, et spécialement les thuriféraires, connaissent bien cette réalité de la présence du Christ dans ces différents lieux liturgique quand ils encensent, l'Assemblée, le Président, la Parole, et la Présence Eucharistique. Ne déchirons pas le Christ! N’oublions pas la quadruple-figure de l’Unique Vivant qui ne nous permet pas de L’enfermer et de nous enfermer nous-mêmes.