Quatrième méditation : Dimanche 8 novembre 2020
Diacre Richard LEPELLETIER
Photo : Abbaye de Iona (Écosse)
« Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas. » Mais où est-donc l’espérance chrétienne dans cette réponse du Seigneur ? Passage d’évangile déroutant (comme peut-être beaucoup d’autres pour l’un ou l’autre d’entre nous ?) « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas » répondit le Seigneur.
Au début du récit l’évangéliste Matthieu nous dit bien qu’il s’agit ici d’une parabole de Jésus sur le Royaume de Dieu. Oui c’est une parabole, c’est à dire une histoire à visée pédagogique. A travers elle Jésus veut nous faire comprendre quelque chose, pas un concept, mais quelque chose de concret qui concerne notre vie.
Vous avez tous en tête un de ces contes que l’on vous racontait lorsque vous étiez enfant, que vous aimiez particulièrement et que vous réclamiez à lire ou à entendre. Plus récemment peut-être avez-vous fait l’expérience avec vos enfants ou petits-enfants de l’une de ces histoires que vous racontez encore et toujours. Ils vous ont entendu la raconter de nombreuses fois et ils réclament toujours la même. Pourtant l’histoire n’est pas toujours drôle, la fin est parfois tragique … et pourtant ils la redemandent. C’est donc qu’au-delà des mots, il y a autre chose à entendre, autre chose à comprendre. L’enfant n’a pas toute l’intelligence nécessaire pour décrypter la pensée de l’auteur (ça viendra plus tard avec l’école !) mais intuitivement il sent le message ; pour peu que le ton employé par celui qui raconte amplifie un peu ce message et l’enfant s’y retrouve : comme on dit : « ça lui parle. »
La pédagogie du récit de Jésus est exactement de cet ordre. Une situation de la vie courante : une noce juive avec son rituel particulier qui peut s’étaler sur plusieurs jours ; des invitées : dix jeunes filles ; des mots, des faits, des images du quotidien : attendre, se préparer, s’éclairer, s’endormir. Jésus n’enseigne pas par la théorie. Il nous invite plutôt à écouter cette histoire, épisode de la vie de ces dix jeunes filles. Il nous invite à nous poser la question : Comment cette parabole nous parle-t-elle aujourd’hui dans notre vie ? Je ne suis pas théologien, ni bibliste et pourtant Jésus me parle comme il a parlé à ses disciples. L’école qui va permettre à l’élève d’en arriver à la pensée de l’auteur, pour nous chrétiens, c’est bien sûr le catéchisme et tout ce qui l’entoure mais c’est surtout la Sagesse que Dieu veut nous donner ; cette Sagesse dont il est question dans la première lecture ; la Sagesse dont il est dit qu’elle vient à notre rencontre dans chacune de nos pensées ; la Sagesse, c’est l’esprit de Dieu qui permet à notre liberté de discerner.
Jésus me parle comme il a parlé à ses disciples. Au début du chapitre 24 de l’évangile selon Saint Matthieu – chapitre qui précède notre parabole – nous voyons les disciples inquiets du départ de Jésus – départ annoncé par Jésus lui-même. Ils croient en son retour qu’il a promis mais ne comprennent pas comment cela va se faire. Alors ils lui demandent : « Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ta venue et de la fin du monde. » Après un discours peu réjouissant décrivant ce qui va arriver (objet de tout le chapitre 24) Jésus ouvre sur la perspective du Royaume de Dieu.
C’est le début du chapitre 25. Les dix jeunes filles sont toutes invitées au même titre. Cinq sont « prévoyantes », « sages » pourrions-nous dire et cinq sont « insouciantes ». Jusque-là rien d’incompréhensible à notre esprit. Ce qui l’est moins c’est que Jésus veut nous parler du Royaume de Dieu qu’il nous présente lui-même ailleurs comme le Royaume de l’amour parfait, du bonheur éternel, … bref où l’on y vit de la vie même de Dieu, et qu’il semble capable de nous fermer la porte au nez si nous ne sommes pas exactement conforme à ce que prescrit la règle : une lampe allumée et alimentée avec sa réserve, le respect du protocole (lorsque l’époux arrive), … « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas. »
Cette phrase : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas » n’est-elle pas plutôt celle que nous adressons nous-même à Dieu du fait de notre péché, de notre refus de vivre de l’évangile ? Cette phrase n’est-elle pas celle qui nous entraîne à nous exclure nous-même de la proximité de Dieu, de son Royaume ?
Le royaume de Dieu est une réalité que Jésus nous dévoile à la mesure de ce que nous sommes capables d’en percevoir. Il n’est pas une récompense à obtenir parce qu’on aura respecté à la lettre (et parfois au-delà de la lettre) une somme de règles édictées par d’autres. Le Royaume de Dieu est à vivre aujourd’hui, à construire chaque jour au cœur même de notre vie. L’injonction de Jésus : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure », fait suite à celle du chapitre 24 : « Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Veiller, se tenir prêt, c’est vivre aujourd’hui avec l’évangile devant les yeux et dans le cœur. La porte qui pourrait se fermer devant nous c’est celle que librement nous n’aurons pas voulu ouvrir, c’est la porte du cœur de Jésus dont nous seuls avons la poignée.
La suite du même chapitre 25 de Saint Matthieu nous précise concrètement ce que nous devons faire pour vivre selon le cœur de Jésus et se termine par : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”