Septième méditation : Mercredi 11 novembre 2020
Même s’il y aurait sans doute bien des choses à nous redire à partir de l’extrait de la lettre à Tite lu en ce jour, et dans lequel saint Paul nous dit d’être soumis aux gouvernants et aux autorités (souvenons-nous que ces lettres ont été produites au temps d’empereurs romains qui n’avaient pas la réputation d’être particulièrement saints ou favorables aux Chrétiens), d’être prêts à faire ce qui est bien, de n’insulter personne, d’être bienveillants, doux à l’égard de tous les hommes, je préfère vous inviter à nous tourner vers la réalité plus fondamentale encore qui apparaît dans l’Évangile de ce 11 novembre.
Jésus traversant la région située entre la Samarie et la Galilée rencontre dix lépreux qui viennent à sa rencontre en lui demandant d’avoir pitié d’eux. Jésus leur dit simplement d’aller se montrer aux prêtres; ces prêtres qui auront le pouvoir d’authentifier la guérison qu’ils appellent de leur prière et que Jésus leur donne sans qu’ils la voient encore. Ils se mettent en route et, sur le chemin sont guéris. L’Évangile dit « purifiés » pour signifier que leur guérison concerne bien plus que leur seule santé physique… La lèpre, cette maladie liée dans la culture biblique à l'idée complexe de l’impureté et du péché qui séparent radicalement, ne saurait être guérie sans interroger les profondeurs de l’humain…
Purifiés, au-delà de la guérison de leurs chairs meurtries, renouvelés dans les profondeurs de leur humanité, ces hommes sont rendus capables de rejoindre le corps social, dont la lèpre, et le mystère du mal qu’elle symbolise, les excluaient jusque-là; ils sont rendus à la communion visible avec les hommes et avec Dieu… Ils demandaient la guérison en implorant la « pitié » de Jésus qu’ils appelaient « Maître », mais ils n’ont pourtant pas tous compris ce qui s’était véritablement passé… En effet, un seul d’entre eux revient vers Jésus. Ils ont obtenu la guérison mais un seul d’entre eux a compris la grandeur du Mystère qui les a rejoints et la profondeur à laquelle ils ont été rejoints… Les neuf autres continuent leur route pour aller obtenir la constatation de leur guérison; ils ont demandé, ils ont reçu, que le nom du Seigneur soit béni, mais on passe à la suite.
Combien de chrétiens vivent dans cette relation un peu plate avec Dieu et avec leur propre vie. On va à la messe, on prie un peu, on dit un bout de chapelet, on fait une bonne action, on défend nos valeurs si elles sont attaquées, mais qu’est-ce que ça change à notre chemin, à notre trajectoire…? Un seul lépreux, un Samaritain, un « pas comme les autres », un « hors-caste » s’est arrêté sur la route… il s’est interrogé, il a été saisi, remué, bouleversé, et il a compris que c’était dans sa relation personnelle à Jésus, qu’il reconnaissait désormais comme le vrai «Maître » de sa vie, que résidait le sens de son existence. Jésus s’étonne de voir qu’il est le seul à revenir pour rendre gloire, pour rendre grâce, mais il se réjouit de voir briller sur cet homme le Salut qu’il est venu apporter à tous.
Oui, Jésus nous invite à vivre dans l’action de grâce, qui est la traduction exacte du terme «Eucharistie ». Aujourd’hui, alors que nous sommes privés d’assemblée eucharistique et de communion eucharistique, souvenons-nous que nous ne sommes pourtant en aucun cas privés de vivre une existence eucharistique. Une vie eucharistique (fondé dans l’action de grâce pour le Salut reçu dans le Christ) a besoin de l’Eucharistie sacramentelle pour s'exprimer pleinement, et c’est cette privation qui nous fait souffrir aujourd’hui, mais l’Eucharistie sacramentelle déconnectée d’une authentique vie eucharistique ne serait plus qu’un rite vidé de sa substance. Aujourd’hui, dans les conditions difficiles que nous connaissons, que le Seigneur nous donne la grâce de revenir au fondement de la Vie nouvelle reçue à notre baptême, et qui est toute entière « Eucharistie au Dieu vivant », pour préparer la joie de nos futures assemblées sacramentelles.