Troisième méditation : samedi 7 novembre 2020
Dans la lettre aux Philippiens que la liturgie nous fait lire ces jours-ci, saint Paul fait mémoire de quelques épreuves et il rend grâce pour la générosité de ses frères chrétiens de la ville de Philippe ; à cette occasion, il nous livre le témoignage d’un homme qui n’est pas indifférent aux conditions dans lesquelles il a à vivre, mais qui ne s’y laisse pas enfermer; écoutons-le : « j’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. »
Le disciple du Christ n’est indifférent ni aux manques ni aux consolations qui jalonnent sa route vers le Ciel… Il y est sensible parce qu’il est un être de chair et de sang ; en cela, il est un digne « suiveur » du Christ. Comme nous le redisions hier, aussi étrange que celui puisse paraître, nous les humains, nous avons souvent à redécouvrir du Verbe incarné ce qu’est l’incarnation… Nous avons à apprendre de Dieu ce qu’est être vraiment homme! Souvenons-nous de la parole quasi-prophétique de Ponce Pilate qui présentait Jésus à la foule en disant « ace homo! », « Voici l’homme! » Oui! c’est dans cet homme là, Dieu fait homme, le seul homme parfaitement homme, que nous apprenons ce qu’est une vie humaine portée à son sommet! Nous, qui naissons pourtant dans la chair, nous rêvons si souvent d’être des anges, alors même que Dieu s’est fait homme…
Nous le savons, marcher à la suite du Christ, c’est porter sa croix et le suivre, mais sa route n’est pas faite que de souffrance, elle est aussi pavée de consolations, de rencontres, de beautés parfois méprisées qu’il nous faut découvrir, goûter et assumer… Même sur le chemin de sa Passion, Jésus a croisé la tendresse des gestes de Véronique et la compassion de Simon de Cyrène… Comme Chrétiens nous avons à être sensibles à la diversité des fruits que la vie porte à travers nous, comme aux épines sur lesquelles s’écorchent nos âmes. Nous ne devons pas systématiquement rechigner à goûter la beauté de la vie qui nous est donnée dans un mépris altier pour les réalités terrestres : ce qui fait une vie sainte, ce n’est pas sa capacité à serrer la ceinture et à restreindre le champ des intérêts à ce qui n’est que spirituel; ce qui fait une vie sainte c’est le désir de tout aimer dans la perspective ordonnatrice du Bien… Si nous cherchons de tout notre cœur ce Bien dont Dieu a déposé en nos âmes le désir, nous devinerons chaque jour un peu mieux ce qu’il est bon de faire et de ne pas faire, nous nous laisserons sanctifier par le seul Saint.
De la même manière que nous devons apprendre, comme saint Paul à vivre saintement « dans l’abondance », nous devons également accepter de souffrir comme lui, « la faim », les «privations » les injustices, les manques, les violences qui nous atteignent, sans les spiritualiser trop vite, sans y chercher une volonté divine qui nous les rendraient plus douces ou plus acceptables… Il nous faut accepter de supporter aussi ces ombres, non comme si les souffrances étaient le moyen de notre sanctification, mais parce que c’est sans doute dans notre manière de les remettre à leur place, de les combattre et de les traverser que nous apprendrons aussi à aimer par dessus tout, et que nous serons là-aussi sanctifiés jour après jour.
Tout traverser en aimant ! Assumer la lumière et les ténèbres, les joies et les peines, l’abondance et le manque, les richesses de la vie terrestre et le désir du Ciel dans la seule perspective de l’Amour de Dieu et du Prochain; c’est sans doute dans cette tension amoureuse que nous saurons un peu mieux chaque jour ce que nous devons faire de nos vies.