Vingtième méditation : Mardi 24 novembre 2020 — 16. Paroisse Saint-Germain d'Auxerre

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Vingtième méditation : Mardi 24 novembre 2020

Mémoire de saint André Dung-Lac et de ses compagnons, martyrs, à partir de l’Évangile de la messe du jour: Lc 21, 5-11.

Texte de référence

            Après avoir invité ceux qui l’écoutaient à regarder l’indigence de la veuve comme modèle de tout don et de toute vie, Jésus rappelle à ses disciples que ce que nous n’aurons pas donné nous sera arraché. Terrible et formidable parole qui nous invite à entrer dans une dépossession toujours plus grande. 

            Nous entendons Jésus dire à ceux qui admirent le Temple : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Il serait totalement faux et en quelque sorte blasphématoire, de dire que Jésus annonce une destruction divine… Ce qu’Il annonce, c’est simplement la finitude des réalités terrestres auxquelles nous-nous attachons souvent plus qu’aux réalités éternelles auxquelles elles renvoient. Le Temple de Jérusalem, aussi beau soit-il, a été construit et il sera détruit un jour…. Mais Dieu, Lui, Celui vers qui la beauté du Temple devait orienter tous les regards, ne sera pas détruit. Si le Temple n’est plus considéré comme un lieu transitoire orientant la marche des croyants vers la réalité éternelle, il devient une prison divine, une sorte d’idole de pierres, de bois et d’habitudes religieuses…

            Le Don pour lequel toute vie est faite, est le lien le plus fort unissant chacune de nos existences à la Vie divine. Nous essayons de vivre dans le Don, dans l’offrande de nous-mêmes, pour répondre à un désir très profond, pas toujours conscient, de correspondre à ce pour quoi nous sommes faits, mais nous n’y arrivons pas toujours. Il nous arrive aussi de nous accrocher à ce que nous tenons et à ce que nous croyons  pouvoir tenir toujours, mais cela nous rend moins humains, moins disponibles à la Grâce de Dieu, même quand ce que nous voulons tenir est de l’ordre du spirituel. La Grâce nous permet d'aimer ce qui nous fait vivre de Dieu en ce monde, ce qui nous tourne vers Lui, ce qui nous fait Le désirer, ce qui nous prépare au Royaume; mais elle garantit surtout en chacun de nous une capacité à dépasser les obstacles, les pertes, les blessures, les prisons, pour que notre vie soit toujours fondamentalement tournée vers Lui. Même au fond de la pire des misères, ai-je gardé le désir du Royaume, même si ce désir est douloureux, aveuglé par l’épreuve ? Si oui, alors il y a de fortes chances que je vive dans la Grâce…

            C’est dans cette logique que je peux comprendre la mise en garde de Jésus nous prévenant : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel », ainsi que le conseil qui l’accompagne : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin ». Oui, les ruines du Temple feront naître de la tristesse dans le cœur des croyants et pousseront certains à se tourner vers de faux-messies ; oui, les guerres, les tremblements de terre, les divisions, les épidémies, meurtriront nos vies, mais elles n’auront pas le pouvoir de détruire ce désir de Dieu et cette confiance en Lui… Si nos vies sont de plus en plus formées par le Don et la soif de l’accomplissement du Royaume qui n’est pas de ce monde, nous ne serons pas terrifiés, nous tiendrons jusqu’au jour de sa venue.