Homélie de la messe pour le pape François — Diocèse de Sens & Auxerre

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Homélie de la messe pour le pape François

Mgr Pascal Wintzer - 23 avril 2025, à Auxerre

Action de grâce et prière - 23 avril 2025

 

Le pape François aimait à dire que « le temps est supérieur à l’espace ». A quelques jours de sa mort, les temps, les moments qui ont entouré cette mort sont pleins d’enseignements.
Epuisé par une santé qui s’était détériorée, les deux derniers rendez-vous qu’il a honorés sont certainement parmi ceux qui comptaient le plus pour lui.
Le Jeudi Saint, s’il n’a pu accomplir le geste du lavement des pieds, il a pourtant tenu à visiter les détenus de la prison Regina coeli de Rome ; et le jour de Pâques, alors qu’il n’a pu prononcer que quelques vœux de Pâques, il a circulé place Saint-Pierre au milieu des pèlerins et de la foule.

Je me souviens, lors d’un pèlerinage à Rome où nous étions pour apporter les actes du synode de Poitiers au pape François, nous étions à l’audience du mercredi. 
Après la catéchèse et les salutations, le pape François est resté pour saluer ceux qui le voulaient, ce temps a duré bien plus longtemps que le temps officiel des prises de parole ; je peux certainement dire que, celui qui a quitté la place Saint-Pierre en dernier, c’est le Pape ! Son temps était pour ceux qui désiraient le saluer.

Certainement que, pour lui, être Pape aurait pu être un fardeau, il aurait pu se sentir comme prisonnier des palais du Vatican.
Mais, dès le début, il a refusé de résider dans ce que l’on appelle le « palais apostolique » pour préférer la Maison Sainte-Marthe.
Il faut le dire, c’est un édifice assez banal, pas vraiment très beau. Mais, le cardinal Bergoglio était un religieux, un jésuite. Comme tel il avait toujours mené une vie communautaire. Se retrouver seul, même dans un palais décoré par Raphaël et Le Pérugin ne lui allait pas vraiment. A Sainte-Marthe, il pouvait mener une vie à peu près ordinaire, pour la prière commune, en particulier la messe du matin, ainsi que pour le déjeuner.
En ceci, le pape François a su imposer sa volonté à une administration bien installée ; il a su bousculer des usages pourtant ancestraux.

Il est alors juste de souligner la liberté du pape François.
Il avait sans doute la capacité et la volonté pour le faire, mais il n’a pas cherché cette liberté d’abord pour lui-même.
Beaucoup ont souligné qu’il a permis que la parole se libère au sujet de questions qui semblaient interdites, au risque de sanctions.
L’organisation de l’Eglise, la place des femmes et l’exercice de leur part de vraies responsabilités, les couples ayant vécu un divorce et un remariage, les personnes homosexuelles et les unions qui les lient… Dans ces domaines comme en bien d’autres, beaucoup se sont sentis libres de parler, de poser des questions, de rechercher quels chemins ouvrent l’Evangile et la réalité de la vie des personnes.
« N’ayez pas peur » affirme si souvent la Bible, dont le Seigneur dans l’Evangile de saint Jean.
Il faut reconnaître que l’Eglise catholique s’est donnée et a donné au monde de grands hommes, de belles personnalités : ainsi des deniers Papes, Jean-Paul II, Benoît XVI et François.
Heureusement des hommes différents, comme est riche notre Eglise de celles et ceux qui la composent, mais surtout comme sont riches et divers les dons de l’Esprit-Saint, les charismes qu’il confie à chacun.

S’il faut relier ces trois Papes, il y a leur engagement et leurs appels incessants contre toutes les formes de violences, contre les guerres.
« Plus jamais la guerre » proclamait le pape Paul VI à la tribune des Nations Unies à New-York.
C’est le même appel que ses successeurs firent entendre, et pour chacun d’eux jusqu’au bout de leurs forces.
On se rappelle l’opposition de Jean-Paul II aux deux guerres d’Irak, pourtant portées par des pays occidentaux sûrs de leur bon droit.
Lors du synode de 2012, auquel je participais, le pape Benoît a voulu tenter une médiation, voire envoyer une délégation en Syrie où sévissait la guerre civile. Et François a dit l’absurde de la guerre en Ukraine, au risque de n’être pas compris.
Aucune naïveté de leur part, mais le rappel que l’Evangile ne saurait ni justifier ni bénir aucune guerre.

Ce n’est par sans raison que le pape François a placé l’année jubilaire que nous vivons sous le signe de l’espérance. Certainement parce que nous sommes une époque où l’espérance est difficile.

D’abord, l’espérance est un combat. Non pas que nous ayons à chercher des ennemis : que serait une espérance qui naîtrait par la défaite de qui que ce soit ! 
Non, le combat est à mener contre toutes les petites voix intérieures qui nous susurrent : « à quoi bon ! » ; « on a tout essayé ! » ; « rien ne changera ! ».
Se laisser à ces passions tristes c’est se priver de toute capacité de rêve, de désir, d’action… Se priver de toute capacité d’espérance.

La tentation la plus profonde serait de ne plus espérer en quiconque, ni en soi-même.
Bien des choses peuvent nourrir cette tentation, lorsque l’égoïsme des individus et des nations semble dominant, lorsque les autres sont perçus comme des dangers voire des adversaires, ou bien encore lorsque l’on croit que c’est la loi de la force, de la puissance qui est à choisir.

La vraie force, pour l’Evangile, c’est l’espérance, c’est le refus de se résigner, de baisser les bras.
La vraie force c’est lorsque nous croyons que le pardon, la paix, la douceur ont plus de poids que toutes les formes de violence, parce que ce sont elles qui changent les cœurs ; les armes et la violence, elles ne changent rien, elles détruisent.
Le pape François, comme ses prédécesseurs, redit cela sans fin ; l’Evangile pourrait-il ne pas y conduire ?

Je le disais en commençant, le pape François est mort le jour de Pâques ; très concrètement, pendant l’octave de Pâques qui nous fait célébrer le même jour, le 8ème jour, le jour de la Résurrection, pendant toute une semaine.
Nous nous rappelons que c’est cette même semaine, en la vigile du dimanche de la Miséricorde, que le pape Jean-Paul II était décédé, en 2005.

Nous le croyons, même si la mort est une épreuve, un arrachement, elle est notre sort à tous. Qui peut être surpris devant la mort ? Toute chose et tout être meurent. Le Seigneur lui-même a connu la mort, nous l’avons rappelé le Vendredi Saint.
Chrétiens, nous ne croyons pas en l’immortalité, nous croyons en la résurrection, nous croyons en la vie nouvelle promise, donnée.
La mort des chrétiens est une nouvelle naissance, comme le fut notre baptême.

Ce soir, c’est aussi l’Evangile des pèlerins d’Emmaüs qui résonne pour nous.
Pèlerin d’Emmaüs, pèlerin d’espérance, le pape François aimait à rappeler que le pasteur, était, parfois devant son peuple, pour indiquer la route, d’autres fois au milieu de lui, partageant tout de la vie de tous, et d’autres fois encore derrière le peuple, pour suivre ceux qui lui indiquaient la route.

Frères et Sœurs, rendons grâce pour la vie et pour le ministère du pape François.
Prions pour lui alors que se poursuit son voyage au-delà de ce monde.
Qu’il demeure ce pèlerin d’espérance qu’il nous appelle tous à mieux être durant cette année jubilaire.

 

 

Prière universelle, proposée par Mgr Pascal Wintzer

En cette octave de Pâques, dans la lumière de la Résurrection du Seigneur, confions le pape François à l’amour et à la miséricorde du Père.

  1. Élu pape en 2013, Jorge-Mario Bergoglio déclara que les cardinaux avaient choisi un Pape qui venait du bout du monde. 
    Le pape François, par sa personne, sa vie, ses paroles a fait percevoir à l’Église toute sa catholicité, faite de femmes et d’hommes de tous les continents, de toutes les cultures.
    Nous t’en prions Seigneur, aide-nous à grandir dans la fraternité qui nous relie tous, enfants du même Père.
     
  2. Le premier déplacement du pape François fut pour l’île de Lampedusa, dans la Méditerranée. Il n’a jamais pris son parti des désordres du monde qui poussent tant et tant de personnes à quitter leur pays pour risquer leur vie dans l’espérance d’une maison plus sûre.
    Nous t’en prions Seigneur, éclaire nos intelligences et nos cœurs pour que nous agissions pour des conditions de vie, chez nous et ailleurs dans le monde, qui respectent les droits de chacun.
     
  3. Reprenant les paroles de celui dont il choisit le nom, François, le Pape chanta la beauté du monde, de tout être humain, des animaux, des végétaux, de l’eau et du vent, Laudato si’ Ô mi Signore.
    Nous avons encore à beaucoup changer pour comprendre que “tout est lié”, que la préservation de la planète est au bénéfice de chacun de nous.
    Nous t’en prions Seigneur, aide-nous, chrétiens et personnes de bonne volonté, à réfréner nos instincts prédateurs pour respecter et préserver ce qu’il y a de fragile dans le monde.
     
  4. À la suite du pape Benoît XVI, le pape François a agi pour rendre justice et protéger les personnes, surtout les femmes et les enfants, qui ont eu ou qui ont encore à subir la violence de la part de prêtres, de religieux, de personnes engagées dans l’Église catholique.
    Nous t’en prions Seigneur, aide chacun à ne pas détourner le regard, à ne pas fermer les yeux lorsqu’il apprend des faits de violence. Qu’aucun de nous ne soit complice par son silence ou sa pusillanimité.

 

Seigneur accueille les prières que nous t’adressons en ce jour. Elles se joignent à notre action de grâce pour celui qui t’a servi par sa vie et sa parole, le pape François. Nous te le recommandons, toi qui vis et règne pour les siècles des siècles.

 

 

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