Homélie de la Vigile Pascale 2025 — Diocèse de Sens & Auxerre

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Homélie de la Vigile Pascale 2025

Mgr Pascal Wintzer - 19 avril 2025, à Villeneuve-l'Archevêque

Vigile pascale 2025

Mes amis, je commençais avec vous la célébration de la Semaine sainte, dimanche, avec les Rameaux et la Passion ; je la conclus avec vous en cette veillée pascale.
Voici que nous avons traversé toute la semaine ; nous avons célébré et accompagné le Seigneur dans les jours les plus douloureux de sa vie.
Nous sommes au cœur de la nuit, l’obscurité est tombée, et la lumière, nous l’avons vécu il y a quelques instants, n’est dispensée que par un cierge, certes majestueux, le cierge pascal, mais dont la flamme est fragile.

Ainsi de la Résurrection du Seigneur, elle commence aussi dans l’obscurité, elle étonne, elle rencontre l’incrédulité ; il va falloir du temps aux Apôtres et aux disciples pour parvenir à la foi.
Surtout pour les hommes… les femmes ont accordé plus spontanément leur confiance ; elles furent même les premières messagères.
Vous savez que l’on appelle Marie-Madeleine l’apôtre des Apôtres.

Alors que la nuit est tombée, que l’on peine à voir, les lectures de la Bible nous disent une seule chose, et c’est en particulier le refrain de la Genèse : « Dieu vit que cela était bon. »
Et après que l’homme et la femme aient été créés, le refrain change, pour ces mots : « Dieu vit que cela était très bon. »

Dimanche, au regard de la versatilité des foules de Jérusalem, je nous interrogeais sur notre capacité à espérer en l’humanité.
Cette nuit, la Bible nous montre ce que Dieu a fait et voulu, et davantage encore, que Dieu est fidèle à lui-même, il n’abandonne pas ses enfants, quoi qu’ils fassent. Entendons bien cela : « quoi qu’ils fassent ! »
N’est-ce pas aussi l’attitude de tout parent ? Quoi que son enfant puisse faire, il reste son enfant, il sait que le mal n’arrive jamais à occuper toute la place, à détruire toute espérance.

Combien de pages de l’Evangile nous montrent Jésus aller chercher celui, celle qui est perdue, qui s’est égarée sur le chemin, sachant que la conversion est toujours possible, entendons bien, « toujours » possible.
Elle peut être longue, laborieuse, on peut s’y dérober de nombreuses fois, mais, aucun cœur, aucune vie n’est perdue à jamais.
J’aime cette belle parole de saint Paul dans la 2ème Lettre à Timothée (2, 13) : « Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même. »

Cette année, nous célébrons la fête de Pâques au cœur d’une année de Jubilé.
Vous le savez, ce Jubilé commémore la naissance de Jésus, il y a 2025 ans.
Or, c’est bien cette naissance, qui atteste la fidélité de Dieu : alors que l’humanité s’est éloignée, s’est égarée, c’est Dieu lui-même, c’est le Fils unique, qui revient vers elle.
Et quand Jésus sort du tombeau, quand le Père lui donne la vie et l’appelle auprès de lui, Jésus ne vient pas seul, il nous emporte tous avec lui.
Il y a une très belle œuvre d’art qui représente cela. Elle est à Istanbul, dans l’église Saint-Sauveur in Chora.
On y voit Jésus qui sort du tombeau, plein de force, plein de vie, et d’une main il tient la main d’un homme, de l’autre la main d’une femme ; ce sont Adam et Eve que Jésus sort des enfers, qu’il emporte avec lui au ciel.
Et en Adam et Eve, c’est toute l’humanité, c’est nous tous.

Ce geste du Seigneur qui tend les mains, qui ouvre ses bras, c’est déjà Moïse qui l’accomplit lorsqu’il guide les Hébreux pour quitter l’esclavage de l’Egypte. « Moïse étendit le bras sur la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent.
Les fils d’Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. » Exode 14, 21-22. Une nouvelle image de salut, de libération.

Mais, vous me direz, la suite est moins heureuse, moins glorieuse :
« Moïse étendit le bras sur la mer. Au point du jour, la mer reprit sa place ; dans leur fuite, les Égyptiens s’y heurtèrent, et le Seigneur les précipita au milieu de la mer.
Les eaux refluèrent et recouvrirent les chars et les guerriers, toute l’armée de Pharaon qui était entrée dans la mer à la poursuite d’Israël. Il n’en resta pas un seul. » Exode 14, 27-28.

Peut-on lire cela, entendre cela, sans barguigner, sans même se révolter ?
Dieu sauve… et voilà que les Egyptiens périssent dans les flots.
En effet, quoi qu’ils aient fait, rien ne peut les conduire à mériter un tel sort.
Il faudra alors bien des siècles pour que, peu à peu, Israël découvre que Dieu n’est pas le Dieu d’un peuple particulier, mais qu’il est le Dieu de tous ; que Dieu ne sauve pas seulement les Hébreux, mais aussi les Egyptiens et même l’univers entier.

La fresque d’Istanbul l’exprime, lorsque Jésus ressuscite, ce n’est pas un peuple en particulier qu’il emporte, c’est toute l’humanité, représentée dans nos premiers parents, Adam et Eve.
Vous le comprenez bien, c’est pour cela que, pour les chrétiens, toute séparation, toute exclusive, est contraire à la volonté et à l’œuvre de Dieu.
Il veut, dit encore saint Paul, que « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » 1 Tm 2, 4.

Alors, laissons l’homme ancien mourir sur la croix, l’homme du ressentiment, de la jalousie, du mensonge, l’homme qui doute de l’espérance et juge les autres.
Oui, que naisse, que ressuscite, l’humanité nouvelle, renouvelée, habitée par la joie que donne la foi, l’espérance invincible, l’assurance que l’amour est possible, toujours, comme l’est le pardon des péchés.
Frères et Sœurs, « pensez, toujours, que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ » Rm 6, 11.

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